LXX. SERVITEUR DES SERV. DE DIEU
la tristesse doit toujours être repoussée par un chrétien, autant qu'il est capable de le faire; mais la croix du devoir d'état, même ardu et parfois désagréable, doit être acceptée et portée avec un ferme courage.
Serviteur des serviteurs de Dieu.
« Serviteur des serviteurs de Dieu, »
tel est, depuis saint Grégoire le Grand, le titre officiel du Pape. En Angleterre, depuis le régne d'Edouard III, le prince de Galles a pour devise ces deux mots : « Je sers )>, « Nous sommes tous serviteurs les uns des autres, w disait naguère dans un discours un premier ministre.
L'armée et la marine sont appelées en anglais « the United Services. » ^
« Toute supériorité qu'un homme peut posséder sur ses semblables lui a été donnée de Dieu pour le service d'autrui, » nous enseigne saint Thomas d'Aquin; et c'est une vérité digne de la plus grave attention.
11 y en a un dont le prophète vit la gloire dans une vision. « Mille milliers d'anges le servaient, et une myriade de myriades se tenaient devant lui. »* Mais,
(1) En français « les Services ui;is. »
(2) Daniel, vn. 10.
en venant sur la terre, il dit de luimême : « Le Fils de V homme est vemi non pour être servi, mais pour servir. » » Venant avec une nature d'homme parmi les hommes, il s'assujettit à la loi de l'humanité qui ordonne non pas à tous de commander, ni à tous d'obéir, mais à tous de servir: et celui qui commande est obligé plus que tous de servir ses semblables.
Voici un jeune homme s'imaginant qu'une haute naissance, la fortune, l'éducation, les beaux habits, lui ont été donnés non pour qu'il rende service à sa patrie et aux hommes, mais pour se pavaner et exciter l'admiration. Le nom de ce jeune homme est écrit dans un ignoble registre : celui des Snobs. Pasteur et l'amiral Courbet n'étaient pas de ce nombre, ni aucun des grands hommes dont les noms vivront dans l'histoire. Tel autre croit que ses talents et sa position lui confèrent le droit de faire plier tous les autres devant lui et d'exiger de leur part une sorte de tribut, presque la servitude. Celui-là devient un tyran, grand ou petit, selon la mesure de sa fortune. Or, les vies des grands tj-rans sont conservées par l'histoire pour être l'exécration de l'humanité.
Pour en revenir à saint Thomas : « Il
(1) Math. XX. 28.