URUGUAY
Paysandu. — lia Calera-de-BarquinB — - £1 Salto^
L'aspect de Paysandu ^ est peu agréable^ vu de la rivière du côté du sud-ouest. Situé sur le penchant d'une colline dépourvue d'arbres , de même que toutes celles qui l'avoisinent; séparé
1 Prononcez païssandou. On dit aussi simplement sandou.
de la rive gauche ou du port , par une plaine sablonneuse d'environ un mille ; le coup- d'oeil en est monotone, relativement aux autres sites de l'Uruguay depuis son embouchure jusqu'ici. Pourtant, l'œil finit par s'y accoutumer et l'on reconnaît en s avançant dans la ville (on peut déjà lui donner ce nom)^ qu'elle n'est pas aussi désavantageusement assise qu elle le paraît d'abord, à cause , surtout , des inondations de l'Uruguay. On jouit d'ailleurs une fois arrivé sur le haut de la colline, d'une vue étendue, rendue assez pittoresque par les accidens du terrain et les îles de la rivière. Quant au côté de la campagne 5 à l'est , il est on ne peut plus triste par sa nudité et son manque absolu de culture.
L'Uruguay peut avoir ici , deux fois la largeur de îa Seine à Houen , c'est-à-dire cent quatrevingt à deux cents toises. Il n'y avait alors que huit navires dans ce qu'on appelle le port ^ y compris deux goélettes de guerre appartenant à l'État-Orientai, mais ordinairement il y a toujours bon nombre de petits bâtimens , car ce point est très-commercant , et en quelque sorte le marché principal , des diverses peuplades de l'Uruguay ou de la partie occidentale de la Banda-OrientaL
On nous fit monter abord d'une des goélettes de guerre pour y vérifier nos passe-ports ; j'eus ainsi occasion de remarquer qu'elles étaient proprement tenues. Le conmiandant fut poli envers nous , ce qui me parut de bon augure pour notre réception à terre.
En remettant les diverses lettres dont nous étions chargés , nous eûmes bientôt parcouru la ville dans toutes ses directions : en une couple d'heures, je me formai une idée exacte et de son importance actuelle et de celle qu'elle est susceptible de prendre par la suite.
Paysandu^ n'était, il y a quatre à cinq ans, qu'un hameau , comme las Higuéritas , avec une douzaine de ranchos épars ca et là; en 1855;, il pouvait y avoir quatre cents ranchos ou chaumières , une trentaine de maisons de briques , bien bâties avec azotéas (toit en terrasse ) , des rues alignées , des trottoirs , des réverbères et une population de près de cinq mille ames , y compris celle des environs. Les rues correspondent aux quatre points cardinaux , comme à Buenos- Ayres et à Montévidéo. Les cuadrcis sont
> Latitude 32" 15' (carte de Azara) ; distance de Buénos-A) res , en\i ion 40 lieues, au nord.
plus petites qu'à Buenos- Ayres , ce qvii est plus favorable aux propriétés; elles n'ont que cent varas sur chaque face et sont divisées en quatre sitios. Il y a peu de tems, le gouvernement concédait gratis des terrains à ceux qui en voulaient , mais à présent qu'ils sont tous distribués dans Tenceinte de la ville ^ on n'aurait pas un sitio à moins de deux cents piastres fortes.
La population va toujours croissant; les étrangers y abondent, surtout depuis le déplorable état des affaires à Buénos-Ayres et la constitution définitive de cette petite république. îci on a compris , on a eu le hon esprit de comprendre qu'il faut attirer , favoriser le plus possible le
concours des étrangers, les bras industrieux
Du moins j'ai été témoin qu'ils n'ont à supporter aucune vexation de la part des liabitans ou des autorités locales. Celui qui veut se livrer à une industrie quelconque n'éprouve point d'entrave, au contraire il est aidé , encouragé par ces mêmes autorités.
Il y a ici un commandant militaire pour le département , remplissant aussi les fonctions de chef de police. La commandance, la police, les contributions et YAlcadia (mairie) sont réunies dans la même maison.
Le chef de police se disposait à partir avec quelques soldats pour poursuivre et exterminer le peu d'Indiens Charruas restant encore dans ces parages et qui , se livrant au brigandage , pillaient de tems à autre les estancias et les voyageurs. J'ai su depuis qu'on est parvenu à en débarrasser complètement le pays ^ .
Le commerce était assez florissant à Paysandu , lors de mon passage : il y avait une soixantaine de français établis , mais il y en avait un bien plus grand nombre qui allaient et venaient pour le trafic des productions du pays; lesquelles productions sont les mêmes qu'à Buenos- Ayres. Les Italiens y étaient plus nombreux; mais ils perdaient le commerce par le brocantage et la fraude^ qu'ils faisaient avec la plus grande facilité, parce que ce sont presque tous marins.
En fait de monumens , il n'y avait encore que
i Ces Sers aborigènés ont défendu pied à pied leur terre natale que des intrus envahissaient les armes à la main. En 1834 il n'en restai* plus qu'un 40e auxquels s'étaient joints des Gauchos compromis dans les guerres civiles j tous se livraient en commun au plus audacieux brigandage. Si l'on est curieux d'avoir des détails sur les mœurs singulières de ces Indiens, dont il ne restera bientôt plus de traces, on peut lire le iV«fi07îftZ et le Cabinet de Lecture juillet 1833, articles rédigés à l'occasion du séjour de plusieurs charruas à Paris, ou bien le tome 2e du f^oyage de Félix de Azara .
l'église à voir ; mais cela valait bien la peine de se déranger un peu : je montai au sommet de la colline; j'arrivai sur la place et je vis un rancho ! un misérable rancho , tenant à peine debout, dont l'intérieur était absolument nu ; la toiture se soutenait à peine sur six poteaux recouverts par des planches peintes, et l'autel , placé au fond , avait la plus piteuse apparence. Je fus attendri en voyant tant de misère dans cette succursale d'une église ambitieuse ; mais bientôt , reportant mentalement mes regards vers Bethléem, et voyant le sauveur des hommes au milieu d'une étable, sourire, dans sa crèche, aux bergers qui rapprochaient, je me dis : voilà les temples qu'il ambitionnait cehii qui hantait la société des pauvres ! . . — Et si telle était l'humanité du législateur des chrétiens, les ministres du culte qu'il a voulu établir devaient-ils donc s'élever si orgueilleusement au-dessus de leurs Jrères?.,. — Cette réflexion me vint tout naturellement en voyant la maison du curé, attenante à l'église : c'était un presbytère solidement construit, commodément distribué, avec terrasse et belvéder.....
Il y avait près de l'église une école primaire gratuite, suivant la méthode de l'enseignement mutuel. D'autres petites écoles particulières, ré-
parties dans la ville, suivaient le même mode d'enseignement. — Les parens sont forcés d'envoyer leurs enfans à l'école.
Paysandu est le clief-lieu d'un des trois départemens formant la division de l'état oriental; il envoie trois députés à la cliambre des représentans et un sénateur. On ne lui donnait encore que le nom de villa (bourgade), bien que par son commerce il ait infiniment plus d'importance que la Colonia et Maldonado.
