SORT DU POÈME
autant d'amour que tout autre ouvrage. Chaque époque se réjouit de toute sagesse nouvellement conquise, vraie ou fausse, surtout quand c'est une gaie sagesse. Dans la Pucelle de Voltaire, pourrions -nous dire, le dix -huitième jouit de sa propre frivolité, haïssable en elle-même, mais que nous ne pouvons malheureusement pas séparer de ses autres qualités.
Enfin, ce poëme, comme un enfant à son père, a valu à son auteur autant de soucis et de chagrins que pas une autre de ses œuvres. D'un côté les ordures qu'il y avait semées par places , d'un autre, les allusions hardies qu'il s'était permises à l'égard de hauts personnages, pouvaient amener pour lui des suites très-désagréables. Il se garda bien de faire imprimer l'ouvrage ; mais il en donna des copies qui circulèrent de plus en plus, malgré la discrétion recommandée et promise. La marquise eut raison quand elle mit sous clef le manuscrit, et lui-même également, quand il s'opposa à son idée d'en faire au château un tirage pour les amis. Enfin, bien que seulement après la mort de celle-ci, il arriva ce qu'on avait voulu empêcher. Des éditions furtives parurent, qui placèrent Voltaire dans une situation fâcheuse. Il se servit de l'expédient qu'il employait de plus en plus : tout ce qu'il ne pouvait avouer dans le poëme il le déclara l'œUvre maligne de mains étrangères, et publia enfin une édition qu'il voulait faire regarder comme la seule exacte, tandis qu'elle était seulement expurgée par lui, mais en tout cas diminuée. Sans doute maintes choses furent intercalées, trop grossières et trop dépourvues de goût pour être de lui ; cependant il suffit de lire dans les plus récentes éditions de la Piicelle, qui les ont publiés comme