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gueui's et les sourires, tendait brusquement toutes les méâances. Huit jours à Blois eussent reculé et anéanti l'elfort de mes huit mois parjuies. Si seulement elle me voyait triste d'une certaine tristesse, elle soupçonnait cette cause et devenait à l'instant d'une altération de ton et d'une aigreur singulière. Je remettais donc chaque jour d'ouvrir la bouche sur ce court voyage, et je n'osais jamais.
Il y avait un an bientôt qu'ils avaient quitté Paris. Il y en avait déjà deux que, sortant pour la dernière fois de la Gastine, j'avais demandé, en langage- embarrassé et couvert, à mademoiselle Amélie ce terme de deux ans pour voir clair dans ma deslinée et me résoudre sur les futurs liens. J'apprenais qu'elle devait venir prochainement passer quelques semaines cbez une amie de sa mère. Qu'allais-je avoir à lui dire, et comment masquer tant de confusion ? Quelle clarté si nouvelle avais-je donc acquise durant ces deux années? quelle ouverture avais-je pratiquée à travers les choses? IJue volonté vacillante et bégayante, plus inarticulable que jamais; nue situation plus fausse et plus déloyale, non-seulement vis-à-vis d'elle, mais envers deux autres coeurs également blessés! Pas un acte d'énergie, pas une direction tentée en vue du bonheur d'autrui ni du mien, pas une droite issue) Noble jeune fille qui, debout, sans vous lasser, si fermement enchaînée au seuil d'une première espérance, ressembliez à une jeune Juive, au bord d'une fontaine ou d'un puits, les mains dans vos vèlemenls, attendant que le serviteur peu fidèle revint placer sur votre tête l'urne pesante, ou déjà ne l'attendant plus, mais restant, regardant toujours, n'appelant jamais, jamais importune même dans le plus secret désir, appuyée sur votre gentille madeleine qui grandit moins folâtre et qui n'a pas surpris une seule de vos larmes 1 à sublimité simple de la volonté et du devoir) quel retour il se faisait en.
moi-môioe, chaque fois qu'ainsi vous m'apparaissiez t Il me Bemblait en ce marnent ^ite, malgré le terme tioltu des deuil années, et qiiaiul'ie devais me prononcar sur aoa avenue ce n'était pBS> d'elle encore que m'eniteteusitcàlte pensonne de sat^ifice, ce «œur voué aaâentice'des a)itre3»t:à.son propre oubU; o'étut da mBtifliaa de Couaënv -et. des r^uw^aet des hooies de cet abandon, c'était de cette vive p«in« que me> parktt te plu& le souvenir de mademoiselle Amélie. Je ae iai préiab, oro^ee-le, que des pensées ^^nes d'elle ; j'interprétais ce qu'elle seatùt en vérité, ce qu'elle aurait Benti .si elle avait tout su;, je croyais' par momeotsi l'entendre, qui me disait s a ,Ab I pour eJle du > mctinBi, pour aile, je ne me fusse plainte^ jatmaib de. a- moQ délaissement, je n'ensqe pointrougide voiiSt ô nimon.ami; maisi elle isus.'^i quittée^ elle ausâ peut-; s 'étre«n proieflmes doaleurst Âh! pitié pour ce Beia (C maternel qai n'a pas de plape à oabhëf de telle» <t aagoisses, pitié pour ce front d'époose tpilauoune coeimbre suspecte ne doit obseuidrl Oubli surmoi» «, pitiéiet bonheur pour elle^ si j'ai encore, quelque > n droit 1 01
I>aDs les dernières, letlree du maitqitifi,. iliétalt^ptoa* question delà santé de sBfemme.etteaC'spTessiaBsde vague «naîntes'y reproduisaient fréquemment. Hgdame de> Cursy m'«i parlait sans cesse, etiS3>p«titeioom]im-' nauté priait pour la obère absente. Ls' oom de m&dame de Couaëiï, prMioacé par hasard kiEms^te'mande qua> je. ^-oyais, m'^it devenu une e»isanle épine et <tin sn[H pU6e. Plusieiirs -kin. des pemonnes,. qui noue lavaient; aperçus l'an dernier toujoumi ensemble, s'informaient o{i«n était aujounl'liuluiieaiBitié'si'iiiBéparaibla, et a<w vent, quand j'aroivais dans unei compagnie, jlentendaii qu'on adressait tout bas cette qoestion ài maciame R., laquelle, au reste, ne manquait pas de me le veniarrappo>ier d'an oetiain air de dëitil^.«t«omniesiJs]ui«assft
