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charmeque j'éprouvais à la voir s'en augmentait. Quelquefois, quand j'étais venu au matin prendre M. de Greneuc pour la chasse, j'avais aperçu sa petite-fille agenouillée laçant les guêtres aux jambes du vieillard: cette pose d'un moment exprimait à mes yeus toute sa vie de devoir et de simplicité. D'autres fois aussi, à ces mêmes heures du matin, arrivant par un frais soleil de septembre le fusil sur l'épaule, je l'avais surprise au jardin, en négligé encore, du côté de ses ruches. L'essaim apprivoisé voltigeait autour d'elle, blond au-dessus de sa blonde tête, et semblait applaudir à sa voix. Mais mon chien, qui m'avait suivi par le jardin malgré madéfense, la reconnaissant, s'élançaiten joyeux aboiements vers elle et sautait follement après l'essaim pour le saisir; celui-ci, tournoyant alors et redoublant de murmure, s'élevait avec une lenteur cadencée dans un rayon de soleil.
Notre familiarité avait cela d'attrayant qu'elle était indéfinie, et que le lien délicat qui flottait entre nous, n'ayant jamais été pressé, pouvait indilférenjment se laisser ignorer ou sentir, et fuyait à volonté sous ce mutuel enjouement qui favorise les tendresses naissantes. Le plus souvent, dans le téte-à-téte, nous ne nous donnions pas de noms en causant, parce qu'aucun ne serait allé juste à la mesure du vague et particulier sentiment qui nous animait. Devant le monde, l'accent était loujoursUpour corriger ce quel'usage imposait de trop cérémonieux, et l'affectation légère qu'on mettait alors dans le ton semblait sous-entendre qu'on aurait eu droit entre soi à de moindres formules. Mais, seuls, nous nous gardions d'ordinaire, nous nous dispensions de tout nom, heureux de suivre bien uniment l'un k côté de l'autre le fil de notre causerie, et cette aisance ■même, qui au fond ne manquait pas de quelque embarras, était une grâce de plus dans notre situation, une mystérieuse nuance. H venait peu de monde à la
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Gastîne et rarement, sans quoi cette vie d'abandon paisible ne se fût pas tant prolonge, et l'eicilation du dehors en eût vite tiré ce qu'elle recelait de passion future. Un jour, à une partie de chasse, — à une Saint- Hubert, — il y avait eu, au rond-point de la forêt voisine, rendez-vous d'une quinzaine de personnes des en- Tirons : quelques femmes étaient venues à cheval en amazones, parmi lesquelles mademoiselle Amélie. Le mouvement de la course, la fraîcheur matinale de l'air et du ciel, l'entrain d'une conversation à chaque instant reprise et variée, l'amour- propre qui s'éveille si gaiement en ces circonstances, une pointe de rivalité enfin comme il est inévitable dans une réunion d'hommes et déjeunes femmes, tout m'avait enivré, enhardi, au point que, saisissant u n moment oii la compagnie au galop s'était un peu brisée, j'essayai, sous un prétexte assez gauche de soudaine jalousie, d'entamer vivement ce qui jusqu'alors était demeuré entre nous inexpliqué et obscur. Mais elle, au lieu de m' écouter avec sérieux suivaut sa coutume, et de me faire honte s'il le fallait, excitée aussi de son côté par l'humeur folâtre de ce jour, dès qu'elle vit où j'en voulais venir, lança brusquement son cheval en avant du mien et m'échappa ; et à chaque fois que je tentais de renouer, le cheval partait toujours avant le troisième mot de la phrase ; les vents emportaient le reste. Cette espièglerie, prolongée jusqu'aux éclats, avait fini par m'irriter. De retour vers le soir à la Gastine, où une portion de la chasse nous accompagna, je jouai la supériorité, rindifférence, et parus fort occupé de causer avec la jeune dame du Breuil, à laquelle je m'étais rattaché. Mademoiselle Amélie, sérieuse et presque inquiète alors, passait et repassait dans le petit salon où nous nous tenions à l'écart; mais moi, laissant errer comme par distraction mes doigts sur le clavecin, près duquel j'étais debout, je couvrais ainsi ma conversation futile, de ma-
nière qu'il ne Itii en arrÏTÂt rien. Puis, ee m»n^ rae semblant trop misérable, je rentrai dans la chambre où presqae tonte la société se trouvait réunie, et là, eomnie il ne restait ^'une cèaise libre et que mailemoiselle Amélie me l'indiqBait pour m'y asseoir, je la latindiqoM moi-méiiHi avec un coup-d'œi) eipreasif; elle refusait d'abord, j'innstai psr leméme conp-dl'cml; elle s'y asHt à l'iestaiii connne subjuguée d'uae rtrfÀdo pensée, et en i»roDonçaiit oui k voii basse. Un demiquart d'beure.aprës, je& on mouvement pour me Ict^ et sortir; elle s'approcba de m» et me dit de ce ton doux et ferme, certain d'être obéi ; Voia ne mua en édler pas ; et je restai . Ce furent là les seules réponses qt» j'obtins jamais d'elle k mes questions de cajoar; ee furent là ses aveus.
