XXIV LETTRE-PREFACE DU TRADUCTEUR
J'observe les effets de la nature, mais je vous avoue que je ne conçois pas plus que vous les premiers principes. » ^ Je ne veux pas multiplier outre mesure ces citations, et je finis par ce passage d'une lettre à M. Formej'', auquel j'applaudis des deux mains : « Depuis quelque temps je mets toute ma philosophie à croire que deux et deux font quatre et que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits. Je doute de tout ce qui n'est pas de cette évidence, et je le répète sans cesse : vanitas vanitatum et metaj^hysica vanitas, »
Depuis Voltaire, le champ de cette évidence s'est agrandi ; de son temps même, il s'étendait au delà des propositions mathématiques, et l'astronomie possédait déjà ses lois fondamentales, que lui-même d'ailleurs avait puissamment contribué à répandre. Mais les sciences supérieures, la physique, la chimie, la biologie et la sociologie, étaient en effet encore dans les limbes de la métaphysique ou, pis encore, de la théologie. Puis l'action divine et l'entité disparurent peu à peu de tous les ordres de phénomènes; et la loi, par conséquent l'évidence, naquit pour le monde physique, chimique, biologique et sociologique.
Ainsi la science même des sociétés fut fondée, et le pas décisif fait pour deviner l'énigme de l'histoire, comme dit Strauss. Là encore il n'y avait plus de place pour l'idée théologique d'une providence dirigeant les destinées des nations, pour l'idée métaphysique d'un plan préconçu se développant au moyen des facultés humaines.
Voltaire d'ailleurs les avait abandonnées toutes deux, et, s'il ne parvint pas à la notion de loi, comme Turgot, il ^parvint à celle de progrès et chercha « une histoire de l'esprit'