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ralu an affront: Ud jour, à undlner diex e11e,o(iily ■ avait bon nombre cî'învitéB, k conversatîmi générale s'étendit sut QiBdaate de Ciitiaëii. Une dame qui'l'av&it rencontrée, en postuit récemment à Btois;diaattqn'e))e était à nepaa<recoaiialtre, fort maigre, et d'an moment à l'autretrès-pâleouaiwD des plaques vives sur joues. Je restai âse et «onsteraé à cee détails. Madame R. s'étaift le^éa sous mb prétexte, et avait quitté la cbambre. Eu rentrant, ellenie'troava le-visage tout noyé et tôttant avec des plears que je m'efforçais de dA'Ober aux convite». Quelques < instants après, comme on passait au aslon, eiles'ai^ocira cleiinoi et médit dans un' éclair nrité : « Obt TOOB l'aimei bien) » K» ces moments j^Bz, leplna<sulHt obangenlflnt aefetsaitieneDe; oe n'était piot rien dbmom df Hermnrie ; à la soie <M]ctueuse efi o«ndréa<da bod front, à l'ivoire mat' et tiède de sa joue, succédait: iiÉél^ère et dut« wrdenr comme iné~ tallinfae. SeslèncB araientdesacMnlsctaira'etVJbra&ts, le rire-laii sortait;d'u*'goBier moqHeur; ellff fat -ffune 6o<faeittstiie'folI« toote oette soirées je ne pouvaiï^mitn» la «emparer alors qu'au aaHcieux spbins de bronze que je vDUS'attN. le' toiui dérivais à elle^iB^meilelendemaio ^jè me justiSiis de mes pleurs, et in'attaehàiS 1t lui prouver que celui-là ne serait pas digne d'eSe, qtli, eu'ma ptaeie^ ne; les edtpas ^ntts déborder. Ella «m C0iiveaait> sampeîiiVet'seiddsarmait, et reprenait les moUsscooleùrs; Hais lacottfiaiilce vraie ne se vé^AAinsait,pa9 II fotidj eu plutôt «lie ne fbt jamais, ao aoeuinr tan^)«;.ét«bU&iénminous.
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PerpléiitéB, omni iani, que je ne puis vous tendre, si' vouBr-néflie n'y aver point passé, qu'il ne ^t point ibosorer k l'étènduo dei' noùfe- ai^iQntp, et que «om-
Sis VOL OPTÉ.
pliquaient encore ces tristes consolations souiUéesdont l'effet immédiat attaque si directement la volonté à son centre I Vie tiraillée et nouée dans tes plus sensibles portions de l'être 1 Embarras paralysant d'une nature née pour ie bien, d'unajeunesse qui s'est prise au piège* en voulant il légitimement aimer, et qui ne sait plus aboutir en vertu franche ni en désordre insouciant et hardi. Agonie , rapetissement , et plainte des âmes tendres déchuesl Ohl j'ai bien connu cette situation fausse et son absurde profondeur, ces dégoûts de tout qu'elle engendre, cet embrouillement inextricable qui meurtrit bientôt sur tous les points un cerveau jusquelà sain, net et vigoureux, cet échec perpétuel au principe et au ressort de toute action, cette lente et muette défaite au sein des années vaillantes 1 C'est comme un combat qui se livre incessamment en nous sans pouvoir se trancher d'un c^té ni de l'autre, et l'âme en prostration, qui est le prix du combat, sert aussi de champ de bataille et subit tous les refoulements contraires, et ne sait, à la an de chaque journée, à qui elle appartient! Ce sont de longues matinées, attacliées et clouées à une même place, comme par une manie obstinée; sur un fauteuil, ou dans ses rideaus; la tête dans les mains, les yeux se dérobant, comme indignes, à la clarté du jour, et le visage caché dans un chevet; — plus d'étude, un livre ouvert au hasard, qu'on lit presque au rebours, tant l'esprit est ailleursl quelques gouttes de pluie qu'on écoute tomber une à une dans la cendre du foyer; de vrais limbes sous une lumière, blafarde et bizarre; une inertie mêlée d'angoisse, d'une angoisse dont on n'a plus présents les motifs, mais qui subsiste comme une fièvre longue dont on compte les battements. Et si l'on y repense, un éveil, un ébranlement confus de fous les obstacles, de toutes les difficultés et impcésibililés, mais nulle issue, pas une ouverture pour rentrer dans la paix et l'équilibre, pour se replacer dans l'ordre eu s'immiK
