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a fait des guerres intelligentes. Il n'avait guère que trente ans au plus, étant de la levée militaire de 96. Je lui sentais un fond d'opinions politiques et patriotiques qui plaisent sous l'habit du soldat; excellent officier, et amoureux de son arme, il ne donnait pas trop eo aveugle dans l'Empire. Bref, un attrait réciproque nous avait assez liés.
Deux ou trois semaines se passèrent encore, et je n'avais point réussi à me renfoncer bien avant dans les sentiers des pacifiques royaumes. Un matin , étant sorti, pour me distraire, à cheval, par la barrière de Fontainebleau, je croisai à quelques lieues de là, sur la grande route, la première colonne des prisonniers autrichiens qu'on avait ainsi dirigés de la frontière vers l'intérieur. Cet aspect des vaincus me remit à mes blessures et à ma défaite, moi vaincu aussi et à qui l'épée était tombée des mains sans que j'eusse pu combattre. On commençait à être dans l'attente expresse de quelque grand événement, car l'armée russe avait dû se joindre aux débris de l'armée autrichienne. Je retournai inquiet à la ville, et me rendis bientôt à pied dans le quartier des Palais. Mais, au sortir de la terrasse des Feuillants, vers la place Vendôme, je rencontrai pAle, défait, et comme relevant de maladie, le capitaine Bemî lui-même, et, l'abordant avec surprise : n Quoi I ici encore? » m'écriai-je. — Et il me raconta comment, le lendemain de notre précédente rencontre, l'hémorrhagie et la fièvre l'avaient pris, et que cette fièvre opiniâtre ne l'avait quitté qu'en l'épuisant; mais enfin il n'avait plus qu'un peu de force à recouvrer, a Je pars demain, cette nuit, ajouta-t-il avec un regard brillant, je pars, et peut-être j'arriverai à temps encore. • Nous étions devant sa porte, il m'invita à monter. Une fois installé dans son petit entresol, je n'hésitai pins en voyant de près cette noble douleur, à lui découvrir la mienne : « S'il est temps pour vous, il l'est
dODc aussi pour moi, fis-je eo éclatant; votre espoir me rend la vie. Dites, puis-je arriver, assister avec vous à cette bataille d'Empereurs oîi vous allez courir ?» Et je lui expliquai mes desseins si souvent enfouis et m'ëtouffant. Dans l'espérance vacillante qu'il se voulait ménager à lui-même, il fut indulgent à mon idée, et prétendit que rien n'était plus esécutable : « Je reçois « votre engagement, me dit-il; vous savez manier un s cheval, je vous tiendrai d'abord avec moi. Vous en- « trerez après, si cela vous sourit, dans le corps de c Vélites qu'on vient de former... Oui, cette nuit même, «nous partons, nous allons en poste Jusqu'à Straso bourg, et de là à franc étrier jusqu'à l'armée : six * jours en tout feront l'afTaire. » Il cherchait un appui contre sa propre hésitation en me rassurant. De telles paroles m'enlevèrent. Je rentrai chez moi, j'y pris des armes et l'épée même qu'avait touchée Georges. Je passai chez madame de Cursy, la prévenant qu'elle n'eût pas à s'inquiéter de mon absence, et que je serais toute cette dernière quinzaine d'avant l'biver à la campagne : elle ne me questionnait jamais. — Dès le matin, nous roulions, mon nouveau compagnon et moi) vers Strasbourg.
