‹ Voltaire: six conférencesChapitre 98 sur 257 · VOLTAIRE RÉFUGIÉ A SCEAUX · texte numérisé non relu

VOLTAIRE RÉFUGIÉ A SCEAUX

plus prudent pour tous deux était d'abandonner la place, lune, pour mettre ordre à sa dette de jeu; l'autre, pour éviter une affaire d'honneur. C'est ce qu'ils firent dans la nuit : Voltaire se réfugia à Sceaux, chez la duchesse du Maine, avec laquelle il était lié depuis l'époque à'Œdipe. Là, il vécut deux mois caché dans une mansarde, les volets fermés pendant le jour, travaillant à la lumière, et sans cesse occupé. La nuit, il descendait près de la duchesse, dînait à côté de son lit et l'amusait de ses plaisanteries, tandis qu'elle lui disait les anecdotes de la cour. Plusieurs de ses contes, Zadig^ Babouc, etc., sont nés pendant ces jours, pour être ensuite, pendant les nuits, lus par le poëte à sa protectrice. Enfin, la marquise régla ses dettes par une transaction, assoupit également l'affaire d'honneur de Voltaire, et courut à Sceaux pour le lui annoncer. Mais^ la duchesse ne laissa pas partir sitôt des hôtes aussi distingués, et trois semaines s'écoulèrent encore au milieu d'amusements de toute sorte, surtout de représentations dramatiques, où Voltaire et son amie se chargeaient de différents rôles.

Pour compenser les dettes de jeu par un redoublement d'économie, tous deux se retirèrent à leur campagne, au milieu de l'hiver 1747, après un court séjour à Paris, et pendant la route un accident mit les deux voyageurs dans une situation dont Longchamp, alors secrétaire de Voltaire, nous a laissé dans ses mémoires une peinture trop caractéristique pour que nous ne nous y arrêtions pas. La marquise avait la fantaisie, tout à fait agréable pour l'été, mais sujette à inconvénients pour l'hiver, de voyager la nuit. Ils versèrent, et après qu'ils se furent tirés de dessous

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