LU. CONSOLATION SPIRITUELLE
pour un temps, jiarce (|ue cela nous semble peu de chose auprès de l'amour plus élevé qui nous enllamme sensiblement, tant que dure la consolation.
Mais la consolation ne dure pas : elle est comme le soleil du printemps, qui paraît et, soudainement, se voile de nuages. Une àme jeune, au temps de la consolation spirituelle, s'imagine qu'elle a été transplantée tout d'un coup, et pour jamais, sur les sommets de la sainteté. Il n'en est rien : les positions élevées, dans la sainteté tout comme à la guerre, ne sont pas emportées sans efforts et sans gémissements. Les heures sombres de la tentation, les inclinations terrestres et animales, reviendront. La consolation est un « bon sentiment, » un sentiment envoyé de Dieu ; mais seulement un sentiment : or, le sentiment ne constitue ni la sainteté, ni la vertu.
Quel est donc l'avantage de la consolation? Il est giand. Quand Dieu nous la donne, nous devons faire comme les marins par une nuit claire, qui ne reviendra peut-être pas de sitôt : ils observent les étoiles et déterminent exactement où ils sont, notent ce point, et continuent à voguer. Ainsi, dans la consolation, il faut prendre une vue bien nette des grandes vérités de la foi, tandis qu'elles se montrent à nous bien distinctes et sans ombre, comme les ravins et les replis des collines dans une
claire journée d'été. Je dois noter alors combien Dieu m'ninie, combien il est bon de le servir, quelle grande chose est le ciel. Et quand, un peu i)lus tard, je n'aurai aucun de ces sentiments, mais des sentiments contraires, je me tiendrai ferme et je dirai : « Non, j'ai vu ces vérités très nettement l'autre jour; je m'attacherai à elles, bien que je n'en sente ])lus la douceur. »
Dieu répand fréquemment des consolations plus abondantes dans la jeunesse que dans Tàge mûr. Il peut y avoir à cela deux raisons. La première, c'est que dans la jeunesse on se laisse plus facilement conduire par le sentiment; et les douceurs du péché pressent l'àme de telle sorte qu'elle serait en grand danger de céder, si Dieu ne faisait le contrepoids par quelque autre douceur. Une autre raison, c'est peut-être que Dieu veut, précisément quand la mémoire a plus de puissance, la remplir d'images vivantes de lui-même et de sa bonté, images que l'àme pouiia contempler plus tard dans les heures sombres de la vie. Cette contemplation l'encouragera à se montrer virile dans les luttes du devoir.
C'est une bénédiction pour un homme quand il peut jeter un regard en arrière sur une enfance passée « dans les parvis du Seigneur,^ » réjouie et sanctifiée par
(1) Ps. Lxxxni. 2.
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la réception fréquente des Sacrements et par une tendre dévotion à la Mère de Dieu. Ainsi faisait Job dans son aftliction. (( Oh! qui me rendra les annéca d'autrefois, les Jours où le Seigneur veillait à ma garde, quand sa lampe brillait sur ma tète, et que sa lumière me guidait dans les ténèbres!^ »
LUI. — Désolation spirituelle.
Comme la consolation sj)iriluelle n'est point la gaité ou la jovialité, — elle peut nous remplir de douceur alors que nous pleurons sur nos péchés, — de même la désolation spirituelle n'est pas nécessairement la tristesse. Et, comme la consolation spirituelle n'est pas la vertu, la désolation n'est pas un péché. La consolation et la désolation sont, l'une et l'autre, des sentiments, et les sentiments en eux-mêmes ne sauraient être ni péchés ni vei'tus.
La désolation est le sentiment de notre séparation d'avec notre Créateur et Seigneur. Or le mondain, qui n'a point la crainte de Dieu et ne prie jamais, ne saurait s'attrister de se sentir séparé de son Créateur et Maître. Il s'est résolu à cette séparation : il a préféré « servir la
(1) Job, XXIX. 2-3.
créature plutôt que le Créateur;^ » il est un de ces « riches qui ont leur consolation ici-bas.^ » il est rassasié présentement; sa faini. commencera bientôt,^ et quand elle arrivera, elle s'appellera le (( pain de la perdition ; » c'est le dernier degré de la désolation spirituelle, la terrible peine de l'enfer.
La désolation est pleine et complète en enfer, et la consolation pleine et complète au paradis. Sur la terre, ceux qui vivent dans l'inimitié de Dieu sont toujours dans la désolation spirituelle, quoique très souvent ils ne se troublent pas de leur état. Mais il serait contre la logique et contre la vérité de retourner la proposition et de dire que tous ceux qui sentent la désolation spirituelle sont ennemis de Dieu. Les plus grands saints ont eu des heures terribles de désolation d'esprit. Ainsi, sainte Thérèse, parlant d'ex])érience, disait : « Tout bien semble hors de la vue, tout paraît avoir disparu de l'àme, quand le démon lui a parlé... Toutes les vertus, même la foi, étaient alors suspendues en moi, » c'est-à-dire que l'exercice sensible de la vertu était supprimé.
Le Cardinal Newman dépeint ainsi « cet étrange et douloureux sentiment qui nous empêche de trouver la réalité
(1) Rom. I. 25. (2) Luc, vi. 24; xvi. 25. (3) Luc. VI. 25.