Il était, je vous l'ai dit, homme de droit sens, de «oup d'oeil ferme et militaire, mais avec des idées plus libres et un horizon plus ouvert que la plupart. A propos de cette éternelle grande bataille que nous poursuivions, que nous nommions presque d'avance, que nous ralentissions, que nous agitions en mille manières : « il « faut bien que j'en sois, me disait-il ; d'abord ce sera « une illustre et belle bataille, et il y va pour moi de 4 l'honneur. Nous en aurons bien assez d'autres avant « peu d'années, je le sais; mais celle-ci est de justice a encore, de nécessité et de défense; plus tard, je le « crains, ce sera plutôt l'ambition d'un homme. Je ■ veux donc en être, surtout de celle-ci. » — Il ajouta
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sourdement : urty rmfer/n J'^trevis enhii alors nie douleur de cœur. Quelque chose comme une perte ancienne ; il s'accusait, i ce que j» crus- camparcndre, d» n'avoir pas été assez Èàtie k un sou^tnir qui aurait db demeurer unique dans sa rie. Il n& Bb'an park au Nst« qu'obscurément et en me serrant la. main. L'ina^ de madame de Gouaên, si laii^iesaat» clle-aeéme!, et de cette perte menaçante, n» p^sa daunt ka yenx : < Et « moi aussi je veux y rester, > hii dis-je^ei um gra^d silence s'ensuivit. Le jour batssaii; ma» conifegneB fiait par s'assoupir légèremeNt, car il était bian &i%l« encore. Et moi, regardant fuir les arbna de plus ea plus funèbres et se lerer au cial awc lias premières étoiles l'heure des regrets inâniSr je nuimmrais ce vœu sous mes larmes ; a (Hi! oui, mamoma anni ee qas
■ nous aimons, de peur, en survivant, d'^ dt*e infidèles, « et de souiller par des distiactioasmlgRifeSg.et qu'on « se reproche twit en 7 cédant, ke dcvil qu'il ùilknt
■ garder inviolable; >
Le sommeil me prenait à moD tour, ti, qiBOKL jft me ■éveiliais ensuite par degrés, il ne semblaiÉ, en me retrouvant à ^!etta place et dans- ce voyager que je eamtinuais un songe absurde, le cauchemar d'un ■—'■■** Hais la vitesse des cfaevauz ou- l'air du matin m'arrivant par une glaee oitverle redéeiàaMnt le tnrat d« mes pansées, et, tont en m'smuaDt la plus ivdage dm laoei^ ja me remettais assiiB viwoaenià lÂstualiaBi.
Noua- trenUicHs, an vranfanty #ap(BMdia qu el^ e B grande nouvrile de viatoira. Déjà » bruit, caris^ ■■ de ces ok-^ |»^iiFWKn i^ seMJaleat.aatoucnH ea mm suit »ir: Vaile des vnts ou sur 1» ckevat ée&mtnts, ««mençait i ffémir,. h ae gnsàr Èotmar è» noas i efaaqne poste (A mmb pâmons. Le-c^itsine UMtaaaos refaisait pour la vingtième fois ses ed(»^ ^rat^iques^ i! déployait 3» carte- de podie, et, partant des dennen bulleUns, il»'«xfdiqaatllespoàtioi»'de»ATWso«rps»
TOLBPTfi. 33(
la joBction h peine effeetuée, srioa lui^ et it eoup sâr ioconiplète des AutrichisBs et des Russes, les causes probables de temparisation dma aiu &tîgites de tant de marches précédentes. Nés deux létes^ pencbëes k la fois sur celle caFts, s'entie-ehoquai^tà chaque tu'asqiie cafaotement. A ootee entrée dansâtiaBboang, tout bruiasait d'une grande espérance; mais ikm de certain, rirai d'officiel encore. Noua noua donnânues à. peine le temps d'y poser et ne fîntes presque que nous élancer de la iR^uBe sur la selie des cb^aux.; c'était, en eette BBa»> si^ que noua devions poursuivre la route. Nous tooc cbions àiKebl;.rA]Ieiaagiu]el les saules desarive basae étaient devant bouSt quand à la l£te du peai, au raotinent de passer, an eoiurrier, que te capitaine recomuU à l'instant pour étn i rEopereur, déboucha, aa galop>. Le capitaine le erîa. par son boib et sa porta vers UaL. Trois mots- : -gfeauda witmre, atttmtiee, paûe ai»n/ /mit jours, volèreid dana lua éelaîr. Le capUaina devint p^ comme un mort, son œil était fixe, il se tut, et sob cheval coatiaiu de W mraier. Mais au nilieuL du pont, & l'ancieiute bBùt&, je m'arrêtai Ift iMwoiex et lui dia : ■ A laoi qui n'ai va de ma vie un combat,, et qù suis destiné à n'en point toîi, il nftra'appactitfitpaade tiftverser la fthiu, le fleuve-gueDriBiw Vava^ ober cafàlatae, votée vevaoeiie est assurée, elle s«»gJAnaasft;.eoasD)eavous; adisutU'Ëtsana.phiade paralesysaas-descendrat nous nous em^ aa nA m ea. Il pastit es Allema^^ 4taut» bride coaiae an désespéié. IL fui tué trois ans plus tardÀ Wacraitt.iemitrai momftii StraEtMur9,.id m,'») EfiTiat de là droit k Patia» Âprèa calla- fignaa fSia àm capiiaiaaenteadaBt Isa tatois nota du courier, ma s»> emdB pensés fui toute pour H. de; Gousrâ, et je lui vie à sette dureMMiiallft une sueur froida ausai, décAulant de soa front veiné, et ea trenblemetit particiiiier d'un* livre mkicft. Quant à moi, j'étais peu surpris ; je necoanaissais là ce que j'appelais mon dcatir., ce qu'au sortii
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d'un tel vertige je n'osais plus appeler l'intention de Dieu. L'humiliation me noyait et couvrait ma tête d'un lac de cent coudées. Était-ce d'avoir manqué Auaterlitz, était-ce d'avoir rompu mes bons liens, que venait la confusion ?Ce qui est certain, je ne me serais pas trouvé digne alors d'aider en silence au dernier des frères lais dans l'arrière-cour d'un couvent.
Vos voies pourtant me dirigeaient, 6 mon Dieu! J'avais honte de moi, mais Vous, vous aviez moins de honte. Je méprisais en moi le fugitif impuissant à ravir le monde, l'être rebuté des événements et des choses, et vous étiez plus prêt que jamais à m'accueillir. Après tant d'erreurs et d'inconstances, je n'avais à vous offrir que des restes abjects de moi-même, mais vous ne dédaignez pas les restes, pourvu qu'il y couve une étincelle. Vous faites comme Lazare, 6 mon Dieu, et vous recevez presque avec reconnaissance les miettes de la table du prodigue, les haillons du corps et de l'âme du pécheur t
Je retombai un soir dans ce Paris retentissant et encore illuminé. Mes amis, c'est-à-dire madame de Curs; et l'ecclésiastique, ne s'étaient pas étonnés de la courte absence. Je repris ma vie d'auparavant, mais sans la sécurité et sans le bonheur du premier charme. Je voyais bien que ce dernier assaut avait été un déguisement de mon penchant Secret qui, pour me rengager en plein monde, s'était offert à l'improviste par l'aspect glorieux, sous la forme et sous l'armure du guerrier; que c'avait été toujours le fantôme des sens, de l'ivresse et du plaisir, mais cette fois in'apparaissant dans les camps comme Armide, et sous un casque à aigle d'argent. — Napoléon venait de rentrer dans sa capitale; l'armée entière allait l'y suivre, et le rendez-vous général était donné pour les premiers jours de mai. La Garde au complet arrivait déjà, et les caresses aux bras nus, les orgies permises d'une paix triomphanlA ani-
maient la ville et perdaient les regards. Il devenait temps pour moi de prendre un parti. Il y a un moment dans la conversion oîi c'est une nécessité, pourguérir, de mettre entre soi et les rechutes l'obstacle souverain des sacrements. 