‹ Voltaire: six conférencesChapitre 79 sur 257 · LA MARQUISE DU CHATELET · texte numérisé non relu

LA MARQUISE DU CHATELET

\ de Goethe. Ce que Goethe disait de celle-ci, qu'ielle avait hérité de toutes ses précédentes maîtresses, était aussi le cas pour Voltaire avec madame du Châtelet. A la vérité, l'amour est loin de jouer dans son existence un rôle aussi important que dans celle de Goethe; car la nature de Voltaire n'était ni aussi affectueuse ni aussi ardente. Il vivait surtout bien moins de la vie intérieure ; ses travaux, ses luttes, son ambition, ses plans financiers lui occasionnaient d'incessantes distractions. Dans sa jeunesse, au contraire, il était trèssensible aux charmes féminins, et il a longtemps conservé le besoin, nourri par la main des femmes, de se sentir choyé dans un cœur de femme. Enfant, Gabrielle-Emilie de Breteuil, dont il est ici question, avait été vue par Voltaire dans la maison de son p^e < — elle était née en décembre 1706. Puis il l'avait perdue de vue, surtout après que, dans l'année qui précéda son départ pour l'Angleterre, elle se fut mariée avec un marquis du Châtelet-Lomont. Deux enfants naquirent de cette union; mais bientôt, comme c'était alors en France l'usage de Ja haute société , elle se réduisit à des rapports de convention. Les époux étaient par trop inégaux : lui, un homme bon, mais tout à fait commun, que satisfaisait la vie de garnison et la chasse — il occupait un poste dans l'armée. Les tendances supérieures de l'esprit de sa femme lui restaient aussi étrangères qu'il comprenait peu ses besoins de profonde affection. Elle avait donc cherché près d'un monsieur Guébriant, puis, plus malheureusement encore près du séducteur universel, le duc de Richelieu, ce qui lui manquait , près de son mari. Enfin, pendant l'été de 1733, dans sa vingt-septième année, elle connut Voltaire, âgé de trente-

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