VOLTAIRE POÈTE DE COUR
poursuivi, il ne pouvait s'empêcher de railler dans l'épigramme suivante aussi bien le moyen employé que les hommes près de qui ce moyen avait réussi :
Mon Henri quatre et ma Zaïre,
Et mon américaine Alzire, Ne m'ont jamais valu un seul regard du roi ; J'eus beaucoup d'ennemis avec très-peu de gloire : Les honneurs et les biens pleuvent enfin sur moi,
Pour une farce de la foire.
Malgré cela, Voltaire se jeta plein d'ardeur dans le rôle de poëte de la cour. Auparavant, il avait déjà célébré dans un poëme sur les événements de 1744, les soi-disant faits d'armes de Louis XV et la guérison qui lui avait valu le surnom de bien-aimé; à propos de la bataille de Fontenoy , gagnée par le maréchal Maurice de Saxe contre le duc de Cumberland, il s'efforça de faire ressortir la part du roi et de son duc de Richelieu dans la victoire. Et lorsque l'hiver il s'agit de célébrer le retour du roi victorieux par une fête, ce fut encore Voltaire qui composa le divertissement, le Temple de la Gloire, où Louis XV était représenté rien moins que sous le personnage de Trajan, comme le véritable vainqueur et conquérant, c'esl^à-dire ami des hommes et bienfaisant. On raconte qu'à l'issue de la représentation, le poëte enivré de son succès, rencontrant le roi, accompagné du duc de Richelieu, lui fit à l'oreille cette question : Trajan est-il content? Sur quoi le roi passa outre sans l'honorer d'un mot.
Obtenir une place à l'Académie française fut de tout temps et est encore aujourd'hui l'aspiration tellement vive de tout écrivain français, qu'une seule chose peut nous