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lant à quelqu'un. Un flot lent qui soulève et remue au fond de nous toutes les étables d'Augias; auf,un turrent qui les purge et les entraîne ; — et nous, notre Ame, là derant assise, mais assise dans le supplice de Thësée; attendant comme le paysan imbécile, que ce fleuve croupissant soit écoulé et tari ! Voilà oh mène le séjour dans ces situations fausses auxquelles on condamne sa jeunesse : elles porlent avec elles et en elles une expiaiion terrible. De telles misères sont bien à mépriser, mon ami ; mais, il faut se le rappeler, si Ton était tenté d'en trop rougir et de s'en accabler d'une âme trop abattue, elles ne sont pas plus à mépriser que tant d'autres misères de notre faute et agonies méritées sur cette terre. Da c6té du respect humain, qui veut de Faction à tout prix, du mouvement et du bruit Jusque dans le mal, et qui rougirait de l'aveu de toute agonie tandis qu'un Dieu a bien eu la sienne, il n'y aurait guère de secours ni d'allégeante parole à tirer : j'entends déjà les reproches durs et les risées des superbes que scandalisent de si abjectes faiblesses. Chrétiennement et aux yeux de Dieu, ces faiblesses, voyez-vous, ces sueurs tremblantes ne sont pas plus petites que tant d'actes et de résultats dont on se glorifie, que tant de triomphes menteurs qui se proclament, que ces enfers plus ardents des rivalités et des haines, que ces agitations extérieures ou secrètes des Whigs et des Tories de toutes sortes dans les divers étages de la fortune, des honneurs et du pouvoir. Devant Dieu, devant mes frères en Dieu, mon ami, je confesse mes langueurs, je les foule et les humilie en toute honte : devant les autres faiblesses humaines qui feraient les fières, je les relève, ou du moins je soutiens qu'elles sont sœurs, ei que dans les nôtres, si elles sont plus inactives et paralysées, c'est qu'il entre plus d'âme aussi, un reste de scrupule spirituel, un élément infirme qui n'a plus la force d'être bon, mais qui en a la
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«onBcianoe, qui empêi^ de passer paU^, qui au9pe;pd ei Dautraliïe, qui, diaBsé éd uotrQ oli^ir,, $« réfugie dto&noa os, et nous ibtise, et g^iQiM 'iéme »rajs ptHjrtitiitdéDidétje le crt^sbiieD, àparitr poar<Bl<M3 sam prévenir mftdtUDe B.. à. l'Av^cev 3ans obtQiûf congé d'elle, et en écriwaat.pimpl^mfwt un^ir qaej'«Yai8 pci^^ur iftQî, ta«lgré Jou(, demeçoAcianuier àcat>^it 'âe.huit jours : mais uœ lettre du marquis, C3- Cbetée. «a noir,, ma dispensa cruellement da.pius d'effort; le marquis m'y ia|>pr«iiait la- mort soibite de son SI», >et, muet sur la pi'w>Qdeur de, sa blessure, il m'y parik(it4e sa femme «t A^ l'état, alarmant «ii ce coup l'avait réduite, me chargeant de réclamer pour lui un<)>pef-missioQdejr8touT«t4}e5éjour d'uœ quinzaine à Par^ : il voulait là d^^yser dana ces premiers tu- ^fant&de la douleui: et consulter aussi les médecins. Je courus &M. 0...., qui en fit son affaire jxr&s du ministre Fouché, et l'ordre fut expédié de la police en m4me temps que ma lettre d'annonce au marquis.
Geti«Bfant, que nos amis venaient ai amèrement de perdre* était l'aîné de sa-sœur; il avait au moins 3«pt MIS aeeomplis, étant né eojrlande même, à Kildare, avant l'arrivé© en Fraoeerdes époux. Ses qualités précoces librement diév«Ioppé«s et une pénétrante beauté intérieure faisaient de ce jeune Arthur un être rarCi une oréatHre doubienaeot précieuse. D'une coœplexiou blanehe,jmKyeux,AuiJcb«ve«.xnoir3,le front aisément <wessé.'de sociges. d'un natuiel très-réfléchi et trèssen3ibl«, il teoait de sa mère et de sa grand'jnère, de cette lignée aimaatedesQ'^illy. 11 était même empreint, au baa du cou^d'ui) signe de naissance que sa grand'mbre seule avait eu, et dont sa ntère n'avait pas héri!4. Madame de Couaën m'en fit la remarque un jourqu'elle ledéshabiUait et l'embrassait sur ce signe avec émotion et respect. Sajeunesœurau contraire, toute Lu£y qu'elle était et .que sa marraine madame de Gurîy l'avait ap-
pelée, resserrée et graYe,: taciturne plutôt que sîlencieasBt dédaigneuse tenoore ,p^u^ que rêveuse, la pru-. nelle bleue et Ja Jèvre un peu haute.annoQcait davantage; ressembler à son père et sortir de c^tte souche antique, des Ooiuaéii, qui avait lougtepipa creusé, obscure et so-' lioaive/ daiffî son roB,.)naiKOi4stiD^,iVivaceet forteJCes. dieux enfastss'iaitiQ&iciit lèudi'eipetit, et le jeune Artliur rendait à sa sœur iui«,«spè^ d^pultEt délioat et des, égards méqae de ot«evalierie4 de ^§te. A Çouaën^) il lui, Uasaait des cburiMiaes dans lesjpFés,,au bord du caaal,', «t ^ filaisaSt.i Ven p(ueiridtirant.de&beure8;ellese lais-! sait: £aifre4 assise, iuuiHtbiilei «t 'dans le aéneux d'une jeune KBinej Uafi t'ois, oomme os les avait vus, d^puks, l^sJJeunjours^a'enfoQcersauls