‹ Voltaire: six conférencesChapitre 59 sur 257 · PLAN DE RÉFORME DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

PLAN DE RÉFORME DRAMATIQUE

donc imaginé une inclination passée de celle-ci pour Philoctète, et ce dernier fut produit dans les trois premiers actes de la pièce d'une façon non moins risible que l'amoureux Thésée, de Corneille. Plus tard, Voltaire le comprit lui-même, et en 1750, dans la préface à' Or este, il déclare que ses efforts tendront, aussi longtemps qu'il conservera ses facultés, à arracher le théâtre français à cette mollesse et à cette afféterie où il est plongé , même dans la tragédie, par cette domination abusive de la galanterie. L'amour, dit-il dans la dédicace de sa Mérope, doit être l'àme d'un ouvrage de théâtre ou en être entièrement banni. Il doit être, non pas seulement un épisode, mais le nœud même de la pièce, une passion réellement tragique, qui conduise au malheur ou au crime, et ne puisse être vaincue que par la vertu. Aussi de plusieurs de ses tragédies qui suivirent, comme Oreste, Mérope, et en certain sens Rome sauvée. Voltaire a-t-il exclu entièrement l'amour, et de la Mort de César, tout rôle même de femme.

En dehors de son intelligence plus exacte de la tragédie antique, Voltaire se trouvait encore affermi dans ses convictions par l'exemple de Shakespeare, qui, ainsi qu'en général la connaissance du théâtre anglais acquise pendant son exil, eut sur lui une influence si persistante. « Avec quel plaisir, ditril à propos de Brutiis, dans un Discours à lord Brolingbroke, n'ai-je pas vu à Londres votre tragédie de Jules César, qui depuis cent cinquante années fait le délice de votre nation! Je ne prétends pas assurément approuver les irrégularités barbares dont elle est remplie; il est seulement étonnant qu'il ne s'en trouve pas davantage dans un ouvrage composé dans un siècle d'igno-

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