XVI. - La Grâc« sanctifiante
notre consolation dans les maux
de la vie.
Les peines viennent en abondance du dehors, mais les moindres de nos maux ne sont pas ceux qui viennent de notre propre fonds. Nous sommes comme des navigateurs sur une mer agitée et dans un vaisseau désemparé : la grande anxiété sera causée non i)ar les vagues, mais par le mauvais état du bâtiment. Il aurait dû être construit beaucoup plus solidement pour résister!
Peu de gens sont mécontents de leur jugement; mais qui est satisfait de sa constance, de son empire sur soi-même?
Quelle place est laissée à la satisfaction personnelle, quand nous réfléchissons sous le regard scrutateur de Dieu? Combien je dois paraître pauvre aux ^eux de mon Créateur! Nos bonnes résolutions ne sont pas gardées, nos accès de piété
(1) Luc, I. 28; n. 40, 52; .Jean, i. 14.
passent ; des fautes dans lesquelles nous pensions ne plus retomber réapparaissent; notre faiblesse se montre en toutes les occasions, et nous nous disons dans l'amertume du désappointement : « Ah!
si j'étais meilleur! Pourrai-je jamais devenir bon? « Nous nous écrions avec saint Bernard : « Il n'y a rien de stable en moi, tout est en mouvement, toutes les choses vont et viennent, mon être tout entier s'agite comme la mer. »
Eh bien! il y a une chose qui, moyennant un peu de vigilance et de fidélité, demeurera constante en moi, et cette chose est ce qu'il y a de meilleur : à savoir la grâce sanctifiante. Cette grâce de Dieu ne s'éloigne jamais de nous, sinon quand nous sommes en péché mortel. Bien plus, quand elle réside dans une âme, elle y est avec toute la plénitude qu'elle a jamais atteint dans cette âme.*
La grâce ne saurait se décrire par des figures; toutefois, les figures peuvent aider notre intelligence à mieux comprendre la matière que nous traitons.
De même qu'un homme, une fois qu'il a six pieds de haut, ne saurait être réduit à une taille de quatre ou de cinq pieds, de même la grâce sanctifiante qui, dans une âme, pourrait être représentée par 60, ne pourra jamais être représentée dans
(1) C'ebt du moins l'opinion de nombreux théologiens, (Note de l'éditeur.)
XVi. LA GRACE SANCTIFIANTE 45
cette même àme,par un chifîre moindre, par exemple 48. Elle peut baisser à 0, et être perdue, mais, si elle est recouvrée, elle sera encore égale au moins à 60.
La grâce sanctifiante n'est pas diminuée par le péché véniel. Les péchés véniels totalement volontaires mettent en danger la grâce sanctifiante, en tant qu'ils nous disposent au péché mortel; mais ils ne sauraient la diminuer. Tant qu'il n'y a dans l'àme, je le répète, aucun péché mortel, il y a en elle toute la somme de grâce qui y est jamais entrée; et si, après avoir perdu cette grâce, l'âme la recouvre, c'est dans toute sa plénitude. La fragilité du vase dargile ne diminue pas la valeur du trésor qu'il contient.*
Il y a d'étranges gens en état de grâce : ici « une mendiante paresseuse, malpropre, en haillons, une conteuse d'histoires, » comme celle dont parle le cardinal Newman,' (Apologia pro vita sua, p. "2^8),
(1) 2 Corinth, iv. 7.
(2) John Henry Newman 0801-1890), après avoir été un des membres les plus illustres de l'Université d'Oxford, fut une des figures les plus nobles et les plus sympathiques de lepiscopat catholique d'Angleterre au siècle dernier. Sa conversion au catholicisme, en 1845, provoqua ce qu'on a appelé le « Mouvement d'Oxford. » Un certain nombre de ses disciples, entre autres F. W. Faber, passèrent
là, une bande d'enfants paresseux, méchants et étourdis. S'ils venaient à mourir tels qu'ils sont maintenant, ils seraient punis de leur paresse en purgatoire, mais, enfin, ils iraient sûrement au ciel plus tard; ils ont droit d'y entrer. Même actuellement, avec toutes leurs fautes, ils sont les enfants chéris de Dieu.
Tout cela ne doit pas m'encourager à persévérer dans mes fautes, mais me sauver du découragement produit par le peu de résultat de mes efforts. Ce n'est pas peu de chose si, avec toutes mes imperfections, je me conserve en état de grâce!
XVH. — Les Remparts de la Grâce sanctifiante.
(( En vain, je parlerais les langues des hommes et des anges, dit saint Paul, si je n'ai pas la charité, je suis comme un
comme lui à l'Eglise catholique ; d'autres, plus nombreux, restèrent sur le seuil.
Pour se disculper des accusations injustes lancées contre lui à l'occasion de sa conversion, et surtout afin d'éclairer pour d'autres âmes la voie qu'il avait lui-même suivie, le cardinal Newman écrivit V Apologia pro vita sua , qui est un ouvrage classique. On }' admire, autant que la vigueur de l'argumentation, la candeur et l'ingénuité d'une âme qui ne connut jamais un détour.