dans une allée du boi^„ aabout'duijftrdin^ <Hi.'eull& curiosité de les suivre. lU s'étaieat tait Dupetit-oarréàparteotouré de j^ou, et Un'beaujasniin^ au milieu; ArlJiuF avait deipandé ;^u jardinier de le lui' planicff à cette place. A force d'epr, tendra parler â'Irltnde et de £ildare àleur mère, ces. «Dfants«B4ta(i«»l pj«ina,'«t la jeune ^urque^tioniiait son frèPS'qui y était né, eoEOme a'il< en avait,, su ,plus qu'été. Arthur avait danc inif^;ié d'appeler SAHa^fi c^ lieu-là qu'ils s'étaient choiai oonws foirait Ândroiuaque. en Ë^ire au souvenir d6 Pergai]ie,:e( conujae font tous tes exilé». Parune aimable idée dA,niétajaaiorpbose,digB^ de la poésiedea ènfônta ou de» an^es^ le beau jasmin du miWwt tigurait laur aïeule madame O'N^ly, dont madame de Coutén les entretenait sans cesse et qu'elle r^rettait devant eux. Chaque jour, ils venaient causer avec le jasmin etthanter i. 1 «atour de lentes mé|o(lies., Dans le bouquet matinal qu'ils offraient à leur mère, Arthur et sa scenr mêlaient un peu de la fleur de ce jasmin, pourqu'it y sût un souvenir, un bonjour confus de leur grand'maman, mais sans que leur mère le sût, de peur de réveiller directement ses regrets d'absence. On découvrit à la fin tout cela. Ne vous semble-t-il pas
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en cet enfant, à travers un instinct de spiritualité et de prière, saisir une inspiration des fées mourantes, nn souffle d'Ariel déjà baptisé? J'appelais depuis ce temps Arthur no^re jeune dar^p, et ce fut à plus forte raison lorsqu'un jour, après l'avoir diercbé longtemps au Ic^is comme tous étaient dans l'inquiétude, je te trouvaisor la montagne, assis seul et les yeux en larmes vers la m^ sans qu'il me pût expliquer comment ni pourquoi il était là. Son père l'aimait à l'adoration, et quand il le tenait entre ses genoux, le contemplant et lui arrachant de naïves paroles, et, du sein de son ombre habituelle, s'illuminant doucement de lui, je ne pouvais m'empôcher de trouver qu'il y avait dans cet enfant tout'tendre et poétique beaucoup pourtant du génie paternel, un germe aussi des inquiètes pensées, un rêve de vague gloire peut-être autant que de tendresse, quelquechose d'une âiité de mélancolie opiniâtre et dévorante. Ce noble père souriait en ces moments sans doute à l'idée que l'enfant serait quelque jour un flambeau, une illustration qui réfléchirait sur la race jusque-là inconnueet sur lui-même. Heureux et deux fois sacrés les pères qui reçoivent d'un fils glorieux l'éclat qui les a fuis et qu'il» auraient les premiers mérité t
Depuis le départ de Couaên, Arthur avait été assez, triste et maigrissant, malade dans sa sensibilité. Les bons soins du petit couvent ne lui avaient pas fait oublier la grève et les bois. Dans les commencements, il demandait souvent à sa mère, mais en se cachant de madame de Cursy, pour ne pas avoir l'air de la vouloir quitter : ■ Haman, reverrons-nous bientôt la mer? > Madame de Cursy, un jour, en traversant le jardin pen^ dant l'office, les surprit, lui et sa sœur, qui psalmodiaient, à l'unisson des vêpres, cette espèce de couplet rie l'invention d'Arthur :
Bon Dieu, rcndei-nous U mer Ella mDDtagDG Siinl-Picrrs,
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Et Dotre petit jtrcliu Et grand' Duuuaii le Jumin!
Le caractère de sa sœur devenait aussi plus difficile, et volontiers capricieux ou impérieux. Nousavions quelquefois des discussions avec madame de Couaën sur la direction qu'il aurait fallu donner à ces jeunes êtres; mais naïve, excellente sans effort, et n'ayant eu que les baisers maternels pour discipline, elle entrait peu dans ces tiécessitës ; et moi, qui m' offrais à cette tflche, auraisje eu la persévérance et le désintéressement de la remplir? Dans le court séjour que j'avais fait k Blois, Arthur, profitant d'un moment oii j'étais resté seul près de son lit (car il se trouvait alors malade], m'avait dit : « Pourquoi ne viens-tu plus avec nous?tu nousfaisde la peine. » Je ne sais ce que je lui répondis; il se tut comme s'il eût pensé beaucoup et ne me questionna plus. La petite Lucy, plus Hère ou moins sensible, ou plus discrète encore, ne m'aurait rien demandé.
