‹ Voltaire: six conférencesChapitre 80 sur 257 · LA MARQUISE DU CHATELET · texte numérisé non relu

LA MARQUISE DU CHATELET

neuf ans, et qui venait de perdre la dernière des femmes chez laquelle, après tant d'autres , il avait trouvé un intérieur — cette fois sans amour — madame de Fontaine- MarteL Les rapports paraissent être devenus bientôt trèsintimes et durèrent seize années entières, jusqu'à la mort de la marquise. Cette fois le. vrai couple s'était bien rencontré ; car l'amitié succéda à la passion, et le survivant resta rempli du souvenir de celle qui n'était plus.

Voltaire lui-même disait madame de Châtelet une femme bien calomniée, et, en vérité, le jugement de èon époque et de la postérité lui a souvent fait tort. Sans être belle, elle avait un physique intéressant et qui n'était pas sans charmes, mais qui fut bien déprécié par ses envieuses contemporaines. Il y avait d'aillçurs dans son caractère quelques traits qui pouvaient parler contre elle. Elle n'était pas seulement passionnée au plus haut degré, mais aussi dure et cassante pour son entourage, fière et parcimonieuse pour ses serviteurs. Dans l'amour, au contraire, elle était pleine de feu et de dévouement, prête, pour l'homme aimé, à tous les services, à tous les sacrifices, à l'exception peut-être dé ses caprices du moment. Au reste, les tendances de son esprit et ses goûts étaient presque plutôt d'un homme que d'une femme. Son talent et son inclination se portaient du côté des sciences exactes, des mathématiques et de la physique, sur lesquelles elle publia plus d'un écrit. Elle savait très-bien le latin et avait dans sa jeunesse commencé une traduction de Virgile; plus tard elle lut le Tasse et Milton dans leur langue originale. Elle avait du talent pour la musique et la mimique, et néanmoins Voltaire s'impatientait quelquefois de la voir plus sensible à. l'évidence

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