‹ Voltaire: six conférencesChapitre 67 sur 257 · SON APPRECIATION FINALE SUR SHAKESPEARE · texte numérisé non relu

SON APPRECIATION FINALE SUR SHAKESPEARE

plus fort et de plus grand, avec ce que la grossièreté sans esprit peut avoir de plus bas et de plus détestable. » Que Ton osât opposer, préférer même, en France aux classiques du drame français, ce talent aussi brut, où, comme il l'exprime dès lors à d'Alembert, un tel Gilles de la foire, qui ne saurait écrire deux lignes avec ordre, voilà ce qui révoltait son goût artistique, son patriotisme et son amourpropre. Deux ans avant sa mort, il envoya sur cette question une lettre à l'Académie française : « Figurez-vous, messieurs, dit-il dans sa conclusion, Louis XIV dans sa galerie de Versailles, entouré de sa cour brillante; un Gilles eu vert de lambeaux perce la foule des héros, des grands hommes et des beautés qui composent cette cour ; il leur propose de quitter Corneille, Racine et Molière pour un saltimbanque qui a des saillies heureuses, et qui fait des contorsions. Comment croyez-vous que cette offre soit reçue ?» Un critique anglais avait osé comparer la première scène d'Hamlet avec la première scène de VIphi génie de Racine, et rappeler le discours d'Arcas dans cette dernière :

Avez-vous dans les airs entendu quelque bruit ? Les vents vous auraient-ils exaucés cette nuit? Mais tout dort, et Tarmée, et les vents, et Neptune,

ajoutant qu'en face de ce modèle classique la réponse de la sentinelle dans Hamlet ■: « Je n'ai pas entendu une souris trotter, » soit bien plus naturelle. « Oui, monsieur, lui répond Voltaire irrité, un soldat peut répondre ainsi dans un corps de garde, mais non pas sur le théâtre, devant les premières personnes d'une nation, qui s'expriment

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