QUERELLES AVEC DESFONTAINES ET FRERON
lieu les démêlés encore plus détestables, si c'est possible, avec un certain abbé Desfontaines. En intercédant pour lui, Voltaire avait délivré cet homme de la prison, ce qui ne l'empêcha pas, après qu'il eut une première fois jeté au feu, à l'instigation de Thieriot, un libelle diffamatoire contre son bienfaiteur, de l'attaquer à nouveau par ses critiques, et à la suite d'une vive repartie de Voltaire, de lui adresser une impudente lettre de menaces. Alors Voltaire se laissa aller, à la vérité sous le couvert d'un homme de paille, mais de façon qu'il fût reconnu par tout le monde, à publier, sous le titre de Préservatif, un écrit polémique en tête duquel une estampe représentait Desfontaines fouetté à Bicêtre. Celui-ci répondit par la Voltairomanie , où il disait ne rien rester de mieux à faire à Voltaire que de se pendre. Au lieu de se pendre, il intenta une action judiciaire et Desfontaines dut signer une rétractation ; mais tout un hiver s'était passé dans ces misérables histoires, el après, les hostilités durèrent encore. Quand Desfontaines mourut, en 1745, un plus méchant l'avait suivi dans la personne de Fréron, qui poursuivit Voltaire dans toute sa carrière comme un roquet criard, et dont le souvenir fut en revanche perpétué par celui-ci dans des caricatures de toutes formes, en prose et en vers, dans l'épopée et dans le drame. Si, en somme, il peut avoir eu raison dans maintes attaques, entre autres dans son jugement décisif des poésies faites par Voltaire pour la cour, et malheureusement en mettant à nu certaines taches de son caractère, ce dernier en fin de compte amenait les rieurs de son côté , et un folliculaire menant une existence parasite ne peut à la longue se mesurer avec un homme doué de l'activité productrice de