LXIII. LA FOURNAISE DE BABYLONE
pense que c'est un hypocrite, qui pèche en secret et qui le dissimule, et alors on le déteste; ou encore on dit que c'est un être insipide, un bigot, un fanatique et un fou, épouvanté par les visions de l'enfer et terrorisé par les prêtres, et on le méprise. Mais quand on vient à découvrir qu'on n'a point affaire à un poltron, mais à un homme au contraire d'une absolue droiture et d'une parfaite sincérité, détestant le péché parce que le péché est un mal et une folie, craignant l'enfer principalement parce qu'il est la perte de Dieu, prudent et sage selon le Christ, honorant Jésus-Christ dans ses prêtres, tout en reconnaissant que les prêtres « sont pris parmi les hommes » et demeurent « enloiirés de faiblesse, » ^ chevaleresquement loyal à notre Sauveur selon l'esprit de Pierre, de Paul et de Jean, en un mot semblable à Moïse, « patient parce qnil voit C invisible » quand on rencontre, dis-je, un jeune catholique de ce genre — et il y en a — on reste saisi d'ad miration comme devant la face d'un ange, et l'on est prêt à s'écrier : « Oh! si vous tous, catholiques, étiez comme celui-ci, nous ne serions pas ce que nous sommes. »
Mais s'il suffit d'un peu d'instance pour que le jeune catholique cède, tombe dans le courant de la corruption et se laisse
(1) Ileb. v. 1,2.
entraîner, dépassant bientôt ses tentateurs, que peuvent faire ses compagnons, sinon être profondément déçus et penser dans leur cœur : « Nous sommes tous mauvais, ceux qui ont de la religion comme ceux qui n'en ont pas ; j'avais espéré quelque chose de meilleur de ce catholique; je me demande à quoi lui sert sa religion. Je vois que toutes les religions sont également inutiles pour garder un jeune homme dans la pureté, tant qu'il est capable de jouir de la vie; la religion, je suppose, est pour les petits garçons qui portent encore la robe, pour les vieilles filles laides, les pensionnaires des hôpitaux, des refuges, des prisons et des maisons de fous, mais elle n'est pas pour ceux qui sont libres, sains de corps et d'esprit. »
Ainsi, la gloire du Nom de Jésus est ternie dans le monde et Dieu peut se plaindre de nous comme des Juifs :
« A cause de vous, le nom de Dieu est blasphémé parmi les nations. » ^ Avec la grâce de Dieu et le secours de Notre- Dame, même si tous autour de moi avaient l'esprit et le cœur assez bas pour se conduire ainsi, je ne les imiterai pas « Etsi omnes, sed non ego. » ^
(1) Rom. II. 24 ; Ezech. xxxvi. 20, 23.
(2) Marc, xiv. 29.