‹ Voltaire: six conférencesChapitre 81 sur 257 · CIRE Y · texte numérisé non relu

CIRE Y

d'une proposition de Newton qu'à l'harmonie d'un vers de Virgile ou de lui-même. Malgré cela, elle ne posait en nulle façon pour la femme savante , et s'adonnait aux plaisirs du monde et de la cour avec non moins de passion qu'à ses études favorites.

Le couple du Châtelet n'était rien moins que riche. Il possédait une habitation à Paris et une terre en Champagne, sur les confins de la Lorraine, avec un petit château, le tout situé entre des montagnes, en une contrée déserte. La marquise cacha son ami persécuté dans cet asile, dont le nom, Cirey, est devenu aussi célèbre par ce séjour de Voltaire, que plus tard Ferney. Le château n'était pas en excellent état; pour le rendre au moins habitable. Voltaire eut longtemps affaire aux maçons et autres ouvriers, avant d'en pouvoir faire une résidence agréable. Il n'y épargna pas sa caissse, toujours mieux garnie que celle de son hôtesse, et, entre autres, il bâtit à ses frais une galerie pour l'installation d'un laboratoire de physique, pour laquelle il se contenta plus tard, lorsque la mort de la marquise eut fait cesser toute relation avec Cirey, d'un très-modique dédommagement. Peu à peu on put recevoir des hôtes, et ceux-ci, de retour à Paris, parlaient de Cirey comme d'un château de fées. Pendant l'hiver de 1738 à 1739, une dame bonne, sensible et aimant à écrire, à qui nous sommes redevables de détails sur l'organisation et la manière de vivre de Cirey, madame de Graffigny, y passa quelque temps. Elle aussi est enchantée des appartements de Voltaire et de la marquise, des tapis, des meubles, des tableaux, des statuettes, des glaces, de la galerie et de la salle de bain, le tout petit, il est vrai, mais somptueux et charmant; elle

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