Et quand je vous peins ainsi ces deux beaux enfants par les traits qui les détacbent du fond commun de leur âge, je ne prétends pas dire, au moins, que ces traits distinctifs apparussent continuellement en eux et en flssentd'avancede complets modèles. Ohlnonpastsou^ * ventArtbur le barde était bruyant, altier ou mutiné; souvent sa royale sœur était familière, babillarde, ou d'un rien émue et en larmes; souvent ils folâtraient et sa confondaient à nos yeux selon les ^âces et toutes les contradictions de l'enfance.
C'était donc un de ces cbers objets que venaient de perdre nos amis. J'étais présent à les attendre lorsqu'ils arrivèrent en pleine nuit au petit couvent. Il n'y eut entre nous que des mains pressées, des embrassements étouffés, sans parler de rien, sans rien nommer. Elle me parut au premier coup d'œil moins changée que je ne l'avais craint, et toujours belle.
Le lendemain matin, je les vis l'un et l'autre, et
d'abord séparément. Avec luijdèsque j'easosé toucher l'immeose plaie, je fiis interrompu par un geste négatif, irrévocable ; je balbutiai et n'essayai pas de poursuivre. Il y avait, je le sentis aussitôt, dans sa douleur plusque celle d'un père pour son enfant; il y avait l'idée d'enfont mâle, de premier-né ravi, le deuil da nom éteint, quelque chose de blessé autre part encore qu'aux entrailles, une portion d'amertume non avouable parce qu'elle avait sa source dans l'antique préjugé plus avant que dam la nature; et nulle consolation dès lors ni même aucun langage possible à ce sujet, n aimait sa fille, sa fille si semblable à lui daus une saisonsi tendre, sa Ibrte image traduite en gentillesse et en beauté, mais elle ne remplaçait rien à ses yeux; un . fils seul pouvait lui cacher le vide des ténèbres. Ëtait-il h(Hnme ï en dé^rer un encore, à recommencer noe espérance? Si les médecins le rassuraient sur la santé de madame de fiouaën, si, dans son orgueil de race, il venait à redemander l'espoir d'un héritier mâle à la mère d'Arthur... en cet éclair, mon front se ctujvrit de honte, et je souhûtai que les médecins la trouvassent mal, la jugeassent atteinte de mort.
Elle était mal en effet; le jour me !a montra plus douloureuse et aSaiblie. Elle, du moins, elle était toute mère et rien que mère; elle me parla la première de son fils, se rejeta en pleurant sur sa fille qu'elle baisait, et qui, debout et morue, semblait porter toute cette affliction et contenir, paurre enfant I la slenna. Un mot de toadame de Coiiaën me révéla sous la plaie vive Je ravage d'une mélancolie bien profonde : t< Ce coup, disait^lle, était un châtiment mérité pour avoir déstré quelque chose hors du cercle tracé, hors de la famille, etelieavaitété frappée au dedans comme par un rap;>el sévère.» Je voulus vainement combattre cette interprétation, qui me parut lugubre et qui n'était que rlgouleuseineiit diréUenne: mais elle n'avait pas de pensées
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à la légère ; celle-ci avait pris racine en elle durant tout SOD séjour délaissa à Blois, et l'y avait obsédée constamment; la mort de son ûls n'avait fait que confirmer use crainte préexistante.
Elle me conta commeut le corps nnbaumé était parti pour Coua§n,sous1aconi)nitedu vieux serviteur François, et que le marquis, durant une veillée lamentable, avait tout lait lui-même, iju'il avait tout scruta, tout enseveli, toat cloué de ses mains, sans sooffrir témoio ni aide.
Dès ce premier jour, je sentis la gêne de ma situation Qonvelle; l'heure de voir madame R. étant arrivée, il fallut quitter madame de Couaën. Ses droits aneiens, sa douleur récente n'allaient pas jusqu'à me retenir une demi-journée entière; une autre avait l'empire du moment. Madame R. vint le soir embrasser son amie. Cette première visite se passa bien. Madame R. pleara I>eaucoup, et s'abandonna avec naturel à tout ce qu'inspirait un spectacle si abattu; mais, les autres fois, oe fiit moins simple; la vanité revînt, la rivalité se fçlissa. J'évitais avec elle fonte d^onstration ttup partici»lière; mais d'un geste, d'un etin «l'œil, elle savait assex marquer son ascendant sur moi et dénoter notre intelligence établie. J'allais chaque matin, «vant deux heores, au petit couvent; puis madame de Cooaën avait beau me vouloir retenir, je m'échappais et voUis à la Chaussée-d'Antin^ où, saignant encore d'impressions graves et afBJgées, je trouvais souvent un accueil aigri et mille jalousies en éveil. Tous ces petits grieb entraient, s'aecumalaient en mm, 7 brisaient, pour ainsi dire, leurs épines, et, s'il n'en r^ulta sur le temps aucune grande secousse, ils se retrouvèrent plm tavd avec usure. Soit amitié au food, soit secret déiir de surveillance, madame R. nnt passer près de madame de Couaën plusieurs des soirées de eette quinzaine, tantôt seule, tantôt aco(Hnpagnée de sa taiite. Fort
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occupé que j'étais en ce mois-là dâ certaines séances du soir sur le magnétisme animal, je faisais pourtant en sorte de revenir toujours à temps pour reconduire madame R., mais quelquefois à temps seulement, et sans prendre longue part à l'entretien. Madame de Couaën ne perdait rien de ces concordances, et en souffrait.