Le 2 octobre , ayant obtenu un logement chez un compatriote , M.Danguy, établi récemment à Paysandu, nous descendîmes à terre tous nos bagages et nous uous installâmes le moins mal possible.. Je moins mal possible^ car à Paysandu, où il n'y avait pas encore d'auberge, les lits étaient un objet de luxe. Heureusement nous étions munis, chacun , d'un recado \ selle du pays , servant en même tems de Ut. Voici de quelles pièces se compose un recado : 1^ deux gergas % pièces de laine, longues comme une petite couverture, s' appliquant, pliées en quatre, sur le dos du cheval , 2° une carona pièce de cuir tanné ,
1 Qui se prononce, par abrévation, recao.
- Prononcez heryas, avec aspiration <lu gosier.
ornée de nombreux dessins frappés au marteau y longue de quatre pieds et large de deux et demi ; la carona se place sur les gergas, 5° le recado , espèce de bât, qui est proprement la selle, dont les côtés sont garnis de cuir façonné , comme la carona; 4^ la cincha \ sangle de cuir, très-large, façonnée dans la partie qui s'applique sur le recado ; elle passe sous le ventre du cheval, non près des jambes, comme cliez nous, mais au milieu même du ventre, et, au moyen de deux forts anneaux {argollas)^ en fer ou en cuivre, on serre le plus possible la longue courroie de la cinclia ; 5° un peLlon ^ , peau de mouton tannée avec le poil , teint en bleu , ou bien une peau de veau tannée et façonnée; le pellon s'applique sur la cincha; 6° un sohre-pellon , autre peau tannée , plus courte, sans poil, souvent découpée à l' emporte-pièce, ou garnie de broderies en soie, faites à la main, etc.; 1^ une sohre-cincha , c'est une sous-ventrière en laine, plus ou moins line , destinée à soutenir le pellon et sobre -peilon. Pour achever de décrire Téquipement du cheval , je dois parler de la bride : elle est on ne peut plus simple , mais en même tems solide, et de nature à garantir le cavalier contre tout caprice du che-
] Prononcez cinn-tcha. Vrononcez pellionn, bref.
val; le mors (freno) est celui usité au Chili, et c'est sans contredit le meilleur que l'on connaisse; jamais le cheval ne peut ni le mâcher ni le prendre aux dents ; parce qu'au lieu de chaînettes pour gourmette , il y a un anneau en fer passant dans la partie très-ëlevée du centre et venant assujëtir la mandibule inférieure. Cette partie élevée du mors est placée horizontalement dans la bouche du cheval, tant qu'on ne fait aucun effort sur les rênes, mais du moment que la résistance du cheval force à faire agir le frein, il suffit de tirer lortement sur la bride pour l'arrêter court car alors , il est torturé à la fois au palais et à la lèvre inférieure par l'effet du mors, lequel se dressant perpendiculairement contre le palais , attire nécessairement Tanneau , qui fait effort sur la mandibule inférieure. Avec ce frein, la têtière (cahecera) n'a besoin d'être ni compliquée, ni très- forte; aussi, le plus communément, ce n'est qu' une légère lanière , attachée aux branches du mors , et passée simplement derrière les oreilles du cheval. Quant aux rênes (^riendas) elles sont ordinairement rondes , en cuir tressé artistement par les hidiens , réunies , à la hauteur des épaules du cheval , par un anneau , duquel anneau part une autre rêne très-longue teiminée par plusieurs bouts , comme un niartmet. Il est évi-
dent que les rênes sont ainsi toujours égales ; il suffit de porter la main à droite ou à gauclie pour déterminer le mouvement du clievai. — L'extrémité de la bride sert ordinairement de fouet pour frapper le cheval au flanc gauche, et^ s'il n'obéit pas , des éperons, dont les molettes ont deux à trois pouces de longueur, se chargent de lui chatouiller les lianes. L'extrémité du pied, ou simplement l'orteil, se place dans un très-petit étrier en bois ou en cuivre, de forme triangulaire. A présent , il s'agit de faire un lit de tout cet attirail indispensable : on étend d'abord par terre la carona (ordinairement, surtout en campagne , il y a une seconde carona en cuir non tanné, destinée à empêcher l'autre d'être tachée par la sueur du cheval) ; puis le /;e/Zow et \^ sohre-pellon\ le recado sert de traversin ou d'oreiller , les gergas servent de draps et l'on se couvre avec son poncho ^ . Le poncho est un vêtement non moins indispensable que le reste j^our voyager dans ces plaines, car il garantit à la fois de la pluie, de la poussière j de la chaleur et du froid. C'est une pièce de laine ou de coton, ou de laine mélangée de coton, mais plus ordinairement de laine, barriolée de larges raies de diverses couleurs ; elle a
1 Prononcez pon-tclw.
sept palmes en largeur et douze en longueur avec une ouverture d'un pied , au milieu , pour j passer la tête. Le poncho ressemblant assez à la chasuble d'un prêtre est ordinairement doublé d'une autre étoffe bleu ciel, verte ou écarlate. Il y a aussi beaucoup de ponchos en drap avec un collet montant, mais ce sont les riches qui en usent, la plehe porte des ponchos ordinaires fabriqués dans rintérieur. Il est encore nécessaire, si l'on tient à être bien vu, à être traité en ami par les Gauchos, d'ajouter au poncho , le chiripa, les calzoncillos ^ , les bottes de potro et les éperons-monstres. Le chiripa est encore une autre pièce d'étoffe de laine rouge, bleue ou verte, jamais d'autre couleur, qui se met autour des reins, tombe au-dessous des genoux comme ime tunique et s'assujettit au-dessus des hanches au moyen d'une ceinture de cuir , dans laquelle on passe , derrière le dos , un grand couteau-poignard dans sa gaîne. Quelquefois les liancés ou les amoureux (^enamorados) font un chiripa du schall de leur belle; c'est alors qu'on les voit, la guitare à la main, isnprovisant sur des chants d'église , des versets rimés qu'ils chantent à la porte de leur china * , ou a celle d'une piflperia. Le cahon-
1 Prononcez calçonncillio.i.
- Femme rnétis au premier ou second degré.
cilJo est 1111 large caleçon blanc frange ott brodé dans le bas ; les bottes de potro sont fabric|uées avec la peau , non tannée , de la jambe du clieval , de manière à laisser les orteils libres ; la courbure de la jambe forme le talon de la botte, D'autres principalement dans l'Entre-Rios, se servent de peaux de cbat s2iVi\i3L^e{botasde gato). îl arrive souvent qu'un Gaucho tue un poulain (potro) unic|uement pour se faire des bottes. Il gratte bien le poil avec son couteau, toujours très-affilé , puis il frotte ses bottes avec les mains , tout en trottant , jusqu'à ce qu'elles soient assez souples. Avec celte sorte de cbaussure, très-convenable d'ailleurs pour un long exercice à cheval, ces hommes sont incapables de supporter une longue marche à pied, c'est pourquoi, comme je l'ai observé aillem^s , ce sont les plus vils fantassins du monde; mais à cheval, cuidado 'î.^.. La coiffure du Gaucho consiste , dans la Banda- Oriental, en un chapeau rond à larges bords plats; et à Buénos-Ayres en un très-petit chapeau à forme élevée , à bords étroits , placé de côté sur un mouchoir blanc noué en fichu sous le menton; le chapeau, enfonçant à peine sur la tête, est retenu par un ruban noir. Un grand nombre de
^^oycz la Ro5e Ij
Gauchos, tant de la Banda-Oriental que de Buenos-Ayres, portent un bonnet phrygien, rouge, doublé de vert ^ et orné de rubans tricolors à rextrémité. La jaquette (y<2^z^e/<7), petite veste ^ courte comme celle d'un marin, est bleue, rouge ou verte , qu'elle soit en drap ou autrement. En 4854,1e parti deRosasà Buënos-Ayres avait adopté ce costume tout-à-fait pittoresque : jaquette verte , gilet rouge ; pantalon blanc et chapeau rond avec cocarde bleue et blanche - .
