‹ Voltaire: six conférencesChapitre 58 sur 257 · VOLTAIRE ET LES ANCIENS TRAGIQUES · texte numérisé non relu

VOLTAIRE ET LES ANCIENS TRAGIQUES

taire vient le troisième, en quelque sorte comme l'Euripide de la triade française, semblable en effet à ce dernier, non-seulement parce qu'il exprime plus que ses prédécesseurs, dans ses œuvres théâtrales, sa pensée philosophique, religieuse ou politique; mais aussi parce que, reconnaissant que ces prédécesseurs, et parmi eux Racine, ne peuvent être dépassés sous maints rapports , il cherche à le faire à d'autres points de vue. Corneille et Racine avaient eu, eux aussi, les anciens pour modèles; mais Voltaire apporta à l'étude des anciens d'autres vues et y joignit l'influence des Anglais, surtout de Shakespeare. Dans la tragédie grecque, il avait avant tout remarqué que l'amour était loin de jouer le rôle dominant, comme dans^la tragédie française; ce qu'il s'expliquait, il est vrai, en partie par ces circonstances transitoires : que les femmes menaient en Grèce une vie très-retirée, que les rôles féminins étaient joués par des hommes. Mais en tout cas il lui semblait inacceptable que Corneille, par exemple, ait fait le fond de son Œdipe d'une inclination amoureuse de Thésée pour Dircé, fille que Jocaste avait eue de son premier mariage; qu'en outre, dans V Electre de Crébillon, cette héroïne de la vengeance ait été représentée comme éprise d'un fils, et Oreste d'une fille d'Égiste. Voltaire avait de l'impropriété de ces amours épisodiques un sentiment juste et puissant, sans être au commencement ou assez clair ou assez hardi pour se jeter en travers du goût dominant. Il faut toujours, écrivait-il en 1719 dans l'introduction de son Œdipe, donner des « passions » aux principaux personnages; quel rôle insipide aurait joué Jocaste, si elle n'avait eu du moins le souvenir d'un amour réel! Il fut

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