Cela se voyait surtout an sourire d'adieu qu'elle tâchait de nous faire aussi bienveillant que son triste cœur, à ce sourire qui ne réussissait pas à en être un, et qui me semblait dans cette douce'pâleur une ride criante. vous qui avez trop vieilli par l'âme et souffert, si vous voulez déguiser le plus amer de votre souci, ne riez jamais, ne vous efforcez plus de sourire!
Un soir que nous avions laissé percer, madame R. et moi, nos arrangements pour une sortie projetée, madame de Couaën se trouvant debout avec nous près de la fenêtre par une lune sans nuages, devant une nuit de magnificence qui nous assurait un beau soleil du lendemain, me demanda de la conduire elle-même dans la matinée suivante à la promenade et à quelque boutique. Elle mêle demanda comme pour montrer qu'elle n'était pas piquée ni jalouse, et comme une sœur demande à son tour après qu'une autre sœur a obtenu. J'eus un court moment d'hésitation dans ma réponse, tant à cause de madame R. présente, que parce que cela tombait réellement k travers mes heures occupées. Ce presque imperceptible mouvement fut bien sensible à madame de Couaën ; elle se rétracta aussitôt, s'accusant d'être indiscrète et d'abuser légèrement de moi. II fallut tout«s mes instances pour recouvrir ce premier eifet et la résoudre à vouloir encore.
Il y avait un an vers la même époque, dans les mêmes lieux, que nous ne nous étions promenés ensemble; je me sentais lié, garrotté par d'autres serments; jem'étais dit de bien mesurer mes paroles. On se crée une ombre
d'honneur qu'on essaye de suivre dans cette violation de toutes les lois. Les terrasses exposées, les marronniers et les marbres émaillés de frimas, ces mêmes lisières des allées qu'anime le soleil d'une beure, nous revireut tout changés. Je voulais prendre d'abord ud autre tour du jardin ; elle insista pour les anciennes traces. Qu'étaient devenus nos promesses ei nos projets de bonheur?... Sa fille cheminait seule à nos cdtés.
It semblait qu'elle avait dessein de subir lentement le contraste des impressions d'autrefois et de celles d'aujourd'hui, d'en tir» un enseignement austère. Elle ne provoqua de moi aucune explication et ne parut pas en attendre. Mais calme, sensée, avec son accent d'imagination native, et soutenue par un flot intérieur profond, elle parla beaucoup et presque seule, dévoilant peu à peu sous le ciel tout un lac nocturne de pensées ensevelies.
Elle disait qu'il y a un jour dans la vie de l'Ame oii l'on a trente ans; que les choses apparaissent alors ce qu'elles sont; que cette illusion d'amour qui, sous la forme d'un bel oiseau bleu,avoltigédevant nous, sauté et reculé sans cesse pour nous inviter à avancer, nous voyant, au milieu, bien engagés dans la forêt et les ronces, s'envole tout de bon ; qu'on ne le distingue plus que de loin par moments au ciel, fixé en étoile qui nous dit devenir; que, vivrait-on alors trente ans encore et trente autres sur cette terre, ce serait toujours de même, et que le mieux serait donc de mourir, s'il plaisait à Dieu, avant d'avoir épuisé cette uniformité; qu'on deviendrait même ainsi plus utile à ceux d'en bas en priant- pour eux.
Elle disait qu'il y a pour l'flme aimante une lutte bien pénible : c'est quand l'oiseau d'espérance, qu'on croyait f»arti pour toujours, redescend encore un instant et se pose; quand on a un jour vingt ans et le lendemain trente, et puis vingt ans de nouveau, et que l'illusion et
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la réalité se ebsasent l'Une t'autro en naat plarâenn fois dans l'espacede peu d' heures; — mais j'ai les treute ansi désormais sans retour, ajoutait-^He.
Elle confessait avoir toujours eu un monde ta elieméme, un palais brumeux enchanté, une verte lasde sans fin, peuplée de génies afieclseux et de songes; avoir Técu une vie idéale tout intense, toute confiante et longtemps impénétrable aux cboses; mais que c'es était fait enfin chez elle, et plus rad«nent <^e chez d'autres, d'un seul coup.