^ oilà le lecteur au fait du costmne d\m Gaucho , ainsi que d'une grande partie de Tenharcliement de son cheval. Quand je descendis à Paysandu j'étais dans cet accoutrement : Jaquette marron, gilet blanc, chiripa bleu ciel, calzoncillo blanc, avec franges^ au dessous d'un pantalon de drap bleu, et un poncho anglais placé négligemment sur l'épaule ganche , plus le cigarfito de papier à la bouche et le couteau passé dans la ceinture de mon chiiipa^ derrière le dos, le cha-
1 Voyez 1,1 gravure ci-contre; an nioyen de laquelle on jugera mieux de Téquipenient de l'homme et du cheval. Le harnais est ici plus compliqué que je ne Tai dit, parce que ce Gaucho est en travail. J'aurai occasion de décrire le reste.
2 C'est ce qu'on nommait le parti de la Mazorca^ à cause d'un épi de maïs qu'ils portaient au bout de leurs lances ei dont ils menaçaient leurs adversaires avec un geste très-indécent.
peau à medio lao J'avais ma foi l'air d'un hon-
nêtç brigand. On ni avait conseillé de descendre ainsi, afin de ne point jDorter ombrage aux Gauchos^ qui eussent pu voir de mauvais œil l'appareil de guerre que nous déployâmes ensuite à la chasse. Une fois la première impression faite, je repris en partie mon costume de chasseur ; seulement, à cheval, le poncho devenait de rigueur. Tous ces changemens de costume et d'habitudes me coûtaient peu , parce que je me conforme volontiers aux usages des autres , quelque ridicules qu'ils me paraissent au premier abord. A cet égard , je mets entièrement de côté les sots préjugés qui portent , assez généralement , mes cliers compatriotes à blâmer tout ce qui sort de leurs habitudes , sans vouloir même faire la part des circonstances locales forçant à adopter tel ou tel genre de vie. Et d'ailleurs, ce ne sont pas les usages d'un peuple qu'il faut fronder^ ce sont les travers de ceux qui le dirigent mal.
Le 5 , nous allâmes en chasse , dans la partie sud-ouest de la viUe, le long d'un ruisseau boisé, sur les bords duquel il y avait plusieurs briqueries , des chacras ( fermes cultivées ) et un saladero. Le 4 , nous nous dirigeâmes vers le nord; les jours suivans dans la plaine sablonneuse et
boisée s' étendant au pied de la colline, de manière à explorer tons les environs et à découvrir le plus de variétés possible dans les oiseaux , qui nous occupaient plus exclusivement ; chemin faisant j'examinais la composition géologique des terrains et j'en prenais échantillon. Les premiers jours nous fumes peu satisfaits de notre chasse ; mais ensuite une crue subite de l'Uruguay , tout-à-fait extraordinaire , vint nous dédommager en forçant les oiseaux d'abandonner les îles submergées pom^ se réfugier sur la terre ferme. Nous fûmes ainsi tout consolés de ne pouvoir nous rendre àl'estancia d'un compatriote, M. Sacriste , à cause de ce débordement qui inonda toutes les plaines basses. Le huitième jour dé diasse nous rentrânies avec 60 pièces, dont 42 oiseaux- mouches des deux seules espèces qu'on rencontre dans cette localité ^ , le vert-doré^ très-conunun , Y améthyste-topaze assez rare.
1 HISTOIRE NATURELLE. — Avant de faire connaître les animaux que je rencontrai (ce qui ne pourra se faire que très-succinctement vu la nature de cet ouvrage), je dois à Texemple de M. Alcide d'Orbigny, rendre au célèbre don Félix de Azara (prononcez Açara) l'hommage qui lui est dii, en reconnaissant toute la justesse, l'exactitude et l'importance de ses observations dans ces contrées, qu'il a habitées et parcourues pendant tringt ans.
Azara était un naturaliste à la manière de notre immortel Buffan ; il était né sans doute a^ ec la hosse de la mémoire des lieux et de l'arrangement des choses. Je crois qu'avec les ressources littéraires et
Les oiseaux- mouches sont appelés par les Espagnols picaflores ( becs - fleurs ) et quelquefois tente en el ayre. Les Guaranis les appèlent mdinunibi. Il yen a de sédentaires jusqu'au 55^ degré de latitude australe ^ ce qui est contraire à Fopinion de Buffon qui croyait que ces cliarmans ténuirostres ne vivaient que sous la zone torride , et ne s'en éloignaient qu'avec le soleil ! On trouve les deux espèces que je viens de nommer, toute l'année à Paysandu, à Mon té vidéo , à Buénos- Ayres. Le vert- doré était si commun que nous en tuâmes cent vingt en peu de jours et sans nous éloigner beaucoup des habitations.
scientifiques qu'avait Buffon , Azara eut fait époque en Espagne. Quoiqu'il en soit, à îe prendre comme ies circonstances l'ont fait, et malgré F âpreté de son style il est digne d'admiration. Nos. célèbres savans substitueront souvent des noms grecs , latins ou hébreux à la simplicité des noms (juaranis du voyageur espagnol, ils se disputeront gravement sur la place que doit occuper dans leur méthode , tout artificielle, tel ou tel animal du Paraguay ou de Buénos-Ayres, mais ies exactes descriptions, ies (jroupes Jiaturels, les noms analogues aux mœurs, aux inclinations, aux couleurs du mammifère ou de l'oiseau, ne se retrouveront que dans le Uvre du naturaliste espagnol.
MÉTÉOEOLOGIE. ~ Du 3 au 48 octobre (premier mois de priutems ), que je restai à Paysandu , la température fut très-variable ; le maximum du therra. de R'" fut de 26° et le mininum 12°, à midi et à l'ombre. Les vents varièrent souvent du N. 0. au S. E. ; de forts orages , des pluies abondantes en furent la conséquence. Dès le 8, l'Uruguay , grossi étonnamment par ses nombreux affluens, monta tout-à-coup de 10 pieds, sortit de son ht, inonda les chétivcs habitations du port et contraignit les habitans à les évacuer. La crue dura, ainsi que les orages et les fortes pluies ^ jusqu'au 15 f le 16, le veut
L'étonnement des Guaranis et même des GaucJws était grand, en nous voyant tuer à quarante ou cinquante pas un si petit oiseau qui ne paraissait souvent pas plus gros qu'un bourdon, dans la corolle infundibuliforme d'un convolvu- ^ lus! Rien n'était plus divertissant, plus agréable à voir que ces magnifiques oiseaux-mouches , aux reflets métalliques, s' arrêtant tout-à- coup au milieu du vol le plus rapide, comme suspendus et immobiles devant une fleur, battant des ailes avec une vitesse inexprimable, plongeant dans le calice leur petite langue semblable à la trompe d'un papillon, et tenant leur corps posé ver-
passa au N. E.;le temps était chaud et orageux, mais il cessa de pleuvoir, l'Uruguay baissa j le 18 il avait déjà abandonné la plaine et permis aux habitans de reprendre leur demeure. La iiauteur totale de l'Uruguay fut évaluée à environ 22 pieds (8 varas) les rancJios du port, furent complètement submergés, ainsi que des chacras et un saladero appartenant à un français ; une grande quantité de viande salée , de suif, de cuirs, des récoltes de céréales et de légumes, furent totalement perdues. Les courans, très-rapides, charriaient des arbres, des bois équarris, avec des débris de ranchos ; depuis douze ans, on n'avait vu do crue si forte, si subite. Les vents de N. et de N. 0., très-chauds, saturant l'atmosphère des exhalaisons marécageuses du Chaco et de V En tre- Bios ^ causent ici, comme à Buénos-Ayres, des pesanteurs de tête , dos lassitudes, qui n'ont heureusement d'autre inconvénient que d'affaiblir l'énergie physique et de porter au sommeil. Ceux du S. E, sont froids et amènent des pluies ; ils augmentent aussi l'intensité des débordemens de îaPlata , du Parana et de l'Uruguay.
