‹ Voltaire: six conférencesChapitre 89 sur 257 · LA PUCELLE ET LES CONTEMPORALNS · texte numérisé non relu

LA PUCELLE ET LES CONTEMPORALNS

au cœur, et qu'elle partage l'idée que son exécution est liée à la conservation de sa virginité, elle sait y veiller de près jusqu'à nouvel ordre. Cet esprit du poëme se manifeste ainsi dès le début :

Je ne suis né pour célébrer les saints : Ma voix est faible et même un peu profane.

Il faut pourtant vous chanter cette Jeanne, Qui fit dit^on, des prodiges divins.

Elle affermit, de ses pucelles mains, Des fleurs de lis la tige gallicane, Sauva son roi de la rage anglicane Et le fit ceindre au maître-autel de Reims.

Jeanne montra sous féminin visage.

Sous le corset et sous le cotillon.

D'un vrai Roland le vigoureux courage.

J'aimerais mieux, le soir, pour mon usage, Une beauté douce comme un mouton ; Mais Jeanne d'Arc eut un cœur de lion.

Vous le verrez, si lisez cet ouvrage.

Vous tremblerez de ses exploits nouveaux ; Et le plus grand de ses rares travaux Fut de garder un an son pucelage.

Avec de telles vues, le poëme de Voltaire était inspiré par l'esprit de la haute société de l'époque, et répondait aux mœurs du temps. Comme il ne fut écrit que peu à peu et qu'il ne circula de longues années que par des copies, posséder une de ces copies était un but ardemment poursuivi par des princes et des princesses ; c'était le mets des fins gourmets, et le connaître était une preuve qu'on appartenait à la bonne compagnie. Aussi le poëme n'était-il que trop vrai pour son temps ; les femmes des plus hautes classes étaient en grande partie telles qu'elles y étaient

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