‹ VolutpéChapitre 28 sur 33 · I .„,,,.■■ ,,Goo<^lc · texte numérisé non relu

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des espèces de hurlements lugubres et sourds, comme d'une mère qui se roulerait sur le corps sans Tie d'un enfant. J'entrai; il était la face contre le lit, sur l'objet qu'il tenait embrassé ; le cercueil qu'il avait fait apporter restait ouvert auprès, sans qu'il pût se décider à y déposer ce qui avait été le plus tendre de sa chair. Ses cris cessèrent en me voyant; il ignorait peut-être en avoir poussé de si lamentables et avoir été entendu. — f Sachons, lui dis-je, nous séparer des dépouilles corruptibles qui ne sont pas l'âme que nous pleurons I » — Et prenant avec précaution le corps sous les bras, comme on fait pour une personne malade qu'on craint de heurter, comme les saintes femmes firent pour Jésus^ je l'engageai à prendre de même le milieu du corps et les pieds ; il suivit ce que j'indiquais, et, le fardeau ainsi déposé doucement dans le cercueil, je dis; « Passonsnous de mains étrangères, s Et le couvercle étant mis, je plaçai les clous de mon cêté et lui ceux du sien, car il avait déjà apprêté lui-même tous les instruments, et, de la sorte, nous fîmes ensemble ce qu'il avait résolu d'achever seul.

L'enterrement eut lieu dans la matinée; ce fut le recteur qui célébra le service. J'avais dit une basse messe auparavant, toute pour l'âme de la décédée. Durant le service, le marquis dominait les assistants de la hauteur de sa tête vénérée, seul au banc le plus proche du chœur, debout contre le marbre de son fils. Le convoi se mit on marche à partir de l'église vers le château et la montagne, côtoyant le derrière des jardins, le canal et les abords du moulin à eau, les lieux le.s plus préférés d'autrefois, traversant le ruisseau ferrugineux, et prenant la haute allée, bien rude alors sous la chaleur du jour. Le bruit de l'arrivée et de la mort de madame de Couaën n'avait pas encore eu le temps de se répandre; il n'était donc venu que les paysans du village et des prochains hameaux, des

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femmes en assez grand nombre, quelques jeunes Elles. Le marquis voulut en éire jusqu'au bout ; sa fille était restée au château. Je montais prâs de lui la montagne, en surplis, l'aidant parfois de mon bras, car la montée était pénible à cette heure; le soleil, à travers l'ombre inégale, frappait sur dos tétas nues ; les porteurs du cercueil gravissaient lentement et haletaient devaut nous. soleil I pesez, sur nous deux du moins, pesez plus cuisant encore; cailloux, faites-vous plus tranchants à nos pieds 1 C'est là que nous montions la dei^ niëre fois, il y a sept années, moi avec un éclair suspect et un chatouillement adultère, lui en proie aux ambitieuses ftcretés et aux jalousies de la gloire. Oh t que l'un et l'autre, qui suivons ce corps, nous soyons rompus chacun dans notre plaie aujourd'hui 1 qu'il s'ea revienne autant guéri que moi, dormais, par la même grâcel Mais, soleil, vous n'êtes pas encore assez pesant sur nos têtes; montée, vous n'êtes pas assez rude; ni vous, cailloux, assez aigus & nos pieds; car il faut que notre sueur découle aujourd'hui comme du sang, il faut qu'elle pleuve le long des vieilles traces jusqu'à les féconder comme des sillons 1

Arrivés au sommet, le plus grand spectacle et, depuis tant de temps, inaccoutumé, s'ouvrit à nous, une bruyère parfumée et fleurie, bourdonnant de mille bruits dans la chaleur, un ciel iiuniense et pur encadrant une mer brillante, et tranchant net sur le noir des rochers anfi*actueux qu'il continuait comme une bordure glorieuse. Tout Jusqu'alors à Couaên, autant que j'avais eu attention de le remarquer, m'avait paru plos petit, plus abrégé qu'auparavant; ici seulement je retrouvais la même étemelle grandeur. Ainsi, pensai-js, cette montée d'ob nous sortons ressemble à la vie; au delà et au sommet, voilà ce que découvre l'Ame. Mais l'flme qui découvre ces choses en Dieu dès cette vie doit marcher encore, comme nous taisons, sous la fa-

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