GÉOLOGIE. — Tout le terrain sur lequel est construite la ville et les environs est une terre végétale , noirâtre, recouvrant, depuis quelques pouces jusqu'à cinq ou six pieds d'épaisseur, un tuf calcaixe-
ticaiement, comme s'il était suspendu par le bec. Les battemens vifs de leurs ailes et la «rande élasticité des pennes , produisaient un bourdonnement sourd qui trahissait seid leur présence , car le plus souvent ils échappaient a nos regards par leur extraordinaire vivacité. jNous nous amusions aussi beaucoup de les voir attaquer avec courage et acharnement les oiseaux cent fois plus gros qu'eux qui approchaient par hasard de leurs nidsj c'était surtout à l'ignoble carrancho qu'ils en voulaient le plus.
J'ai admiré chez don Tomas Creig , administrateur de la poste j de fort jolies cristallisations
argilifère rougeâtre ^, marneux dans beaucoup d'endroits et g^pseux dans d'autres. On n'en peut obtenir de bonne chaux par la calcination, vu que l'argile y domine trop ; mais on en obtient immédiatement et sans aucune autre préparation que de la pulvériser et cribler, une espèce de ciment hydraulique, très-dur. J'en ai vu cous ti"uire des murs autour de l'église d'une manière assez cm^ieuse : ce calcau'e argilifère était extiait sur la place même, où il était à découvert. Après avoir été pulvérisé , on le mouille légèrement et on le met dans un caisson formé de quatie planches, solidement liées ensemble par des che%illes en fer, aux extrémicés desquelles on enfonce des clefs ; on pile fortement, à l'aide de pilons de bois, le tuf ou le ciment qu'on y a jeté, et lorsqu'il est suffisamment dur, on y ajoute une nouvelle couche, qu'on pile de nouveau, et ainsi de suite jusqu'à ce que le caisson soit plein;
* N°' 1 et 2 des échantilloas déposés par moi au Musée de Paris. Je dois à l'extrême obligeance de M'. Cordier de pouvoir donner quelques renseignemens sur la composition géologique des lerreins que j'ai pu observer dans Ja Bauda- Oriental et le Rio-Graude. Ce savant ecoiogue a bien voulu déterminer lui-même les échautilioQS que j'ai rapportés. «
de quartz-hyalin , blanches et violettes , apportées de l'intérieur de la Banda-Oriental. A voir la croûte extérieure de ces petites masses géodiques, on ne supposerait vraiment pas qu'elles puissent renfermer d'aussi jolis cristaux: elle est noirâtre , terne , raboteuse , et ce n'est qu'en brisant ces blocs plus ou moins gros, qu'on parvient à découvrir ce qu'ils contiennent.
Le 20 octobre , nous nous rembarquâmes de nouveau sur une autre halandra^ d'une cloquantaine de tonneaux. Nous mimes à la voile à huit heiu*es et demie du matin avec vent du sud et
alors on enlève rappareil, et le mm- fait et solide, se durcit déplus en plus, avec le teins.
A quelques lieues au nord de Sandu, il y a deux fours à chaux, de très-médiocre qualité .
La terre noire, végétale, composant la première couche du terrain , est employée pour la construction des chaumières et des maisons ; elle a beaucoup de liant et se durcit promptement. Cette espèce d'argile est très-favorahle à la végétation des herbacées ou des arbrisseaux 5 mais son peu d'épaisseur au-dessus du calcaire fait sans doute que des arbres ne peuvent y prendie racine ; car toutes les colHnes environnantes sont nues et dépourvues même de buissons ; on n'en aperçoit que dans les vallons et les endroit où la couche végétale est plus épaisse.
Dans un de ces vallons, au S. E. de la ville, on trouve un banc peu étendu de grès rougeâtre, à gros giains, exploité en pierres plus ou moins grosses, pour la construction des ranchos , les fondations des maisons en briques et le pavage des rues. On en trouve encore dans d'autres endroits de cette localité. Il y a plusieurs fours à briquée dans les vallons, où l'argile limoneuse est abondante.
beau tems. Une goélette brésilienne leva Fancre peu de tems après nous pour la même destination, celle du Salto.
Paysandu , vu du nord-ouest , est moins désagréable que vu du sud- ouest ou de l'ancrage, les maisons paraissant plus rassemblées.
Vers la fin du jour le vent manqua ; nous amarrâmes à des saules^ sur la côte d'Entrenios, à environ dix lieues de Sanduy dans un parafe très- sablonneux.
Les bords de l'Uruguay, ainsi que son lit, abondent en galets de quartz et de ses variétés, d'agate, de cornaline, de calcédoine, de sardoine, etc., parmi lesquels on rencontre quelques débris organiques fossilisés, appartenant au règne végétal. Les poudingues y sont rares. On voit sur la rive droite de l'Uruguay, en face de Paysandu, des monticules de sable tiès-fin et très-blanc , s'étendant assez avant dans les terres. Ces terreins sablonneux produisent diverses espèces de bois grossissant peu généralement , mais qui sont très-compactes et trèsdurs , très-épineux, tels sont: l'espinillo , Valyarroho , Vuriuidey , le ISandvhay et plusieurs autres.
Je n'ai trouvé aucun fossile animal dans cette localité, je crois pourtant qu'il doit y en avoir dans les carrières du calcaire en exploitation, parce que tout ce pays, même les plaines basses et alluviennes deBuénos-Ayres , renferment des ossemens d'animaux antî-diluviens , tels que le mastodonte à dents étroites . les tatous ijiijantesques et les ichtyosaures. Il est nécessaire d'entrer dans quelques explications à l'égard de ces animaux perdus, avec lesquels on est encore si peu familiarisé, que des moines sa vans de Buénos-Ayres ont cherché à persuader les crédules que les os de certains animaux croissaient dans la terre.
Les mastodontes appartenaient à l'ordre des Pachydermes (animaux
Le 21 , le tems était beau, mais calme; nous descenclimes à terre pom^ chasser. Après avoir traversé des bancs de sable, nous arrivâmes à de longues lagunes, ou étangs, dont les bords étaient couverts d'écliassiers et de palmipèdes; \ mais si sauvages que leurs bandes nombreuses s'envolaient hors portée. Il fallut agir de ruse pom- en approcher. Tandis que nous avions recours à nos stratagèmes de chasseurs, afin de surprendre les autruches, les hérons et les canards, le patron de la balandre nous fit signal de ralliement. Nous en eûmes un peu de dépit, car Far-
à sabots, à la famille des /'j^oôo^ctiî'ens (à trompe et à défense) et formaient un genre particulier, voisin des Hippopotames *.
