LE DRAME EN GRECE, EN ANGLETERRE ET EN FRANCE
artifices et les violences qu'il dut employer pour forcer cette même action à demeurer dans un aussi petit espace de temps et dans un même lieu.
Si sur ce point Voltaire ne veut pas démordre de la proposition fondamentale du siècle classique de la dramatique française, sur d'autres, où il avait d'abord paru vouloir peser avec justesse les supériorités et les imperfections chez les Grecs et les Anglais d'un côté, et les Français de l'autre, il retombe insensiblement dans le courant du préjugé national. Dans les premiers temps qui suivirent son retour d'Angleterre, il estimait que le défaut du théâtre grec et anglais consistait en trop de hardiesse, prenant souvent l'horreur pour la terreur, et celui du théâtre français, en trop de scrupule : les Grecs et les Anglais dépassaient le but tragique; les Français, par crainte de l'exagération, ne l'atteignaient pas. La scène ne devait pas être un lieu de carnage, comme dans Shakespeare et ses successeurs; mais le drame devait tout aussi peu n'être qu'une simple conversation, comme dans beaucoup de pièces françaises. Parmi toutes les irrégularités de la construction, toutes les indécences de la langue, les drames anglais avaient une grande qualité qui couvre bien des imperfections, ils avaient l'action. Avec le temps cependant Voltaire devient de plus en plus sensible aux défauts des Anglais, de plus en plus prévenu en faveur des Français. La règle scolastique de l'union des scènes, selon laquelle le théâtre ne doit jamais être sans acteurs, et de semblables préceptes secondaires prennent à ses yeux de plus en plus d'importance. L'élégance de l'expression, les maximes pleines d'esprit qui ornent souvent le drame français comme