‹ Voltaire: six conférencesChapitre 66 sur 257 · JUGEMENT DE VOLTAIRE SUR IIAMLET · texte numérisé non relu

JUGEMENT DE VOLTAIRE SUR IIAMLET

çaise de Shakespeare, dont Fauteur, un certain Letourneur, comparativement a\ix Anglais, accordait à peine le titre de poëte aux tragiques français. Voltaire lui-même avait le premier apporté dans sa patrie l'esprit de Shakespeare ; maintenant il ne pouvait plus l'en chasser. Le Jules César l'avait saisi; il l'avait traduit, imité; il avait appelé l'apparition des esprits dans Hanilet un des plus puissants effets de théâtre et n'avait pu refuser son admiration au monologue d'Hamlet. « Je suis bien loin assurément^ disaitil dans son introduction de Sémiramis, de justifier en tout la tragédie d'jffamte^; c'est une pièce grossière et barbare, qui ne serait pas supportée par la plus vile populace de la France et de l'Italie. Hamlet y devient fou au second acte et sa maîtresse devient folie au troisième ; le prince tue le père de sa maîtresse, feignant de tuer un rat, et l'héroïne se jette dans la rivière. On fait sa fosse sur le théâtre; des fossoyeurs disent des quolibets dignes d'eux, en tenant dans leurs mains des têtes de mort ; le prince Hamlet répond à leurs grossièretés abominables par des folies non moins dégoûtantes. Pendant ce temps là un des acteurs fait la conquête de la Pologne. Hamlet, sa mère et son beau-père boivent ensemble sur le théâtre : on chante à table, on s'y querelle, on se bat, on se tue; on croirait que cet ouvrage est le fruit de l'imagination d'un sauvage ivre. Mais parmi ces irrégularités grossières, qui rendent encore aujourd'hui le théâtre anglais si absurde et si barbare, on trouve dans Hamlet, par une bizarrerie encore plus grande, des traits sublimes, dignes des plus grands génies. Il semble que la nature se soit plu à rassembler dans la tête de Shakespeare ce qu'on peut imaginer de

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