Les tatous fossiles appartenaient à l'ordre des Edentés (c'est-à-dire sans dents sur le devant des mâchoires) et à la tribu des édentés ordinaires-^ quelques naturalistes systématiques, les rapportent à ta tribu des Tardigrades (nom exprimant leur excessive lenteur) et les confondent avec les genres perdus des mégathérium et mégalonyx, voisins des fourmiliers et des paresseux. Sans doute M. d'Orbigny tranchera cette question de nomenclature et rapportera le tatou fossile au vrai type de son genre, ( Dasypus de L.) Les icJdijosaures de même que les plésiosaures, étaient des reptiles de taille gigantesque, vivant daiis la mer, l'iclithyosaure avait une tête de lézard , un museau effilé comme celui du dauphin, des pattes de cétacêe au nombre de quatre, et des vertèbres de poisson. 'Lq plésiosaure, avait les mêmes pattes une petite tête de lézard portée sur un long cou, semblable au corps d'un serpent. Ce sont les laborieuses recherches de Georges Cuvier et de ses savans collaborateurs, qui ont rendu à la science ces anciennes espèces, et une infinité d'autres appartenant aux divers ordres
* Voyez Cuvier : osseinens fossiles ; les Lettres sur ics rèvulaiion;. du Globe i;l l nus les lii'rrs cLcinentaires d'histoire .aturcllc.
deur nous avait emportés bien avant dans les terres, et nous avions l'espoir de rencontrer quelques bonnes espèces d'oiseaux; nous dûmes nous contenter des canards et des pigeons , {palomas) , que nous avions tués, faute de mieux.
Le vent était toujours sud, mais faible; nous voguâmes d'abord très-lentement et si près des arbres que les branches embarrassaient les manœuvres. Plus tard le vent s'éleva; nous gagnâmes prompt ement l'ancien village de San- José, ruiné par les Portugais, pendant l'occupation de la
du règne animal, qui semblaient peidues pour elle , et dont les ossemens sont ensevelis entiers, ou dispersés dans les couches de diverses formations. En recueillant ces débris et cherchant à les rapprocher dans leur ordre primitif, Cuvier est parvenu à recomposer les êtres auxquels ils ont appartenu, et à les ressusciter en quelque sorte, puisqu'il a retrouvé leurs formes, leurs proportions, leurs mœurs et toutes leurs habitudes.
On rencontre dans difiérens endroits de la province de Buénos-Ayres, notamment dans les environs de Lvjaa, et de San-Nicolas-de-los~ Arroyos, sur la rive droite du I arana, beaucoup d'osseniens de mastodonte à dents étroites. J'ai vu chez un négociant à Buénos-Ayres un squelette à peu près complet de cet ancien pachyderme. Il lui avait été apporté de l'intérieur de la province par un Gaucho, qui le vendit la valeur de 20 ou 25 fr. Ce négociant en a refusé, disait-il, 1200 fr. On sait que les ossemens du mastodonte à dents étroites , impropreiuent R])])e\é 7na?n?novth, sont bien plus rares que ceux du grand mastodonte? Le premier os de cette espèce (un tibia), fut rapporté par M. deHumboldt, qui l'avait trouvé dans le camp des géants près Santa-Fé de Bagota.
Les ossemens de tatou- géant se ti'ouvent en gi'ande abondance sur les bords et dans le voisinage du Rio-Négro (Banda-Oriental) ; il y en
Banda-Oriental , Puis la Calera de Barquin^ sur la €Ôte d'Entre-Rios, presque en face de San- José.
Toute la cote de la Calera (four à chaux), pendant deux mille environ , forme falaise escarpée, laissant voir une roche de calcaire grossier , un peu gypseux, entremêlé d'argile blanche et de sable.
Le paysage de la Calera est assez riant ; on en ferait une jolie petite ville dont la position serait très-convenable au commerce. Située à l'extrémité d'un coude que forme l'Uruguay , à envi-
a aussi dans les falaises argilo-calcaii es de San-]Vicolas-de-los-AiToyos. M. D'Oibigny en a trouvé, et il pense que cet animai élait de la grosseur d'un bœuf; c'est-à-dire, au moins vingt fois plus volumineux que le tatou-géant du Paraguay, encore existant.
Les osseniens de Tichtliyosaure se rencontrent sur les bords du Rio Arapey (Banda Oriental) , l'un des affluens de l'Uruguay. Le teniente Goraez, brésilien , que j'ai eu occasion de voir chez M. Bonpland, trouva un jour, près de cette rivière, le squelette complet d'un animal inconnu, qui lui parut fort étrange 5 il en donna avis à Rio Janeiro, et l'empereur don Pedro 'J ^i- chargea de suite le docteur Frederick Sillow (ou Selo) nalmalisle prussien, de recueillir lesosscmens decet animal. Ce naturaliste, mort bien malheureusement, comme je l'ai dit dans mon introduction , lui donna le nom ^l ichtlujosavrvs-Plateiisis. Ce reptile monstrueux est le type de l'ordre des Ichihyosavrie?is de la classe de squamifère de Blainville.
BOTANIQUE. — Les pluies presque continuelles survenues pendant mon séjour à Paysandu ne m'ont pas permis d'iierboriser ; c'est pourquoi je ne suis pas à mcme de fournir des renseigncmens détaillés sur la flore de cette localité. Je ne puis présenter que quelques observations générales , résultant de Finspcclîon rapide que le tems m'a permis de faire.
ron dix-huit lieiies du Salto et douze de Paysan du ^ elle aurait encore l'avantage d'être à proximité des forêts de palmiers yatàis et Carondaïs qui couronnent la Calera de deux côtés , avec d'autres arbres très- propres à la construction des maisons. (L'yataïs est une espèce de palmier qui s'élève peu ; le tronc en est gros et couvert des anciennes traces des attaches des feuilles. Le cœur ouïe chou en est excellent. — 'Le carondaïs est un autre palmier dont on emploie le tronc, creusé, en guise de tuile.) Assise sur un petit plateau élevé, au bord même de la rivière , au fond d'une anse , on jouirait à la Calera d'un air pur, d'une jolie vue, et les navires pourraient y venir à quai. Un ruisseau boisé , prenant sa source dans la fo-
J'ai été surplis de voir ici , comme à Montévidéo etàBuéiios-Ayres, lavégéîalion indigène envahie, sur une surface considérable, par une plante exotique dont îa propagation va toujours croissant j je veux parler de cette espèce de cardon d'Espagne (cinara car chf nctihrs) qni infeste à présent ces campagnes au point de couvrir des centaines de lieues de superficie. Cependant les habitans ne s'en plaignent pas trop, parce qu'ils sont très-friands des côtes tendres des jeunes pousses, et que , de plus, les tiges sécliées sur pied sont employées par eux en guise de bois, dont la pénurie se fait sentir partout où il n'y a pas de rivières. Toutes le§ collines de Paysandu , principalement vers le sud , ne produisent pas d'autre plante que ces cardons. Dans les plaines, ils sont encore accompagnés de deux espèces de chardons indigènes , aussi très-répandues , l'une est connue par les Espagnols sous le nom û'abrojo (formé par attraction de ces deux mots abra-ojo, ouvre l'œil) ; l'autre , dont j'ai oublié le nom , est rampante et très-piquante. Pour
rêt de palmiers , contribuerait encore à la beauté du site et serait très-utile à l'établissement de quelques usines , telles que fonderies de suif, saladeros, tanneries, etc.