Elle disait aussi, je m'en souTiens, que l'illustoii eu l'amour qu'on pmi» en soi à vingt ans re^emble à un collier dont le fii est (»mé de pnles; mais, au collier de trente ans, les peries sont tombées; il n'en reste qne le fil, gui dans un cœur fidèle, du moins, est mâestme* tible et dure cette vie et l'autre.
Elle disait naturellement de ces choses qui semblaient cueillies sur la trace des Esprits des nuits dans les bruyères maternelles, mais de ces choses relevées avec sagesse et mûries dans un coeur tendre.
Et tout en proférant cette science ainère de Job d'une douce lèvre de Noémi et avec un souSle d'âme qui ne se lassait pas, la fatigue de marcher la prenai t fréquemment. Je choisissais, pour nous y asseoir, les bancs l^ plus attiédis, comme j'avais espéré faire a«trefois pour sa mère à Eildute; e pws notu nous remettîem <» nurche au soleil.
Une pansée «ncora qui s'irifi'it «fcws le cours de ss plainte «t qui ne craignit pas de^'écbapper, c'est qu'il ya un jourdediécsuverte bien dure, lorsqueaprèss'étra cru nécessaire à quelqu'un et avoir cru quel(|u'm inséparable 4'avee noas, le cœur se détrompe, et ^'â un certain soir, tout le numde retiré, (m se jette à genoux, la iace dans ses muns, prtmt Dieu pour soi, pflur t> piopre paix, et ne poavânt pj»3 rien directem^it datt le bonheur ou le aûtlheor d'un antre.
Elleae reprochait d'av^m-tirspn^li^é Bien jusque^H, de s'être trop rarement approchée dti seul efficace et permaTient Consotatear. ^îe soahaitaît une vie plus relirée, plus étroite encore. Un couient à Blois avec sa fille aurait été boh tgbu; car tlie craignait, dis^teHe, d'être tout à fait inotile -et CMaine éb^ngère i M. de Couaên, une pure oanse pour lui d'habituelle iaqiQétPtide.
J'essayais de jeter i tcaT«Ts wn effuHOn, qui repr^ naît sans cesse, quelques mots is péftitation incertaine; qu'il y a use sorte d*îUuHOn anesi dam 1b trop de dés»ln»eraent; que souT^it les apparences swil pires que ke intentions qa'elles aoeasent. Mais «lie ne paraissait pas entendre h! demander de réponse; elle contiouait toujours; pas d'aigreur, pas d'allosion fine et détoiutnée, mais uoe ^ine et gésérale application de ses paroles aux faits accMnpIis; une forme clémente, un fond de ju^ment irréfragable. Toute oetle hymne plaintive épuisëe, usas étions près de quitter le jardin, quand une cbaiVRante eatmtt, qui passa derant nous, attira mes regards, et je crus reconnattre Mad^eioe de Guéraio. L'idée de mademoistrile de Liniers, qui pouvait être à Paris, m'assaillit t»>usqiiement; je le dis i madame de Cofiaén, et nous bous hâtâmes, poor Bons en assurer, vers les deux personnes qui précédaient et avec lesqu^Ies marctrait l'entant. MademMselle de Liniers {car c'était bien elle qui, tout nouvellelement arrivée, se promenait U avec cette dame, ancienne amie de sa mère) tourna la tête au même moment et me reconnut. Madame de Couaën et elle ne s'étaient jamais rencontj'ées ; nais dks s'étaieet écrit, elles s'aimaient. Mademoiselle de Liniera avait appris déjà la perte funeste; ces deus femmes, à peine nommées l'une à l'autre, s'embrassèrent émues; voyant oela, la jeune Hadeleine, plus grande, baisait au trast la petite Lucy, sérieuse et étonnée. On se pr<miit de s»
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voir; je demandai à mademoiselle Amélie la permission de l'aller saluer; et nous rentrâmes, — chacun, hélas I avec quelle charge accrue et quelle rude moisson dépensées!
