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sûrs et sans témoins. Noua étions bien libres de longue causerie à la campagne; sa tante nous gênait peu; mais, k Paris, nous étions moins à nous. Il lui arrivait souvent de me faire faute au sujet des sorties que nous arrangions ensemble. Le commencement d'ordinaire allait bien, nous nous rencontrions; mais, entrée seule quelque part pour une visite, au lieu de reprendre ensuite le coin où je l'attendais, elle m'esquivait par un autre. Étant venus un jour au petit couvent cbez madame de Ciirsy, comme nous passions devant ma cbam* bre, je voulus la lui m(Mitrer; mais elle s'y o^^osa, en laissant voir un soupçon obstiné et irritant ; madame de Gouaèn, innocente et large de cœur, y serait mille fois entrée. En revanche, madame R. semblait pleine de confiance, d'abandon et presque de fragilité, là oii nous n'avions qu'use minute rapide, à la traversée d'une chambre dans une autre, eu détour d'un bosquet de Glarens, ou sur un seuil oti il fallait se séparer. Si je lui reprocliais ces contradictions blessantes, elle en. convenait, accusant sa nature trop faible et insuffisante, pour le bien comme pour le mal. Mes lettres passionnées lui étaient cbères; elle se demandait en îee relisant, disait-elle, si elle en était digne; elle s'avouait fière du moins de les inspirer; et elle en était 6ère en effet vis-à-vis d'elle-même, plut6t encore que naïvement comblée et heureuse. Mais son atfectioa avait aussi des accents de bien simple tangage. Elle souhaitait presque que je fusse malade, assez pour être au lit, sans danger pourtant : ohl comme elle me soignerait alors elle-même de ses œainsl comme elle me prouverait son dévouement sans contrainte! Madame H. était bien touchante et pardonnée, quand elle disait ces Choses, le front soyeux et tendre, penchée sur ses pâles hortensias.
— « Oii couriez-vous tout à l'heure, me disaît-elle un soir que, ne l'ayant pas vue de la journée, j'avais
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couru d'abord, en entrant, dans le paix où elle était, mais vers un bosquet oh elle n'était pas, passant assez près d'elle sans l'aperdeTOlr; ob couriez-vous donc ainsi ? s — « J'avais aperçu là-bas, répondis-je, une forme fine et blanche dans l'ombra, et je croyais que c'était vous ; mais ce n'était qu'un lys, — un grand lys, que, d'ici, voyez, à sa taille élancée et à sa blancheur dans le sombra de la verdure, on prendrait pour la robe d'une jeune fille. » — o Ah 1 vous cherchez maintenant à raccommoder cela avec votre lys, s'écriait-elle vivement et d'un air de gronder; je veux bien vous pardonner pour cette fois d'avoir passé si près sans m'apercevoir. Mais prenez garde 1 celui à qui pareille faute arriverait deux fois de suite, ce serait une preuve qu'il n'aime pas vraiment ; il y a quelque chose dans l'air qui avertit. » — Plus tard, en hiver déjà, comme UD soir je l'avais suivie de loin, au sortir d'une maison d'où on la ramenait sans que je dusse i'aliorder, elle me dit le lendemain qu'elle m'avait bien reconnu. — « Et comment, lui demandat-je, sous mon manteau, à cette distance et dans l'ombre ? > — a Oh I je ne m'y trompe pas, moi, répliquait-elle : je ne vous ai pas vu, mais je vous ai senti In — De tels mots, comme vous pouvez croire, rachetaient en moi l'effet de bien des médiocrités. Je les racontais à mon nouvel ami, arbitre sûr en ces gracieuses matières. Il me montrait en échange des lettres humides encore du langage dont s'écrivent les amants, et je rapportais de ces conversations sensibles, toutes pétries de la fleur des poisons, un surcroît de chatouillement et une émulation funeste.
Madame R. m' entraînait sans peine aux fêtes militaires, aux cérémonies de cet hiver du Couronnement où nous entrions, et qui fut si radieux. A la vue de ces groupes d'élite, de tant de jeunesses héroïques et fameuses, il m'était clair qu'elle auraitdésiréet surait été flattée que j'en fusse. Elle me citait des noms illustres
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démon {Kirttquî avaient cessé de dédaigner ce service de périls et â!honiieur. LesBaluts légers que les sabres nus adressaient, eu défilant, aus, femmes des estrades et des balcons, nous allaient au aœur. Peurquoi n'étaisje^pas là en bas pour passer auui à la tète de» nucne» 4^k décoré, et glorieiuv pour. U . saluer de l'éclair dp r^>ée,«tïMoiuf qu'elle me McoùniHetnjejnontratd'iuie mkin saps.efibet qui prend. possesBiob, d'un gesfie qui veatdire à tous •..Ilatiàmoi/ J'étaigiéhranlé; jânmf^is sKPn frein^comiiie im odurski!, iooffiobUe qui entend, des «scadroDs. : «Ohil avant c«s, derniers évéue^ mente, répondai8-}e,q^ei4'ï^t.étéilà. ma place et oon Ytta I mais après, muinteiiapt» ciHOwit est-ce possibtle? Après d'Eaghî«n, — i^pr^ Geprges, — jamai^ta Et je baissais la télé commv on.vaiJ^^ obscur; eUe gardait k. silencâ, et le reste de U fêt^ se passait j^ousementi. Au Ihéftira, à. la représeutatâoa des opérju les' plus recherchés, c'était. de Eoéote. ltto>i j!y aurais yq" lonliers étë heureux ; mais, eUt^ témoin daséléganccsi et des triomphes de son ««se, i[os;u)i quelquefois une salle entière se kjver et applaodif idolâtremt^t à l'ar- TÏTée tardive de^&mraes, Reiqeftalofi» de la beauté, elle («nbait à son tour en jalousie «t en tristesse. Au Ueu d'^re à nous seuls et enlviés dans ces loges étroites xtà. sa tante,, bienque présentai nous interrompait k peine. , «t qui semblaient comme une iiqage exacte de notre situation en ce monde, isoléaque nous étions, à demi obscurs, pas trop mai à. l'aise et T<>yant sansétre vus, —au Ueu de oela, noua noua r^ardiops avec souffrance ei des pleurs d'envie qui Q'éitaiantpas PPU nous. Étlàir oe donc là de l'amourY
