‹ Voltaire: six conférencesChapitre 75 sur 257 · LETTRES SUR LES ANGLAIS · texte numérisé non relu

LETTRES SUR LES ANGLAIS

plus faibles du talent de Voltaire; ce qui nous prouve qu'un grand satirique n'est pas pour cela un grand comique.

Dans l'intérêt d'une esquisse rapide, j'ai cru nécessaire de présenter de suite tout ce que j'avais à dire sur Voltaire auteur dramatique, et j'ai complètement abandonné le fil du récit biographique. Le point où je l'ai laissé tomber est l'année 1732, où parurent l'un après l'autre Zaïre et le Temple du goût, la première soulevant autaot d'éloges et de reconnaissance que l'autre de blâme et de critiques. Mais il avait en portefeuille, ai-je encore dit, un autre ouvrage bien plus dangereux; c'est ce dernier qui va nous occuper.

Un esprit comme Voltaire , après avoir éprouvé pendant son séjour en Angleterre des impressions si diverses, si profondes, ne pouvait les laisser mourir en lui-même. Il ressentait le besoin, non-seulement de les mettre en ordre, mais de les décrire, de les produire au jour pour l'utilité et l'édification des autres. Ces autres étaient les Français, à qui leur compatriote, revenu d'un autre monde, voulait annoncer qu'au delà du détroit il y avait aussi des hommes, une nation, des institutions politiques et une littérature, qu'on avait mille raisons de connaître en deçà, et sur plus d'un point de prendre pour modèles. Telle est l'origine des Lettres sur les Anglais, que la nature des matières traitées fit aussi nommer Lettres philosophiques. Voltaire en avait jeté l'esquisse sur le papier en Angleterre même ; depuis il les avait complétées et souvent adoucies ; car il voyait bien que maintes choses qui auraient pu être dites sans danger en Angleterre, devaient être présentées

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