Il y a un fait curieux et remarquable dans la végétation de cet endroit : c'est que , jusqu'à deux ou trois lieues au-dessus et au-dessous de la Calera, les palmiers abondent, tandis que sur la côte orientale on n'en découvre pas un seul ; cette remarque peut s'étendre à tout le cours de l'Uruguay; depuis son embouchure jusqu'aux
se former une idée de la végétation primitive de ces lieux, il faut fréquenter la plaine sablonneuse, un peu aride, du bord de l'Uruguay où Ton remarque avec plaisir, au milieu des buissons épineux , des arbrisseaux et des cactus, une assez grande variété de cliarmantes tleurs dignes d'être cultivées. « Dans l'hémisphère austral, dit un célèbre géographe , une végétation analogue à celle de l'Europe commence à des latitudes plus rapprochées de i'équateur. » Ainsi les environs de Montévidéo , de Buénos-Ayres et de Paysandu sont couverts de plantes qui appartiennent , à peu d'exceptions près , aux genres composant la flore française. La base de la végétation de ces plaines est formée de graminées , de verbenacées , de composées ou synanthérées , de légumineuses , de solannées , d'ophrydées, et de quelques bernuidiennes ou sisyrincliijum , à fleurs de couleurs variées , les unes d'nn beau violet, les autres d'un beau jaune. On remarque encore quelques broméliacées et malvacées 5 une espèce commune de cette dernière famille est très-répandue près des habitations , où elle accompagne tou jours le VàxlA^OQVi palraa christi (jatropha curcas de Lin.) de deux espèces , très-propagées dans les jardins.
La plaine basse est couverte d'un cactus globuleux de très-petite espèce. Les lieux bas et marécageux donnent naissance à de hautes gra, minées, d'espèces variées, à des joncs, des pailles coupantes, etc.,
Missions, on observe fréquemment le même contraste. Ces arbres, entremêlés avec d'autres, produisent un joli coup-d' œil, mais isolés, comme ils le sont au nord-est de la Calera, dans toute la longueur du détour de l'Uruguay, et disséminés dans un terrain sablonneux , très-élevé , ils donnent au pays un aspect sauvage ; il semble qu'on soit transporté dans les plaines arides de l'Afrique. Tout le coteau sablonneux sin^ lequel croissent les palmiers , à Y exclusion d'autres arbres , est rempli de sources d'eau minérale ferrugineuse.
auxquels les Espagnols du pays donnent le nom de pajonaîes. Les plaines élevées même, surtout dans les lieux déserts, peu fréquentées par les bestiaux , sont couvertes de ces pajonaîes qui représentent assez bien nos champs de céréales, à Tépoque de la moisson. Mais dans les lieux peuplés de bestiaux, on a grand soin de mettre le feu aux champs à l'époque où Therbe desséchée n'offre plus qu'une aride pâture , afin de donner naissance à un gazon tendre et nourissant. Celte opération doit nécessairement détruire une grande quantité de plantes délicates
Depuis la rivière de la Plata jusqu'aux Missions, on ne trouve de bois que sur le bord des rivières et des ruisseaux ; mais ces bois se détruisent à mesure que le pays se peuple. On les remplace, dans quelques localités , par des pêchers croissant très-facilement et donnant un fruit délicieux , appelé durazno (c'est la duracine.)
Les cryptogames sont assez rares dans les environs de Paysandu , vu l'absence de grands bois et de rochers On retrouve ici , comme à Montévidéo, une espèce de fougère, très-voisine <\eVosniondareyaIis, de France, et un lycopodiidn inv ndatum. J'ai remarqué que les cactus du genre nopale paraissaient souffrir beaucoup d'un petit lichen qui les envahit entièrement.
Le coude formé ici p^îr F Uruguay est assez difficile à remonter, quand le vent n'est pas favorable ; aussi , nous ayant abandonné ou plutôt les falaises argilo- calcaires de la Banda-Oriental l'ayant intercepté complètement , il fallut prendre le parti de haller le navire au moyen d'une corde amarrée aux arbres ; mais même avec cette ressource , les marins ne purent dompter la force du courant. Le patron prit le parti de faire une
ZOOLOGIE. — Mammaloijie et Ornitholoijie. En fait de maminifères on ne rencontre communément à Paysandu que des carpinckos (grands cahiaïs); des venados (cerfs, l'espèce appelée gttaztiti par les Guaranis et Azara); des comadrejas (Didelphes)^ des afereas\{e Cui, cavia cobaia);àes zorrillos (Yaguaré, d'Az. raouflette-mwrra méphitis, Gmel.) j des armadillos et mulitas [Taious-dasypus, Lin.) — Le Jaguar, el tifjrcméphitis n'y apparaît qu'accidentellement , quand les îles sont submergées.-— L'd tnzcacha [callomys-viscac'ia, J. Geoff. St-Hil.), si commune aux environs de Buénos-Ayres, ne se trouve pas sur la rive gauche de l'Uruguay , mais on la rencontre assez fréquemment dans l'Entre -Rios, sur la rive droite.
Il n'y a pas ici une grande variété d'oiseaux : je n'en ai rencontré qu'une quarantaine d'espèces , à répartir dans les six ordres ; je crois cependant qu'on pourrait en réunir beaucoup plus si l'on y séjournait long-tems ; l'ordre des passereaux m'en a fourni vingt-quatre.
Oiseaux rapaces. — Les vautours urubu {cathartes v.nihu. Vieillot, d'Orb.) n'y étaient pas communs ; je n'y ai pas vu Vaura. — Les trois espèces de caracaras de Azara (le carancho, le chimanyo et îe chimachima) y sont communs, ainsi que la chevèche-lapin {imicurea d'Az.)
Passereaux ou Sijlvains. — J'ai tué dans celte localité, et pas ailleurs, un tangara à bec dentelé^ ([u'on m'a dit être le pliitoimie rapporté dernièrement du Chili. — Le cardinal huppe rouge de Az. ( oxia cucaU
nouvelle station sur la rive droite , en attendant une brise.
Le 22 , le vent était contraire ; le tems était beau , mais extrêmement chaud et un peu orageux. Nous descendîmes à terre, au nombre de cinq individus, avec toutes nos armes, parce que nous avions à redouter non- seulement la rencontre des jaguars^ mais encore, celle d'un parti de Gauchos vagabonds, comme il y en avait souvent à cette époque; heureusement cette précaution devint inutile.
lata ^ Lath.) est commiiH, ainsi que l'o/ic/Ze^ de Biiflbn ( lindo d'Az.) — Le gobe-mouche rî/i/ïw [churrinché Az.) — Le tyran à queue fourchue {stnriri, petits-ciseaux de Az.) sont assez communs ainsi qu'un gobemouche blanc et noiv, appelé viuda (veuve), que je crois être Vimpero de Az. ; le hienteveo, le fotirnier, leiraqvet à lunettes. — On y trouve encore le troupiade dragon de Az,, celui à tête jaune-, le cassique à tjorye-rouije {étourneau des terres Magellaniques ^ Bufî.); un engoulevent à ventre blanc ; un gros-bec à collier noir ; trois espèces de becfins ; un roitelet j Toiseau-mouche vert-doré et V améthyste émcraude ; ce dernier n'est pas commun.
Grimpeurs. — 11 y avait des bandes du maracanu patagon de Az. beaucoup àe perruches{co torras) à lonque-queue . — Le pic aux niles dorées; cehii à tête pourprée {Picus Linéatus de Lin.)j un picoïde huppé couleur de tohac ^ Espagne^ n'existant pas encore au musée de Paris, Enfin le coucou piririgua de Az. ( Guira cantara. )
Gallinacés. — Deux espèces de ramiers ; deux espèces de pigeons ^ deux espèces de tourterelles, très-co?nmuns, répandus par bandes dans les champs. — La petite perdrix (yynambui deAz., tinamus maculosus . Temm,), la grande perdrix, ou gran,d tinamous (Inamlu guazu d'Az., iinamus rufercens Temm. ), en grande quantité.