Je ne voulais, moD ami, qoe vous raconter ma jennesse dans ses crises principales et ses résultats, d'une manière profitable à la vAtre, et v(Mlà qoe, dèsle»pre^ miers pas, je me laisse reniralner à l'encbantement volage des souvenirs. Its sommeillaient, ùb les croyaôt disparus; mais, au moindre mouvement qu'on faitdïus ces recoins de soi-méioe, au moindre rayon qu'on y dirige, c'est comme une pous^ère d'insorabrables atomes qui s'élève et redemande à briller. Dans tovte àa» qui de bonne heure a vécu, le passé a déposé ses débns en sépultures successives que le gazm de la BurËio» peut faire oublier; mais, d^ qu'on se replonge es son cœur et qu'on en scrute les figes, on est effrayé de op qu'il contient et de ce qu'il cons^ve : il y a en non» des mondes 1
Ces souvenirs, dn moins, qne je me surprends aîn» à poursuivre jusqu'en leur tesidre badinage, ne sont-ils pas trop coupables dans un homme de renoncement, et n'ont-iis plus pour moi de péril, 6 mon Weu t Est-il jamais assez tard dans la vie, est-on jamais assez avant dans la voie, pour pouvoir tourner impunément la tète
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!• vers eeqv'm i quitté, pour n'avoir plue à craindre ^ ramoUisseinent qui se gliase en un dernier re^rd? I i Uoi, qui fti la pi^ntion de redresser ici et de fortifiei n la jeimesfle d'uu autre, n'ai-je pas à veiller platût sui nés cieatrioea g]acée&, k tcoir mes deux mains à ma j' poilEine et k mes entrailles, de peur de quelque violent ' «Haui toujours menaçaet? Sans doute, ô Seigneur, le « CMBuroù vous babitea o'a rien de broucbe; il abonde 11- SB dotteeur et es toléraace aimable ; il lui est ordonné ■e- d'atmer. Mais œ doit être finalement en vue de tous H qu'il aime ; mais, s'il lui arrive de ranimer l'ombre des •] oéatmescbà-ieB ei de se i^pandre en mémoire vers le « paaa^ le n^«itir sérieux doit mêler alors son inlercest âoa et ses larmes aux soupirs îfivolontaires que notre ÛùIikflKëtemise; la pnère doit 7 jeter sa rosée qui purifie : à ee prix seuleoMst, il est permis an cbrétien de se souvenir, et je ne puis resdFe justifiable que parli le retour que j'eot»f»rends pour celle fois eacODe, pour cette -denii^ fois, â mon Dieu !
Dwant la chaleur de cerveui qui, au sortir de ma ■imfile en^œ, m'avait ttHit d'un coup rempli de fumées piMsiàres, j'avais péle-méle entassé bien des rêves, et d'étraeges idées sur l'amonr m'étaient surveanes-Ën même iaïqie que la craioted' arriver trop tard j m'embrasait «n seoret d'un désir immédiat et brutal, qui, s'il avait osé se produire, ne se fût guère embar- ! nesé du eboix, je me livrais eu xevancbe, dans les iotervaltes, au raffioemcait des plans romanesques; je me pvapesais des passions subtiles relevées de toutes sortes d'anaumea. Mais, à aucun moment de cette alternative, le aeatiœnt permis, modeste et pur, ne trouvait de place, et je perdais par ^^rés l'idée facile d'y rapporter le bonheur. Cet «£Eet se fit cruellement sentir à moi dans la liaison dont je vous parle, mon ami, liaison « propre, ce s^nble, à contenir un cœur comme le m ^, élevé dans une pieuse solitude et novice au