‹ Voltaire: six conférencesChapitre 73 sur 257 · VOLTAIRE IMITATEUR DE SHAKESPEARE · texte numérisé non relu

VOLTAIRE IMITATEUR DE SHAKESPEARE

n'est pas moins intéressant de se livrer au même travail pour la Mort de César, Comme on le voit par ce titre, la pièce de Voltaire ne comprend que la moitié de la pièce de Shakespeare, qui va jusqu'à la mort de Brutus et de Cassius. Mais entre le meurtre de César et la bataille de Philippes, il s'écoule deux ans, et Voltaire ne pouvait utiliser qu'une action possible en trois heures, c'est-à-dire qui eût pu durer le temps d'une représentation. Il dut donc couper la pièce de Shakespeare par le milieu ; et s'il n'eût fait que cela, il n'y aurait pas eu trop à dire; car on a souvent émis que le Jules César de Shakespeare contenait deux tragédies. Mais ce qui dans la pièce anglaise avait fait la plus profonde impression sur Voltaire, était la scène entre Brutus et Antoine, en face du cadavre de César, laquelle forme justement la transition entre les deux parties. Voltaire, en terminant par cette scène et par le discours d'Antoine animant le peuple, fait de sa tragédie une prémisse qui n'a pas de conclusion. Et la prémisse elle-même est en partie faible, en partie raffinée, en comparaison de l'original. Tandis qu'il supprime les plaisanteries des paroles de Casca , en adoptant ce cancan usé qui fait de Brutus le fils naturel de César, il apporte un élément qu'il croyait destiné à augmenter le tragique de la pièce, mais qui n'a pu être accepté par le bon goût.

Dans Roméo et Juliette, l'amour comblant l'abîme qui sépare deux partis ennemis, parut au poëte français un motif réellement dramatique, et la réconciliation du couple amoureux au moment où elle est devenue inutile, une fin réellement tragique. Mais pour atteindre à cet effet, il créa dans Tancrède un malentendu entre les

Page 1