PROCÈS AVEC UN LIBRAIRE
faires. » Et ce ne sont pas seulement ces remarques, où l'auteur touchait de trop près aux institutions existantes de TEtat et de l'Eglise ; ce ne sont pas seulement les adhésions de personnes graves au sensualisme de Locke qu'il faisait connaître ; mais qu'il annonçât, contre les tourbillons de Descartes, au milieu desquels les savants français avaient été élevés, la théorie de la gravitation de Newton; qu'il recommandât l'inoculation et qu'il vantât Shakespeare — nous savons dans quelle mesure — voilà encore toutes choses tenues pour hérésies par la Franc/C du temps. C'était une contrebande spirituelle furtivement introduite d'Angleterre par Voltaire, qu'il fallait anéantir autant que possible, et dont on devait punir le contrebandier. Un procès fâcheux avec le libraire s'attacha encore à cet ouvrage, procès où Voltaire était sans doute dans son droit, mais où une parcimonie mal entendue fournit à son adversaire la possibilité de le décrier cx)mme un avare. Après avoir abandonné le produit important de l'édition anglaise de ses Lettres, il demandait au libraire français quelques centaines de francs. C'était chez lui une habitude malheureuse : aujourd'hui généreux et magnanime, il pouvait être demain également ladre ; et l'envie, qu'il faisait naître tout alors de lui, avait soin de faire ressortir aux yeux du public surtout ce dernier côté.
Celle qui éprouvait le plus de douleur de cet éloignement forcé de l'écrivain, celle qui gémissait davantage sur sa situation précaire, était une femme à laquelle l'attachait, .depuis environ une année,, des liens intimes. Je veux parler de la marquise du Châtelet, qui tient dans la vie de Voltaire la même place que niadame de Steiu dans la vie