La rive est bordée d'arbres verts et touffus ^ d'espèces variées produisant un bel effet ; presque toujours baignés par la rivière , ils croissent rapidement et avec feu ; mais ce qu'il y a de singulier, c'est que, passé cette ceinture verte , épaisse et branchue , on ne voit plus dans l'intérieur du pays , plat et sablonneux , que des pahniers isolés ou réunis par groupes de trois ou quatre , semblables à des débris de péristyle dont il ne resterait plus que les colonnes. La végétation est singulière dans cette contrée. Nous vîmes peu d'oiseaux; aucun mammifère, excepté un faon du cer^us campestris ^ que le hasard fit tuer à l'un de mes compagnons de voyage. Cependant nous remarquâmes des traces de jaguar, de carpinchos (cabiaïs) et d'autruche. Quelques oiseaux de rapine, des cathartes uruhu et aura , des caracaras , des buses rousses et des milans à calotte noire planaient silencieusement au-dessus
Echassier s et palmipèdes. — Les bords de l'Uruguay de même que ceux de laPlata etduParana, abondent en oiseaux de ces deux ordres. La famille nombreuse des longirostres, qui comprend en partie cette variété d'oiseaux de rivage, connus à Buénos-Ayres sous le nom de chorlitos, renferme plus d'un genre indéterminé capable d'embarrasser nos nomenclateurs. En fait d'échassiers, je n'aitué ici que le vanneau armé (terutero de Az.) différent de celui de Cayenne; des petits plu viers à collier noir-, le j acitiia commun et l'hirondelle de mer sterna minuta de Lin. — C'est à Buénos-Ayres que j'ai tué le rlujnchea liilaria et le timcJiorus, genres nouveaux.
d'un vaste champ brûlé la Teille , et encore fumant; quelques perruches et perroquets passaient en criant au-dessus de nos têtes, et des pics aux ailes dorées^ guettaient, sur le tronc ëchaufïé des palmiers, la sortie des insectes que l'incendie avait fait se réfugier dans ce seul asile qui leur fut offert. Nous tuâmes de tous ces oiseaux ^ ainsi qu'une variété du troupiale dragon , que je crois être le guirahiiro de Azara , et , au bord de la rivière , une jolie pie bleu-turquin à ventre jaunâtre et à soiuxils bleu ciel ^ .
Le 25, letems était redevenu beau, une petite brise de sud , irrégrdière, nous poussa tout le jour. Nous passâmes devant YHerndero^ estancia et four à chaux, à huit lieues du Salto, vers le sud, dans un endroit où le Ht de la rivière fort encaissé, d'un courant rapide , n'a pas plus de soixante à soixante- dix toises de largeur. Il paraît que la chaux, faite sur les lieux , est d'assez bonne qualité.
A un mille plus loin nous passâmes devant le confluent du Bayman , rivière de quatrième
1 Charpentiers des c1iam£s ^ d'Az. Picxis auratus^ Liii= The-yoldwinyed-pecker, catesby.
2 Acaché de Azara.
ovàre descendant de l'est , dans le lit de laquelle on trouve de magnifiques cristallisations de quartz-hyalin , diversement colorées.
A la fin du jour, le vent ayant manqué de nouveau , laous aidâmes courageusement les mariniers à lialler le navire d'arbre en arbre jusqu'au Saladero del Corralito,
Le 24 , au lever du soleil , nous descendîmes tous à terre. Après avoir exploré les environs du Saladero , nous allâmes rendre visite au propriétaire don Léandro '^'^'^ , espagnol européen , parlant assez bien le français; il nous donna l'hospitalité avec une politesse tonte gracieuse , la plus digne des belles manières d'un Cabaïlero,
Après le dé jeûner , au lieu de nous rembarquer , nous prîmes la résolution de nous diriger sur le Salto , à travers la campagne ^ conservant l'espoir de trouver en route quelque chose d'intéressant ; nous fîmes ainsi plus de quatre lieues en chassant , mais inutilement ; nous ne vhnes que fort peu d'oiseaux, et toutes espèces communes à Buénos-Ayres, telles que pics à ailes dorées, tyrans, troupiales, caracaras, teruteros, etc. Nous tuâmes pourtant deux belles espèces d'en goule-
Yens et un fort joli gTOs-bec rouge et gris. Nous vîmes aussi beaucoup de couleuvres et cet énorme lézard appelé teyii par les Guaranis ^ .
Comme l'Uruguay avait recommencé à croître, nous nous fatiguâmes beaucoup à faire des détours, nécessités par le gonflement des nombreux ruisseaux et des hanados ou terrains inondés. Tout ce pays, comme la Banda- Oriental entière n'offre à la perspective, que campos quëhrados ^ c'est-àdire , des terrains fréquemment entre-coupés de petits vallons , de monticules et de collines peu élevées , sans direction déterminée ; on ne voit guère d'arbres que le long des rivières et des ruisseaux ; mais comme ceux-ci abondent partout , il en résulte une fertilité très- grande et tous les avantages désirables pour l'éducation des bestiaux.
Quelques maisons blanches , dont les fenêtres réverbéraient la lumière rougeâtre du soleil couchant, nous annoncèrent le Salto ; cette vue nous attrista, au lieu de nous réjouir ; nous nous étions figuré, je ne saurais trop dire pourquoi, que ]>lus nous avancions , plus les sites et les paysages
1 Lagaiia en portugais {Lccerta ieyjii.vin Lin.)
devaient être charmans. — N'est-ce pas ainsi que nous cheminons dans le sentier aride et tortueux de la vie ?... — Désencliantemens sur dësenchantemenSj mystifications sur mystifications, jusqu'au moment où la tombe s' ouvrant , centuplera peut-être la somme des mystifications et des désencliantemens !
Le Salto * est un village qui n'a pas la moitié de rimportance de Paysandu. Il est situé sur une hauteur isolée, formant une presqu'île à l'époque des débordemens de l'Uruguay . Le terrahi est aride , couvert de cailloux roulés , ou de galet , avec d'innombrables frasmens de roches tendres : on dirait un monceau de ruines , tant ce sol est bouleversé, couvert de pierres de toutes grosseurs. Les autres collines environnantes ont exactement le même aspect : presque toutes ces pierres ou fragmens de roche, ne sont qu'une agglomération de sable, de graviers et de galets unis grossièrement, sans ténacité, par un ciment calcaire-argilifère. L'argile jaune est la substance qui, avec un peu de calcaire marneux, parait former la base de ces collines. Il y a aussi des bancs d'un grès arenacé fort grossier.
1 Latitude 31' 2S' rive gauche de TUrugua} .
Je remarquai en yenaiit du Saladero del corra^ îito , à environ deux lieues du Salto , sur le bord de l'Uruguay, des grès ferrugineux gëodiques, formant des blocs isolés plus ou moins volumineux ; les cavités en étaient remplies par du sable très-chargé d'oxide de fer.
Il n'y avait pas plus de cinq maisons ô^azotea (enterrasse) au Salto, lors de notre arrivée ; les autres habitations étaient des ranchos ^ (chaumières) bien bâtis , blanchis , pour la plupart , extérieurement; l'église était aussi un ranclio ^ comme à San du ; seulement on avait élevé à côté de l'entrée un simulacre de clocher , en forme de portail, où étaient suspendues deux cloches de moyenne grosseur. Les rues sont comme dans toute la Banda- Oriental, bien alignées garnies de trottoirs, correspondant aux quatre points cardinaux. Quoique les cuadras soient loin d'être remplies de maisons , cette régularité de plan , donne néanmoins à ce village l'apparence d'une petite ville. H n'y avait pas encore de réverbères, ou fanaux dans les rues , mais on devait en placer prochainement.