11 ne faudrait pas les aborder trop tdt et à la légère, avant qu'ils nous fussent réellement sacrés, de peur d'empirer la situation en les violant; mais l'heure vient oti eux seuls peuvent poser le sceau, ratifier le pacte qu'un cœur prudent conclut avec les jea^[pepigifœduscrimoeulismeii,ditSob), et faire qu'il n'en soit pas du voluptueux selon la sentence du Sage dans l'ancienne loi : « Tout pain lui est bon; il ne se lassera point d'y retourner et d'y mordre jusqu'à la fin. » Ce n'est pas trop, vers cette fin, qu'un Dieu toutentier, Dieu corps et sang, se mette entre l'idole ancienne et nous. J'étais de ceux, en particulier, je vous l'ai dit, chez qui la religion dépend moins de la conviction' d'intelligence que de la conduite pratique; je ne trouvais rien à opposer comme raisonneur, mais je n'agissais pas ou j'agissais mal, et c'était pire; et, si je n'y prenais garde, j'allais m'amollir en présence d'une vérité que je reconnaissais et que chaque jour je seraisdevenu plus incapable d'étreindre. J'écrivais à mon aimable ami de Normandie ces propres mots que je retrouve sur mon livre de pensées d'alors : « Mon intelligence n est convaincue, ou du moins elle n'élève pas d'ohu jéctions ; mais, lui disais-je, ce sont mes mœurs et a ma pratique qui m'écartent et me rejettent, malgré < les partiels efforts que je tente. Et l'&ge vient, et la «jeunesse me quitte tous les jours; les années plus u sévères s'allongent devant moi. Je voudrais concilier a mon idéal amour avec la religion, de manière à les « affermir l'un par l'autre; mais les sens inférieurs « déjouent cette belle alliance, et je retombe passim, à H la fois mécontent comme amantet démoralisé comme « croyant. Voilà ma plaie..., cette plaie des sens qui ae
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K rouvre toujoars mi moment où on la croit guérie. ■ J'avais noté pour moi ces mots avant de les envoyer; ils étaient le résumé sans feinte de ma situationextrême, à cette limite que je désespérais de tranchir. Obi c'est ane mauvaise situation, moa ami, qu^d les mœurs restent les mêmes, l'esprit étant autr^uent convaincu. Gn continue de mal vivroj et l'on est persuadé qu'où vit mal. Rien n'affaiblit etue détrempe l'esprit, ne lui 6te la faculté de vi'aie toi, et ne le dispose à un scepticisme universel, comme d'être ainsi témoin, dans sa conviction, d'actes contraires, plus ou nM)in3 multipliés. L'intelligMice s'énerve à contempler les défaites de la volonté, comme un homme à une fenêtre qui aurait la lâcheté de contempler quelque assassinat dans la rue, sans accourir à la défense de l'^orgé qui est son frère. — Une lettre de M. de Couaën qui m'invitait à passer quelques semaines à Bloia, et d'un ton de douceur et d'amitié que je n'avais pas éprouvé de lui depuis longtemps, aldaàmadétCTminationijeQ'osaiÊQi refuser ni aller. J'avais hâte de mettre l'idée de madame de Couaën en toute sûreté et pureté sur l'autel, derrière les balustres de cadre, et de l'inscFire invisible sur les lames d'or. Enfin, que vous dirai-je, mon amit apràs cette dernière épreuve, et quand je me sentais si bas, tout là-haut était mûr «t préparé; je me croyais dans l'abandon el tout me soulevait insensiblement. Un jour le bon ecclésiastique le premier, inclinant ma pensée, me parla du séminaire de..., dont le supérieur était son grand ami, et de la vie appliquée et simple qu'on y menait. Chaque Sôuffle d& printemps, cette uinée^à, ' et dans ces moments tant redisntés, m' arrivait propice. Les premières rosées, que buvait La ierre, toubà l'heure sanglante, me régénéria«nt l'âme. Cette âme,jusque^i mal détachée, tomba sansbniit et d'elle-même, conuoe une olive mûre, dans la corbeille du Mattre. Je résolus de me confesser, et quand je l'eus fait, au bout de
quinze jours, quittant Paris, j'entrai par faveur, et quoique l'année d'études fût à demi entamée, au renaissant séminaire de..., dont le supérieur était cet ami intime du bon ecclésiastique.
