‹ Voltaire: six conférencesChapitre 69 sur 257 · TRADUCTIONS DE GOETHE · texte numérisé non relu

TRADUCTIONS DE GOETHE

non-rimés ; seulement il craignait que la forme de l'alexandrin n'eût tellement pénétré leur construction , qu'après la destruction de ce dernier, il restât trop peu du caractère humain. Goethe lui-même se plaignait de la sécheresse de ces pièces et sentait la nécessité d'y ajouter çà et la « un peu de vie, » pour leur donner « plus de richesse que dans l'original. » Aussi sa traduction, admirablement fidèle quand il ne s'éloigne pas du texte avec intention, est-elle plutôt un remaniement, qui donne tantôt au sentiment plus de chaleur et de liberté, tantôt plus de finesse aux réflexions ou aux luttes intérieures ; qui tantôt émousse des pointes trop prosaïques, et enfin efface ce qu'il y a de trop révoltant dans certaines révélations, comme dans les vingt vers de la conclusion de Mahomet.

Que le drame, comme la poésie en général, non-seulement peut avoir une tendance, mais doit en avoir une; que la fin de l'art est d'améliorer et de convertir l'homme : tel fut réellement le point de vue dominant à toutes les époques, bien qu'il ne soit arrivé à plein développement que dans l'esthétique moderne ; telle était également la conviction souvent exprimée de Voltaire et de son temps. Dans un cas spécial, Lessing avait aussi appelé la scène sa chaire : Voltaire la regardait et s'en servait comme telle. On conçoit qu'il y prêchait, parmi les autres vertus, la tolérance religieuse et l'horreur de la superstition et du fanatisme. Depuis la parole de Jocaste dans sa première tragédie :

Les prêtres ne sont point ce qu'un vain peuple pense, Notre crédulité fait toute leur science....

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