SUPÉRIORITÉ PRÉTENDUE DU DRAME FRANÇAIS
autant de pierres précieuses, mais souvent aussi comme du clinquant, lui assurent, au jugement de Voltaire, la prépondérance sur tous les autres. Le goût français, surtout le goût parisien, quelque chose qu'il doive y reprendre, lui parait en fin de compte comme le goût normal, autant au-dessus de celui des Grecs que Paris est au-dessus de la capitale de TAttique, quant au nombre des habitants et des représentations dramatiques. Il se peut que le théâtre français ait fait un usage trop fréquent de l'amour et ait amené souvent cette passion elle-même à n'être plus que de la galanterie ; cependant les Français restent dans la peinture dramatique de l'amour les premiers maîtres de tous les temps. Sur le théâtre français l'amour parait avec des bienséances, une délicatesse, une vérité qu'on ne trouve point ailleurs. « Nos amants, dit Voltaire dans sa dédicace de Zaïre à son ami d'Angleterre, nos amants parlent en amants, et les vôtres ne parlent encore qu'en poëtes. » Tandis qu'auparavant il pensait que. sous le rapport dramatique, les deux nations devaient se compléter, apprendre l'une par l'autre, il est déjà allé si loin, à l'époque de Zaïre, en 1732, dans la présomption nationale, qu'il écrit ces mots : « Vous (les Anglais) devez vous soumettre aux règles de notre théâtre comme nous devons embrasser votre philosophie. Nous avons fait d'aussi bonnes expériences sur le cœur humain que vous sur la physique. L'art de plaire semble l'art des Français, celui de penser paraît le vôtre. »
Et malgré cette heureuse satisfaction du poëte français, on revenait toujours à Shakespeare. Il dut même dans ses vieux jours assister à l'apparition d'une traduction fran-