Le soir même de cette promenade, comme nous étions réunis chez madame de Couaën et que madame R. et sa tante venaient d'arriver, la conversation ««ngagea entre le marquis et moi sur la politique. Il parlait, avec un redoublement d'&creté, de l'Empire, de cette mystification insolente, et de l'immense ruine que la hauteur de l'échafaudage préparait. D'ordinaire, quand le marquis s'échappait de ce côté, je courbais la tôle à son aquilon, et respectais, sans essayer de l'entamer, cette conviction orageuse oii tournoyait une âme inexpugnable ; mais ce soir-là, soit que ses préventions me parussent plus énormes et insoutenables, suiv tout à la suite de cette clémence et de cette justesse d'idées de madame de Couaën, soit que la présence de madame H. introduisit quelque aigreur et une pointe d'amour-propre dans mon impression, sans que je pusse m'espliquer comment, je me trouvai, après quelques minutes, en contradiction ouverte avec lui. Je ne justifiais pas l'Empire; j'alléguais seulement sur l'éclat de ses armes, sur sa force, sa solidité actuelle et ses bases suffisantes dans la nation, des raisons assez évidentes, et si évidentes même qu'elles me donnaient trop aisément le rtïle du clairvoyant et du sage. Mais je disais tout cela d'un ton contrariant, d'un air d'impatience et de révolte, et c'était la première fois qu'avec le marquis pareille chose m'arrivait. Ëtonné de cette forme nouvelle contentieuse dont je m'étonnais pour le moins autant que lui, il enraya son ardente invective et entra avec une douceur singulière et une netteté soudaine dans la discussion que je lui ouvrais, me surprenant à chaque instant par ce mélange de haine aveugle et de condescendance, et par la fermeté, la pé-
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nétration de certaines vues, au sortir d'assertions toutes passionnées et d'elles-mêmes croulantes. C'est une épreuve que J'ai d'abord faite sur M, de Couaën, et que j'ai depuis eu l'occasion de vérifier souvent, mon ami, combien chez les hommes forls de hautes parties d'intelligence et de génie sont compatibles avec les déviations et les défectuosités les plus abraptes. On croit les tenir, et ils échappent ; on les a étudiés durant des années, on a déterminé la formule de leur caractère et de leur nature, comme pour une courbe difficile; un aspect imprévu vous déjoue, u Je le vante, je l'abaisse, a dit- Pascal, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est un monstre incompréhensible, n Ce que l'illustre penseur a dit de l'homme abstrait, de l'homme en général, n'est pas moins vrai de chaqde individu marquant. Plus l'individu a de facultés et de ressorts intérieurs, quand la religion n'y tient pas la main, plus le faux et le juste se mêlent en lui, coexistent bizarrement et s'offrent à la fois l'un dans l'autre. La corruption, la coatradiction de la nature spirituelle déchue est plus visible en ces grands exemples, tout ainsi que les bouleversements de la nature physique se voient mieux dans les pays de volcans et de montagnes. Quel chaos I que d'énigmes I quelles mers peu navigables que ces âmes des grands hommes I On heurtait sur un rocher absurde (t), et voilà que tout à côté on retrouve la profondeur d'un Océan. On en désespérait, et soudain forcément on les admire. Leurs plus grandes parties gisent près de défauts qui sembleraient mortels. A tout moment, si on les serre de près, il faut revirer d'opinion sur leur
(1) Un roehtr absurde, camme qui dirait un rocher d'absurditéa, un rocher «ourd. Ainsi l'on dit une ^uine imemée. Homire, pariant du «upplice de Si*yphe, a osé dire la pierre impudente, que llarmoDtel a criliquée. Je ne prétends paa d' ail leun Justifier l'expretalon d'Amaur;,Je l'explique. [Nou de l'Editeur.)
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compte. On ne s'accoutume à cela que plus tard ; car d'abord on veut et l'on se crée des hommes tout entiers.
Dans cette discosnon d'alors, an reste, le marquis n'avait tort qa'à demi contre moi. Ce qu'il avançait de l'Empire était eiorbitant, intolérable à entendre, une raie révolte à l'oreille du bon sens judicieux; mais i! y avait une idée perçante. On a dit que toute erreor n'est qu'une vérité transposée. Tonle énormité dans les esprits d'un certain ordre n'est souvent qu'une granite vue prise hors du temps et du lieu, et ne gardant aucun rapport réel avec les objets environnants. Le propre de certaines prunelles ardentes est de franchir du regard les intervalles et de les supprimer. Tantôt c'est une idée qui retarde de plusieurs siècles, et que ces vigoureux esprits se figurent encore présente et vivante; tantôt c'est une idée qui avance, et qu'ils croient incontinent réalisable. H. de Couaën était ainsi; il voTatt 1814 dès 1804, et de li une supériorité; mais il jugeait 1814 possible dès 1804 ou 18%, et de là tout un chimérique entassement. — -Voilà un point blanc à Thorizon, diacun jurerait que c'est un nuage. ■ C'est une montagne, » dit le voyageur à l'œil d'aigle ; mais s'il ajoute :
■ Nous y arriverons ce soir, dans deux heures; > si, à chaque heure de marche, il crie avec emportement :
■ Nous y sommes, » et le veut démontrer, il choque les voisins avec sa poutre, et donne l'avantage aux yeui moins perçants et plus habitués à la plaine.
Engagé comme je l'étais contre M. deCouaen, et après le premier bond irréfléchi, j'essayai la retraite et de redescendre de l'assaut de cette citadelle honnêtement. Hais l« mouvement de discussion était donné;' une légation en ramenut une autre ; foules mes oitjeettoni amassées de longue majn faisaient face malgré mw. <hi bien, quand tout avait l'air de tomber natnrellemeiit, je prolongeais & mon tour, espérant une occasion ds