Ce n'était guère de ma> part qu'un goût vif, né de l'occasion prolongée, d'une ooovenance apparente, et de ce projet que je formais, hélas ! de ne plus dédoubler mon âme et mes sens ; c'était de sa part une langueur afiectueuse asssisoanée de yanité. Nous n'avan-
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(^nsiqu'jt l'aide dâ mille poiiiles et de ces ruses qui aiguisent, tionnettl, en baleine et baroèient. Dans les liais, ell« t« {kl^isait' par monnentB à me donoer dos pi^tesde rivalité et dteimpatieBcee. Une fois, au m^ elage d'une de ae» parentes oîi elle m'avait tiait iavi- Ur, elle s'entoura bnifamioeiit, toute ta nuit, de jeunes gens et de cousin» de pirowince. jouant la mne de ces lieux. Quoique j'eusa« facilité entière pour la visiter ou l'accompagner diaque soir, bdub avions imagûié, par qu^ue réminiscenee romanesque, que je serais régu- Mènenient & minuit sonis une de ses fenêtres qui donunit dans une ïue {>0u fréqueiUée, 'ei que là, peitcbée une niaute à sota petitbakoo, elleme jettenûtquelqtte ftdi«u, un geste,, ua.biilletâU' crayon ou le bouqueLde WHi sein. Je ne. manqiifLaH pag au reaâezr.veua, et veili*is sous cette r«roiséa easenlJoelle. opiniâtre, pat la nelgfîo" Ifi plu<« ^ toutes les lunée du ciel, immùbite 4XL ridant, objet suspect pouc les rares passants: qui g'^artiàeiit de mon ombirâi avoc prudence/ Le plus souvent donc, l'ayant quittée vers onze heures, je la fretrouvab là bientôt ajwèsi J'avais suivi, durant l'inliiryelle, le& inoîndFesi miravementside lumières dans sa maison et la aoriie des visiteurs, «t sa' demi-benre d'étude soStairesar la barp^, commeiun pcëlude au lerei de l'étoile d'amour; j'an'ais sain des sons même ducbantdesa vois, et «on ombre, et eslledesa femme de cbambtv qu'on devinait s' agitant autour d'une cbe+ «rehire dénouée, et oe' coin de rideau entr'oavvrt par «rtiellft s'assurait, un peu avant, de ma pi^sEtncej Uais^ k pein« apparue et sablée, et le gage toiQbé de ses maint, je lut faisais signe de rentrer sans plus de retard, à cause du froid de la saison. Sa vitre alors ise refermait; il ne restait à mes yeux que son lût tout blanc de neige ou derayons, et le tremUement de l'ar* doise argentée. D'autres soirs pourtant elle oubliait, je pense, un peu à dessein, que j'étais là; son étude d^
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barpe durait bien longtemps, et tes sons qui jaillissaient avec plus de prodigalité et d'éclat seonblaient d'en haut insulter à mon attente. Il lui arriva même, une ou deui fois queje ne l'avais pas vue de la joum^, de ne pas du tout paraître, comme si ce n'avait pas été ' convenu; et moi, dans mon acbamement, j'attendaii toujours. J'avais comme gagné, à. force de marcher le long de ce mur, la stupidité d'un factionnaire qu'on ne relève pas. Mes pieds retombaient imperturbables sur les mêmes traces; mais je ne savais plus à quelle fin j'étais dans ce lieu. Puis, me le rappelant tout d'un coup, et voyant sa lumière éteinte, la colère, l'indignation contre ces ruses cruelles ou contre un oubli non moins outragens me bouleversaient; je rêvais, par ce balcon trop inaccessible, quelque moyen d'invasion prochaine, et m'en revenais à travers tout Paris, la télé agitée de projets entreprenants et d'escalades violentes. Oh I l'ardeur d'âme noblement exhalée! ne trouveïvous pas ? Quel hiver glorieux ce fut, et cpiel couronnementde majeunessel...
Cependant je n'avais plus aucune excuse auprès de mes amis de Blois pour prolonger à Paris ce séjour sans interruption. Dans une des lettres que le marquis m'écrivait [car depuis quelques mois c'était lui qui écrivait plutôt qu'elle), il disait : a On craint ici que vous ne nous négligiez un peu, mon cher Âmaury: madame de Couaën vous accuse d'être facile aux habitudes nouvelles, et je me demande moi-même si madame R. ou quelque autre accueil aimable ne nous a pas supplantés près de vous. > — En recevant ces mots, j'aurais voulu partir, donner huit jours au moins au passé, à l'amitié veuve, aux regrets et au soutien d'une illusion croulante, à la réparation trop incomplète d'un mausolée sacré. Hais madame R. restait principalement en garde sur ce point : c'était un ressort qui, fi peine touché, resserrait en elle toutes les lan-