‹ Voltaire: six conférencesChapitre 77 sur 257 · CE QUI. DÉPLUT DANS LES LETTRES SUR LES ANGLAIS · texte numérisé non relu

CE QUI. DÉPLUT DANS LES LETTRES SUR LES ANGLAIS

la seule de la terre qui soit parvenue à régler le pouvoir des rois en leur résistant, et qui d'efforts en efforts ait enfin établi ce gouvernement sage où le prince, tout-puissant pour faire du bien, a les mains liées pour faire du mal, où les seigneurs sont grands sans insolence et sans vassaux, et où le peuple partage le gouvernement sans confusion. Le gouvernement de l'Angleterre n'est point fait pour un grand éclat ; s.on but n'est point la brillante folie de faire des conquêtes, mais d'empêcher que ses voisins n'en fassent ; ce peuple n'est pas seulement jaloux de sa liberté, il l'est encore de celle des autres. Il en a coûté sans doute pour établir la liberté en Angleterre : c'est dans des mers de sang 'qu'on a noyé l'idole du pouvoir despotique ; mais les Anglais ne croient point avoir acheté trop cher leurs lois. Les autres nations n'ont pas eu moins de troubles, n'ont pas versé moins de sang qu'eux; mais ce sang qu'elles ont répandu pour la cause de leur liberté n'a fait que cimenter leur servitude. » Si de telles expressions sonnaient mal aux oreilles du pouvoir temporel, les suivantes ne devaient pas plaire davantage aux puissances spirituelles : « Quand ils (les ecclésiastiques anglais) apprennent qu'en France des jeunes gens connus par leurs débauches, et élevés à la prélature par des intrigues de femmes, font publiquemeïit l'amour, s'égaient à composer des chansons tendres, donnent tous les jours des soupers délicats et longs, et de là vont implorer les lumières du Saint-Esprit, et se nomment hardiment les successeurs des apôtres, ils remercient Dieu d'être protestants. Mais ce sont de vilains hérétiques à brûler à tous les diables, comme dit maître François Rabelais ; c'est pourquoi je ne me mêle point de leurs af-

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