Eu entrant au séminaire, surtout à la campagne, on éprouve une grande paix. Il semble que le monde est détruit, que c'en est fait depuis longtemps des guerres et des victoires et que les deux, à peine voilés, sans canicule et sans tonnerre, enserrent une terre nouvelle. Le silence règne dans les cours, dans les jardins, dans les corridors peuplés de cellules; et, au son de la cloche, on voit sortir les habitants en foule, comme d'une ruche mystérieuse. La sérénité des visages égale la blandieur et la netteté de la maison. Ce qu'éprouve r&meest une sorte d'aimable enivrementde frugalité et d'innocence. J'aurais peu à vous apprendre de mes sentiments particuliers durant ce séjour, que vous ne deviniez aisément, mon ami, après tout ce qui précède; j'aime mieux vous retracer quelque chose de la disposition du temps, de l'ordre et de l'emploi des lieures. Ces exercices variés et réguliers avaient d'alK Jeurs pour effet de rompre toute violence des pensées et d'4;aliser nos âmes. Les fleuves détournés avec art, entrecoupés à propos, deviennent presque un canal paisible.
Nous nous levions à cinq heures du matin, l'été et l'hiver. Outre la cloche qui nous éveillait, un séminariste de semaine entrait dans chaque cellule, en disant: fienedicamus Domino, et nous répondions de notre lit: Jko grattas. C'était notre premier mot, notre premier bégaiement & la lumière. A certains grands joure, comme Noël e' Pâques, on se servait d'une autre for-
mule, que je ne me rappelle pas, mais qui avait ce sens ; Ckristus natui est, Ckrislia lurrexit; peut-être même ëtaient^ce là les paroles.
A cinq heures et demie, on descendait dans une salle commune oU l'on faisait à genoux la prière, et ensuite on restait en méditation, soit debout, soit à genoui, soit même assis, si l'on se sentait faible. La règle générale était d'être alternativement un quart d'heure à genoux et un quart d'heure debout, et l'horloge ptac^ au milieu de la maison frappait fidèlement les quarts pendant le jour et la nuit. Cet exercice durait une heure dans sa totalité. A six heures et demie, on allait entendre la messe à la chapelle, qui se trouvait au milieu du jardin, de sorte qu'en été on traversait à la file et silencieusement les parterres et les allées couvertes, qu'embaumait Tair du matin, tous vêtus de surplis blancs.
On rentrait dans sa cellule à sept heures. Là, seul avec ses livres, sa table étroite, sa chaise, son lit modeste, on mettait de l'ordre dans ce petit domaine pour le reste du jour, car la plupart des séminaristes faisaient eux-mêmes leur chambre. Je la faisais moimême, mon ami; j'y gagnais de concevoir mieux la ne du pauvre, et reporté en idée à tant de chétives existences, à tant de mains laborieuses s'agitanten ce moment, comme les miennes, dans les galetas misérables des cités, je me prenais de pitié pour la grande famille des hommes, et je pleurais. Cessoins de ménage étaient courts; on étudiait ensuite à son gré. Une fois dans sa cellule, chacun était maître et ne relevait plus que de sa conscience. Je retrouvais là, devant mon crucifix, toutes mes pauvres chambres d'autrefois, redevenues éclaircies et pures, tous mes vœux de chartreuse exaucés. Ce passage perpétuel de la vie de communauté i la vie solitaire, de la règle absolue k la liberté, avait beaucoup de charme; le double instinct de l'âme, qui
la porte, tantôt à fuir, tantôt à rechercher le voisinage des Ames, était satisfait.
