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LA MARQUISE AU JEU DE LA REINE

Voltaire. Fréron ne fut pas d'ailleurs le dernier de cette espèce, les La Beaumelle, les Clément, les Nonotte et autres encore le secondaient, et le spirituel abbé Voisenon écrivait dans le style de la généalogie biblique : « Zoïle engendra Mevius, Mevius engendra Desfontaines, Desfontaines engendra Fréron, Fréron engendra Clément, » etc. Ces vers si connus contre Fréron,

L'autre jour au fond d'un vallon, Un serpent piqua Jean Fréron.

Que pensez-vous qu'il arriva?

Ce fut le serpent qui creva ;

ces vers ne sont qu'une imitation d'une épigramme de V Anthologie, et l'on doute qu'ils soient de Voltaire; au moins il n'aurait pas eu à en rougir, comme de tant d'autres attaques.

Au milieu de toutes ces querellés, la marquise du Châtelet n'avait certainement pas tort quand elle assurait qu'elle avait à tout instant en vue de sauver son ami de lui-même, et qu'il lui fallait plus de politique pour le conduire, qu'à tout le Vatican pour retenir la chrétienté dans ses liens. Parfois, cependant, c'était elle-même qui le mettait dans l'embarras. Par exemple, quelque passionné qu'il fût, il ne l'était pas autant qu'elle pour le jeu. Un soir, au jeu de la reine, elle avait perdu 80,000 livrés, tandis qu'il ne lui en restait que cent sur elle; Voltaire était témoin, et dans la persuasion que les choses ne se passaient pas loyalement, il lui glissa en anglais à l'oreille qu'elle ne voyait pas, dans sa distraction, qu'elle jouait avec des filous. Elle remarqua que son partenaire avait entendu et compris, et le

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