TRAGÉDIES DE VOLTAIRE
noblement et devant qui il faut s'exprimer de même. » Voltaire trahit ici le secret de cette dramaturgie classique des Français. Le» drame est la récréation de la cour ; les personnages n'ont pas à parler selon leur cœur, leur caractère et leur situation, mais comme il convient de le faire devant le roi et la cour; la grande loi de Tart dramatique n'est plus la vérité, la nature et la beauté : c'est l'étiquette.
On conçoit du reste maintenant pourquoi rien n'est résulté en fin de compte des louables efforts de Voltaire pour élargir les barrières du mode dramatique des Français; on conçoit que ses pièces, fort différentes l'une de l'autre, soit comme forme, soit comme valeur, ne renient pas en somme la « manière gallicane » de ses prédécesseurs, comme s'exprime Goethe. Les apprécier chacune à part nous mènerait bien loin ; car Voltaire n'a pas laissé moins de 27 ou 28 tragédies et 15 comédies, opéras ou divertissements. Sur trois de ses tragédies, Zaïre, Mer ope et Sémiramis, Lessing a donné, dans sa Dramaturgie de Hambourg, des détails que nous avons tous étudiés dès l'école. Deux autres, Mahjomet et Tancrède, sont connues des lecteurs par les traductions de Goethe. Il les traduisit, ainsi que Schiller, d'accord avec lui, l'exprime dans ses fameuses stances, non pas comme des modèles au vrai sens du mot , mais pour opposer au réalisme terre à terre et au naturalisme, tels qu'ils se produisaient dans les pièces d'Iffland et dans d'autres de l'époque, des pièces s'éloignant de la commune réalité, par l'art, la correction du style et le rhythrae sévère de la langue. Schiller accordait que Goethe traduisît ces deux tragédies en ïambes