Le déjeuner avait lieu au réfectoire, à huit heures. Du pain selon ce qu'on en voulait, un peu de vin, voilà en quoi il consistait, sauf les deux jours de la Fête-Dieu, oii chacun avait un gâteau, et ces jours-tà, à cause de la joie, le vin était blanc. — Après le déjeuner, qui durait un petit quart d'heure, retour à la cellule. — A neuf heures, classe de théologie dogmatique. Les élèves, rangés sur des bancs tout autour de la salle, écoutaient le professeur, placé sur une petite estrade. Le professeur, par des questions qu'il adressait, complétait la leçon précédente; il expliquait celle du lendemain et répondait aux objections plus ou moins vives. Le cours dogmatique était partagé en divers traités distincts, qui comprenaient dans leur ensemble toutes les vérités catholiques : de la Vraie Religion, de rÉgliae, de Dieu, de la Création, de Vlncamation, de» Sacrements, etc. Je me montrais souiois, attentif, et, quoique habitué aux fantai^es des lectures, j'assujettissais mon intelligence dans le sillon de ce solide enseignement.
La classe dogmatique durait une heure. Adix heures, on faisait une visite à la chapelle, qui durait un simple quart d'heure en comprenant le temps d'y aller. Ce petit exercice était à moitié libre. Les uns remontaient dans leur cellule avant de s'y rendre, les autres s'y rendaient suT'le-champ; quelquefois on y manquait. Mais n'admirez-vous pas ce prix du temps, et par combien de minces tuyaux, de rigoles adroitement ménagées, la source descendue de lacolline passait, en un seul matin, pour fertiliser le jardin d'une âme?
Après être resté en chambre jusqu'à midi moins un quart, la cloche appelait à l'examen particulier. On y lisait à genoux, chacun dans son évangileet tout bas, un chapitre; puis au bout de quelques minutes, le supérieur lisait un examen, par forme d'interrogation, et
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avec des pauses, sur une vertu, par exemple : Qu'e»t-ee que la charité? ... Avons-nous été charitables ?.,. Cet exra^ cice et tous les autres, excepté le matin à la méditation et à la messe, avaient lieu en simple soutane, aans surplis.
A midi, on entrait au réfectoire pour le diner, qui était bien frugal, hors dans les grandes fêtes ecclésiastique, oti il otfrait un air plus animé et plus abondant On y faisait une lecture ; les deux autres repas du laatia et du soir se prenaient en silence. Le lecteur lisait d'abord dans le martyrologe les saints martyrs du jour, ei il y avait quelquefois des passages naturellement sobliraes, par exemple à la date de Noël, où le jour est désigné sous toutes les ères : l'an de Home, telle olympiade, etc.; et après cette magnifique chronologie qui lenaiten suspens : Chrtttusnaius estin civitale Bethléem. Quittant le martyrologe, le lecteur lisait un passif de l'Écriture-Sainte, et enfin la suite de l'histoire de l'Église de France. Le dln«r durait une petite donheure. Du réfectoire, nous allions à la chapelle diie Yangelus, ef, au sortir de la chapellci le silence âait rompu pour la première fois de la journée. Ce moment avait un élan vif et plaisait toujours. On se répandait dans les allées du jardin, mais non pas dans toutes; une partie était réservée pour les étrangers, et doos n'en avions la jouissance qu'un fois la semaine, et pendant le temps des vacances. La plupart de nos alléei étaient droites, et elles avaient chacune un banc aux extrémités avec une statue en bois peint, de la Viei^, du Christ ou d'an Apôtre, chastes statues qui corrigeaient à temps la rêverie et sanctifiaient par leur présence l'excès du i'euillage. Dans la partie réservée, i) se trouvait une allée plus sombre, humide même, etoii lés étrangers pénétraient peu : je l'avaisdédiée tout bas à une pensée. Je n'y allais qu'une fois la semaine, le mercredi, et je portais d'ordinaire à k statue de te
Tierge du fond un bouquet cueilli fraîchement. Il y avait deux autres allées attenantes, le long desquelles, ce jour-là, je disais aussi une prière; mais je revenais à plusieurs reprises et je méditais longtemps dans la plus grande des trois allées.
