MANIÈRE DE VIVRE A CIRE Y
Test moins de la chambre qui lui a été assignée , où tous les vents se divertissent. Elle nous dépeint les habitudes quotidieryies, et nous montre non-seulement Voltaire, mais aussi son amie une grande partie du jour et même de la nuit assis au secrétaire; abstraction faite des heures où celle-ci s'envole à travers champs sur l'hirondelle, sa haquenée, et où Voltaire, avec un attirail de chasse venu de Paris; répand la terreur parmi les lièvres du pays. Le marquis, lui aussi, se trouvait alors à Cirey, mais gênait peu le savant couple, et y jouait un rôle tout à fait efiacé. A table. Voltaire était extrêmement aimable, plein d'esprit et de zèle, et plein d'attentions pour la marquise ; il s'y mêlait parfois quelques petits désaccords, et le couple, pour n'être pas entendu de l'entourage, se servait alors de la langue anglaise. « Elle lui rend U vie.un peu dure, » dit la digne dame de Graffigny ; mais elle remarque aussi qu'il sait bouder à merveille et en général atteindre ainsi son but, parce qu'on ne pouvait se passer de son amabilité, qui reparaissait aussitôt qu'on avait satisfait son caprice. Le conteur appelle Voltaire Atys, la marquise, nymphe ; toutefois, à la suite d'une scène qui eut lieu après quelques semaines de séjour, et où cette dernière s'était laissée aller à tout l'emportement de sa passion, elle l'appelle une mégère. A la vérité, là était enjeu sa sollicitude pour l'homme qu'elle aimait; car elle soupçonnait madame de Graffigny, peut-être à tort, mais non sans apparences de raison, d'avoir fait connaître, par une copie, un écrit dangereux de Voltaire.
Quand nous considérons Cirey comme le domicile réel de Voltaire pendant les quinze années qui s'écoulèrent