LE TEMPLE DU GOUT
vojage au temple du goût entrepris par le poëte, les Mécènes privés du goût et les philologues pédants, les gàte-sauce de la littérature et les libellistes sont rudement châtiés ; des peintres et des architectes d'une époque trèsrécente sont condamnés, et mainte chose est franchement blâmée chez les auteurs même les plus vantés. La description de la simple beauté du temple est réellement charmante, et l'idée de faire corriger leurs œuvres dans l'intérieur du sanctuaire par les plus grands écrivains est surtout bien ingénieuse. Mais il s'éleva un cri d'indignation du milieu de toute la société cultivée, parce que tout le monde se sentait touché. Ce petit ouvrage , où à la vérité il ne manquait pas, selon la manière de l'auteur, de quelques légers coups personnels, mais qui en général dénotait une impartialité digne d'éloges, ce petit ouvrage fut traité d'abominable libelle; le Temple du goût parut sur le théâtre des marionnettes sous forme d'un vaisseau à ordures, et dans une parodie du poëme, les Italiens produisirent Voltaire lui-même sur la scène comme un fou outrecuidant. Ainsi allèrent les choses, non pas sans froissements et sans colères du poëte, qui n'était que trop irritable, mais au moins sans réel dommage ; mais il avait déjà en portefeuille un ouvrage qui, plus méritoire que tous les précédents, allait devenir la source de dangers d'autant plus grands, et l'obliger à fuir au delà des frontières.
Avant cet orage. Voltaire obtint encore au théâtre un triomphe qui va nous offrir l'occasion de résumer brièvement ce que nous avons à dire sur lui, comme poëte dramatique. Depuis Œdipe, sa première production, aucune de ses pièces n'avait réellement réussi. On sait que la