L'heure de la récréation était celle des visites quefai^ saîentles personnes du dehors. Je n'avais pas à eurecevflâr, hors deu:i ou trois fois que mon aimable ami de Korwandie me vinte^^urès embrasser. Je lui montrais, je lui expliquais tout; il s'enchantait de ce calme à chaque pas et de cette économie des lieux et des heures. Je hii racontais, chemin faisant, mes histoires favorites de M. Uamon,deLimoëian,de Saint-Martin et de l'abbé CacroQ ; son don de spiritualité s'avivait en m'écoutant, et il me répondait pard'autres traits non moinsmerveillees, qu'il avait lus ou qni s'étaient opérés sur lui-même et autour de lui, par des histoires de pauvres, pareilles à celles de Jean l'aumônier, par des récits de- visites de Jéaus-Christ, comme il les appelait, etquiétaientd'hier et qui semblaient du temps du bon patriarche d'Alexandiie : « Tout cela s'étend, se tient, se correspond, di- K sait-il, et l'on apprend des choses à vous faire vendre a vos meubles et à ne plus avoir qu'un plat à sa table, s Et. puis c'étaient, à travers nos jardins pieux, des exclamations qui lui échappaient, d'une peinture heureuse, eb d'une beauté naturellement trouvée. Lui qui m'avait écrit tantde fois suri' amertume des printemps, ilm'entreteuait alors deleur douceur : «Les hivers me devien- < sent durs maintenant, disailril, un jour qu'il m'avait (I visité vers une fin d'automne. Oh! encore un prin- « temps, encore un printemps I Quand on a gardé seu- « lement un grain de l'Évangile, les printemps avec « Dieu surpassent ceux de l'amour, u Je lui faisais admirer nos promenoirs, nos treilles protégées, les rideaux impénétrables de nos allées, en lui taisant pourtantcelle qoe se réservait mon cœur; etil me parlait de samaiaon
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& lui que je n'avais jamais visitée, maison silencieaae aussi, disait-il, claire, grande, aérée, — sur la colline, — une herbe verte, des marguerites splendides. — Et il m'en dépeignait les prïntempSj qui tantôt survenaient brusques, rapides, par bouffées et comme par assauts dans une tempête, et tantôt, plus souvent, s'apprêtaient peu à peu, — « avec ordre, sans accès, sans crises, lan- • dis que les fleurs des coudriers sont déjà comme des I franges par toute la forêt, et que les milliers de houx « brillent et étincellent au soleil sous les grands arbres n encore secs, u Et il ajoutait incontinent : « Obi qu'il n y a de choses saintes dans la vie, mon ami, etdequels a trésors nos passions nous éloignaienit s II était tenté par moments de demieurer avec moi, et me le disait; mais je lui rappelais sa voie toute tracée ailleurs, et nous nous séparions avec tendresse. Ainsi cette vie aimable s'affermissait de plus en plus, et il redescendait sa fin de jeunesse par de belles pentes.
C'était aussi dansVheurede récréation que selisaient les lettres qu'on avait reçues à table, où elles étaient distribuées par un séminariste chargé de ce soin. Mon smi dont je viens de parler, madame de Cursy et le bon ecclésiastique formaient tout lecbrclede ma correspondance. J'écrivais une fois chaque semaine à madame de Cursy, une ou deux fois l'année seulement à H. de Couaën. A cette même heure de récréation, on jouait à la balte; c'était le seul jeu habituel. Une foisla semaine, le mercredi, jour de congé, on avait la jouissance d'un billard, de jeux d'échecs, de dames, de trictrac, de volants et de boules. Je ne jouais jamais.
