‹ VolutpéChapitre 29 sur 33 · I .„,,. .,Goo>^li · texte numérisé non relu

I .„,,. .,Goo>^li

VOLDPTÉ. 371

tjgue du jour et du soleil, tandis que l'âme sainte des morts a passé les fatigues et la peine. Et je priais, tout en marcbant, pour celle dont l'esprit habitait si volontiers cette bruyère au temps de la terrestre patrie, et qui, planante et délivrée, y revenait en ce moment autour de nous.

A l'intérieur de la chapelle tout avait été préparé. On n'eut qu'à descendre, le corps sous la dalle du milieu, dans une espèce de petit caveau, et la terre fut jetée dessus. Mais, à cet aspect, les pleurs et les pensées m'assaillirenl. Avec l'agrément du recteur, je m'avançai au seuil, et devant les assistants en cercle, devant cette mer et ce ciel majestueux, non loin de la guéi-ite en pierre, dans une langue k être compris de tous, je m'écriai :

« Vents (le l'Ouest, soupirs de l'Océan, soufflez sans trop de colère, apportez quelquefois dans vos orages une brise qui aoit celle de sa patrie 1

ti Flots de la mer, ne rongez plus si furieusement cette Ëilaise et n'y renversez rien !

« Alcyons, corneilles, goélands, oiseaux qui partez en automne pour les grandes rives, posez-vous ici dans vos rassemblements; Dieu bénira votre traversée et fortifiera vos ailes t

rVaisseaux, voiles en détresses, ayez confiance; faites, ô Dieu, qu'aucun ne se brise plus à ce golfb hérissé, et que le phare qui va se dresser en ces lieux ne soit pas trompeurt

« Mon Dieu qui êtes dans les vents, dans les fiots, dans les éléments, qui présidez aux lois des choses et aux destinées des hommes, faites qu'il n'arrive rien que de bon, de clément et de béni, autour des restes mortels de Celle si bonne et si éprouvée et si pénitente, pour le repos de laquelle nous vous prions ( a

Et, me retournant vers la foule, je la congédiai; tons

an voLDPTé.

se rompirent en silence. Nous cheminions derrière, le

marquis, le recteur et moi, sans engager d'enlretien.

La journée se passa pour chacun de nous dans sa chambre, à vaquer aux blessures et à la douleur. J'avais vu le marquis attendri, j'avais entendu son gémissement le malin, j'avais saisi des pleurs à ses joues quand j'avais parlé hors de la chapelle; j'avais senti, au retour, son bras qui tremblait en s' appuyant sur le mien : j'attendais avec anxiété le moment de nous trouver seuls, et naturellement en conversation, pour frapper sur lui les derniers coups, selon mon devoir et selon mon cœur. Après le dîner, qui eut lieu pour la forme, et très-tard, étant sortis par les jardins, lui, la jeune Lucy et moi, nous nous vîmes, sans y avoir pris garde, arrivés à l'avenue de la montagne. Le marquis renvoya amicalement sa fille, et nous continuâmes de marcher. C'est alors qu'après quelques minutes de lutte secrète et d'hésitaUon, vers le milieu de la moulée, je commençai brusquement.

<i Marquis, lui dis-je, permettez-moi de vous parler une fois en ces lieux avec l'autorité de Celui qui m'a consacré et du haut du révéré souvenir de ceux qui ne sont plus. Dites, qu^avez-vous senti durant ces derniers et tristes jours? Que sont devenus, noyés dans une vraie affliction, vos soucis de la veille, les ambitions de cette terre, ces ftpretés insurmontables oii vous vous butiez, ces duels inégaux contre les puissants ? Les victoiras de demain, qui démentiront encore vos espérances, pourraient retentir à votre oreille en ce moment, sans que vous entendiez moins le silence de la mort, Ifl mugissement solennel et infini des flots. Ce pouvoir ini* que qui vous blesse et que remplacera, lorqu'il va tomber [car il tombera à la fm, je le sais bi^), un autre pouvoir qui sera bienttït une iniquité à son tour, dites, en sentez-vous votre orgueil froissé en cet instant, et songez-vous à vous en ulcérer et à le maudire? Que les

Page 1