De chaque côté du village, au nord et au sud, il y a un ruisseau boisé; coulant dans un vallon
profond, jusqu'à l'Uruguay . Pendant les crues de la rivière , le coté sud s'inonde facilement, et ilyaalors assez d'eau pour permettre aux goélettes et aux balandres de s'approcher à quai; mais quand les eaux sont basses , que TUruguay a repris son lit , ce qui a lieu les deux tiers de l'année , les navires venant à'en-has , sont obligés de rester au Saladero del corraïito , pour y opérer leur chargement et déchargement, opérations très- coûteuses pour le commerce.
heSaîto, c'est-à-dh^e la cataracte, n'est pas en face du village ; il en est éloigné d'environ deux lieues au nord : c'est ce qu'on nomme le Saîto chico. Il en existe un autre plus grand, à trois lieues de celui-ci, également au nord, appelé Salto grande. C'est le premier qui a donné son nom au village ( ^>^7/«) . Ces deuxsaltos, qu'on ne reconnaît qu'à la rapidité du courant, lorsque la rivière est très-haute , sont à découvert les trois quarts de l'année et rendent toute navigation impossible dans ces parages ^ . Les bateaux \endint à' en-haut Y estent à huit lieues du village, dans une petite anse appelée eZ piurto (le port), en face d'un groupe d iles désignées sous le nom
• Au scdio, rUruguay est deux fois large comme la Seine à Paris, c'est-à-diie de 120 à 130 toises.
de islas del herrero. Le trajet delpuerto au village se fait par terre, à cheval ou en charrette; mais , dans ce cas , on a quinze lieues à parcourir au lieu de huit , à cause d'un détour qu'il faut faire pour éviter des hanados ou marécages. Une fois passés ces deux saltos , formés de roches à lleur d'eau, l'Uruguay, bien que très-rapide en beaucoup d'endroits , est navigable pour de grandes pirogues et des bateaux plats jusqu'à la hauteur du Paraguay, c'est-à-dire à plus de deux cent cinquante lieues de sa jonction avec le Parana. Une nation industrieiise comme celle des Nord- Américains, par exemple, aurait déjà aplani les légères difficultés qui entravent la navigation de l'Uruguay, et sillonné cette belle rivière de plusieurs bateaux à vapeur pour faciliter l'accroissement de la population et le débouché des produits de f industrie agricole : loin de làj on perd son tems en vaines querelles ^ en disputes sanglantes^ et l'apathie des habitans est poussée à tel point qu'ils ne comprennent même pas comment on pourrait vivifier ces lieux , qui
Iles du forgeron ou serrurier, à cause d'un oiseau de l'ordre des passereaux, genre cotinga, sous-genre procnia, connu au Brésil sous le nom de ferrador et CCaraponya ( casmarynchos nudicolis ). Sa voix éclatante imite tour-à-tour le bruit de la lime et celui du marteau sur une enclume.
ne leur paraissent destinés qu à nourrir des chevaux et des vaches. Cet endroit est réellement susceptible de prendre de l'accroissement, quand le commerce avec le Paraguay deviendra libre et que les Missions seront peuplées ; car la voie d e l'Uruguay est toujours préférable, pour le transport des marchandises, à celle de l'intérieur.
Les autorités du Salto sont : un commandant militaire, en même tems chef de police, un commandant déport, un juge-de-paix, un alcade et un receveur de la douane. H y a une école primaire-élémentaire , pour l'enseignement mutuel, aux frais du gouvernement.
Comme il n'y avait pas plus d'auberge au Salto qu'il n'y en a dans les autres peuplades de l'Uruguay ou de l'intérieur, nous eussions été assez embarrassés si M. Antoine Thedy, suisse-fi^ançais , n'avait eu l'extrême bonté de nous accueillir et de nous héberger pendant trois jours que nous y restâmes, eii attendant un vent propice pour remonter la rivière jusqu'aux Missions. M. Thedy exerça envers nous les lois de l'hospitalité d'une manière trop généreuse vraiment ; car nous étions cinq individus , affamés par les privations du voyage , et nous faisions un tel honneur à sa cui-
sliie que j'en restais confus; il ne voulut pourtant accepter aucune espèce de compensation. Au reste , ce désintéressement , qui devait nécessairement nous étonner , était si familier , si naturel à M. Tliedy , il y mettait tant de bonne grâce, qu'il méritait bien ce titre flatteur de père des Français que nos pauvres compatriotes expatriés se plaisaient à lui donner, non-seulement au Salto , mais encore à une grande distance à la ronde.
Le jour même où nous arrivâmes, nous eûmes le liasardde rencontrer cliez M. Tliedy un vieux marin d^Hoiifleur^ nommé Victor, prêt à partir pour l'ancienne Mission de San-Borjà. Il me sembla que nous ne pouvions trouver une occasion plus favorable; nous nous hâtâmes d'arrêter passage, dans la crainte de faire un trop long séjour au Salto. Le bateau de ce marin (jaugeant au plus deux tonneaux ) était plat , non ponté , assez mal installé d'ailleurs et fort incommode à tous égards, puisque nos bagages le remplissaient et qu'il n'y avait d'abri , en cas de pluie , que pour nos provisions î Belle perspective pour un voyage de cinq semaines dans la saison des pluies? Il est vrai que notre compatriote , vieux loup de mer dégénéré , se faisait fort de francliir les qua-
tre- vingt et tant de lieues qu'il y a du Salto k San-Borja en quinze jours , et en cas de pluie , il promettait de dresser une tente avec des cuirs ; mais on verra plus loin comment il tint sa parole.
En attendant le bon vent, nous nous mîmes à chasser pour tuer le tems , uniquement; car des naturalistes n'ont pas grand chose à recueillir au Salto, si ce n'est des cailloux roulés , des bois fossiles et des cristallisations de quartz- améthyste, en prismes implantés , qu'on apporte en grande abondance de l'intérieur , pour faire des cadeaux. Les tourterelles et les ramiers étaient si nombreux, qu'en moins de deux heures nous en eûmes notre charge. Quant aux autres oiseaux, ils furent, fort heureusement pour eux , jugés indignes de la mitraille que nous prodiguâmes à leurs co-volatiles les gallinarès. Nous nous amusâmes beaucoup à regarder un cariama * privée dans la cour de M. Thedy. — C'était un oiseau paisible, assez craintif, mais très-curieux et tout aussi
1 Cariama est le nom brésilien et saria celui des Guaranis et de Azara. Cet oiseau, classé dans Tordre des écliassiers, famille *S.e?, pressirosfres, est le type du genre cariama {microdactylus cristatii.s). Il me semble que cet oiseau, le nandv, le chuja et plusieurs autres, seraient plus convenablement classés parmi les yallinacés, dont ils ont le bec et les habitudes ?..
vorace que le nandu. Il visitait tous les appartemens et sortait quelquefois dansla rue. Sa hauteur était de deux pieds et demi ; son bec celui des ^«7linaces ; son cou et son port ceux du nandu ; sa paupière nue , et l'œil très-grand ; ses plumes cotonneuses ; sa couleur mélangée de blanc , de noir et de gris. Cet oiseau a été très-bien décrit par Feliz de Azara. M. Thedy élevait encore d'autres animaux fort curieux , et il avait une petite collection de minéraux où l'on remarquait de magnifiques cristaux d'améthyste , de fausse topaze et de cristal blanc , avec des galets de l'Uruguay, arrondis de telle sorte qu'ils ressemblaient à des fruits.