La récréation finissait à une heure et demie, et dans la récitation en commun du chapelet, petit exercice d'un quart d'heure. La seconde moitié du jour se passait comme la première en pauses et reprises sobrement distribuées : une heure et un quart de cellule ; une heure de classe de morale, par un professeur autre que
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celui du matin; une nouvelle visite à la chapelle à quatre heures; puis la cellule encore; une lecture spirituelle en commun avant le souper ; après le souper, la récréation du soir, et ensuite la prière avec une lecture du sujet de méditation pour le lendemain matin. On se couchait à neuf heures. Ainsi nos jours se suivaient et se ressemblaient, mon ami, comme ces grains du chapelet que nous disions, — excepté pourtant deux jours de la semaine, le dimanche et le mercredi. Le dimanche, il n'y avait pas de classe. Nous allions à l'église paroissiale du village entendre la grand'messe et les vêpres. Nous avions plus de temps à passer dans nos cellules et quelques moments de récréation après vêpres. J'ai dit qu'il n'y avait pas de classe dogmatique et morale le dimanche, mais on nous en faisait une le matin sur l'Écriture-Sainte.
Le mercredi était le grand jour. Pendant tout l'hiver, le congé ne commençait qu'à midi et n'avait rien de bien gai. Nous faisions une grande promenade après le dîner dans les environs, et le pensionnat de la ville, lié à la môme direction que le séminaire, venait souvent prendre notre place dans nos jardins et user de nos jeux durant notre absence. Mais, à partir du premier mer- Cteài après Pâques, le congé commençait à sept heures du matin et durait jusqu'à huit heures et demie du soir. Dès les sept heures, nous étions donc maîtres de tout le jardin sans exception; la salle des jeux était ouverte; le silence ne s'observait plus, même au réfectoire. C'était par cette renaissance du printemps une fêle délicieuse; mais combien d'arrière-pensées subsistantes, inévitables, hélasl pour mon cœur. A huit heures environ, lepensionnat de la ville, les plus grands du moins, arrivaient. Ils entendaient la messe à notre chapelle; aprèsquoi, les deux maisons n'en faisaient plus qu'une; ceux qui s'étaient connus se réunissaient et causaient. L'inégalité aimable des âges, lesquels
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n'étaient pas bop disproportionné pourtant, ^outùi de l'intérêt aai ontretiens; c'étaient des fràre» déjà hommes, et d'autres frères adolesceatâv II n'y avait plus de rang au réfectoire : chacun se plaçait à sa guise, A, dans cette c&nfusi (m usiversetler la cellule âait ia seole chose qui restât inviolable; on ne pouvait y introduin personne sans une permission expresse. Aviwt le dfaia, l'examen particulier avait lieu cooune dâ conliuoe, ti dans l'après-dlnëe une lecture spirituella Le soir, lorsque le pensionnat de la ville avait quitté la maieaa, nous nous mettions à la aie les ans des autres^saus ordre, et nous disions le chapelet tout haut, ta toor> cant dans les allées de tilleuls déjà sombres. Caai qoi arrivaient les derniers élaifflit guidés poui nejoîHtre l'endrfNt de la marche, par cette rumMir an Ichb harmonieuse : tel le bourdumement des ) sans nombre dans un champ de lin, ou le i d'abeilles. tardives, derrière le feuillage.-' Une fois^ la processitm, qui s'était dirigée aa hasard vêts an eSàé inacoutufflé, parvint jusqu'à mon idlée smtrUe. Qm d'émotions m'assaillirent en apfffochant t les tëoèkres redoublées \toilerait Bies larmes; le broitda tométtnfc me» sanglota!
Le r^me du mercredi était celui des vacances^ qm duraient la pinsgrande pairtie da moisd'aoât e*t(»itle iMis de septembre. On faisait ehaifue jon: wb» longue promenade. Le s^r, il éta^ peimis de dunter des chansons ayant trait aux petite événcfBentg de ta jeopnée, aux iDcideDt& reiaarqaables ée la senoioa. Caloi qm l'on voulait chamonner montait sur tnt bMM, et le ^nleur*improTtsateur à c^ de kû. La fixile'ajpplwdiasut, et eesscàn«stonjoutBinnoeeBl«,.qiri saablaina BU nssouveair du Wài, un vestige faoMeox da Ua^wor Ag«, ne nanqmiest pas d'un entrain d»gnîatf pt^laùra et rustique.
Nous soin^ioBs des examens généraux sm b théo-