‹ Voltaire: six conférencesChapitre 57 sur 257 · ZAÏRE · texte numérisé non relu

ZAÏRE

France d'alors était essentiellement galante, et sur ce f point Voltaire ne satisfaisait pas ses compatriotes. Dans sa dernière pièce, Brutus, ils avaient surtout blâmé la faiblesse de Tintrigue amoureuse. Une fois le poëte se trouva disposé à suivre leur volonté, et composa, en trois semaines à ce .qu'il prétendit, Zaïre^ toute d'amour et de jalousie. Aussi, lorsqu'elle fut représentée en août 1732, après quelques objections au début et maintes améliorations de la part du complaisant auteur, le succès fut-il décisif et durable. Avec Zaïre, nous pouvons dire que Voltaire atteignit au faîte de sa gloire dramatique. Il se soutint à ces hauteurs pendant près de trente ans ; une de ses meilleures tragédies, qui le cède peu à Zaïre pour le feu et l'entraînement, Tancrède, fut composée vingt-huit ans après celle-ci. Voltaire étant âgé de soixante-cinq ans ; dans sa quatre-vingt-troisième année même il fit représenter une tragédie qui ne pouvait avoir, il est vrai, qu'un succès d'estime, et il songeait à en mettre au jour une nouvelle quand il mourut. L'art dramatique était le terrain favori de Voltaire ; parmi toutes les couronnes qu'il sut conquérir, nulle ne le réjouissait autant que les lauriers cueillis au théâtre. C'est en effet à ces succès qu'il dut son premier essor et la situation qui le désignait aux regards de tous et lui permettait d'agir jusque sur les régions les plus lointaines. Mais le centre de cette action était sur un tout autre champ ; et si à ce point de vue ses pièces de théâtre viennent en ligne de compte, ce n'est pas par ce qui les distingue comme œuvres dramatiques, mais par les idées et les maximes qui s'y trouvent répandues.

Dans le groupe des grands tragiques de sa nation. Vol-

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