POËME SUR LA MORT D*ADRIENNE LECOUVREUR
théâtre, chaque pas qu'il faisait était pour lui, dans sa patrie, la source de difficultés nouvelles*. Et non pas seulement ceux qu'il nous faut regarder comme audacieux ; par suite de Timbécillité et de la servilité qui s'agitaient à côté de lui, il était soumis aux tracasseries même pour ce qu'il faisait de bon et de louable. Un an après son retour d'Angleterre, son amie Adrienne Lecouvreur, qui quelques jours auparavant avait joué Jocaste dans Œdipe, était morte subitement, et il avait dû assister à ce spectacle révoltant, de voir l'actrice tant célébrée pendant sa vie, repoussée de la terre consacrée et enterrée sans nulle cérémonie en plein champ. Voltaire châtia cette hypocrite barbarie comme elle le méritait, en une éloquente pièce de vers, qui excita bien des colères dès qu'elle fut connue. L'affaire fut plus grave quand, en 1732, il fit imprimer sous le titre : Épître à Uranie, le poëme à Julie, c'est-à-dire à madame de Rupelmonde, composé il y avait déjà longtemps, comme nous nous en souvenons. Il contient sa profession de foi religieuse, et nous aurons à y revenir. L'effet produit fut tel, surtout dans le monde ecclésiastique, qu'à l'instigation de l'archevêque. de Paris, le poëte comparut devant la justice. Il fit comme tant d'autres fois, il désavoua l'œuvre et l'attribua à feu l'abbé de Chaulieu, l'Anacréon de la société du Temple, à qui il prétendit l'avoir entendu lire. On ne le crut pas, mais on accepta sa défaite. Alors, comme pour ameuter ceux qui n'avaient pas été froissés par les deux derniers poëmes, peu de mois après Y Épître à Uranie, Voltaire fit paraître le Temple du goût, mélange de prose et de vers, comme notre Wieland nous en a donné quelquefois. Sous prétexte d'un