‹ Voltaire: six conférencesChapitre 90 sur 257 · LA PUCELLE ET LES CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

LA PUCELLE ET LES CONTEMPORAINS

dépeintes; ce que le poëte de la Pucelle — pour sa juste peine si Ton veut — devait bientôt éprouver. Aujourd'hui, après qu'il nous a parfois divertis, plus souvent déplu, nous quittons ce poëme avec assez d'indifférence, parce qu'il ne contient plus pour nous la vérité. Nous savons que la femme n'est pas ainsi, qu'elle ne le devient que par des circonstances spéciales, et si elle l'était, nous n'y trouverions rien de si gai. Nos idées sur la vie ne sont plus frivoles, mais nous concevons qu'elles aient pu le devenir alors. Ce fut la réaction pratique contre le spiritualisme chrétien, qui fut le pendant de la réaction scientifique. Dans le christianisme de l'Eglise, le sensualisme de l'homme est nié en principe, toléré seulement en fait; la continence, la virginité est le supérieur, le vrai, qui devrait être toujours appliqué, si c'était posssible, et ce l'est aussi pour des individualités qui se placent ainsi au sommet de l'humanité. La civilisation, dans la direction sensualiste qu'elle prit en France, dit, et jusque là avec une entière raison : Non, l'homme n'est pas essentiellement esprit; elle va trop loin, et reste exclusive comme l'Eglise, quand elle poursuit : mais il est chair, sensualité. Et sans plus tarder, le poëte s'apprête à le montrer dans une série de portraits où la chair anéantit l'esprit, où la prétendue pureté se montre comme hypocrisie, et ceux qui sont dits les plus saints, comme les plus pervertis. Un tel poëme ne peut plus nous satisfaire; au contraire, il nous faut faire effort et nous placer au point de vue historique, pour ne pas juger le poëte plus sévèrement qu'il ne doit l'être, et en particulier pour ne pas lui en vouloir de la bonne humeur qui se dégage de chacun de ses vers. En fait. Voltaire a travaillé la Pucelle avec

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