‹ Voltaire: six conférencesChapitre 76 sur 257 · FUITE DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

FUITE DE VOLTAIRE

en France avec circonspection, si Ton ne voulait pas soulever les clameurs. Tout ce que l'Angleterre offrait de remarquable, le parlement et les sectes, les philosophes et les poètes, les lois et le commerce, fut retracé dans ces lettres. Comme Tappréciation de l'étranger pouvait aussi intéresser les Anglais, et que Tami Thieriot se trouvait justement en Angleterre, il ^autorisa à en faire imprimer à son profit une traduction anglaise. Malgré beaucoup de critiques de détail, cette publication y obtint les applaudissements du public. En France , Voltaire commença par sonder le cardinal Fleury, qui depuis quelque temps avait en main le gouvernail de l'Etat, en lui lisant les lettres sur les quakers, auparavant convenablement émondées. Ce qui en restait parut avoir fait grand plaisir à Téminence grisonnante. Pendant ce temps-là, l'impression s'en faisait en silence, encore à Rouen ; mais une contrefaçon qui parut à Paris, éveilla l'attention du gouvernement, qui saisit les exemplaires, mit l'éditeur à la Bastille, fit pratiquer une perquisition chez l'auteur absent, et envoya contre lui, le 8 mai 1734, une lettre de cachet à Monjeu, oii on le savait aux noces du duc de Richelieu. Averti par son ami.d'Argental, Voltaire avait déjà gagné le large depuis deux jours, et allait de côté et d'autre dans la Lorraine et sur les bords du Rhin, tandis qu'à Paris, le 10 juin, son livre était lacéré et brûlé par la main du bourreau, comme « contraire à la religion, aux bonnes mœurs et au respect de l'autorité ».

Nous n'avons pas besoin de chercher bien loin ce qui souleva un tel scandale dans la France du temps. « La nation anglaise, dit Voltaire à propos du parlement, est

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