INTÉRIEUR DE SAO-PÉDRO
San-Boija. — Les anciennes Missions. — Départ pour l'intérieur»
— lia Guaïaraça. — Alegrete. — lae Boqueron de Santiago. — Cima-da-Serra. — le Jaguary . — ïie Toropy . Xi'lTbicuy-Miri.
— Santa-Maria-da«Serra. — Saô-Martinho. — ■ Cassa-Fava.
— Arrivée au Jacuy.
« Quoi! ce sont là vos fameuses Missions?
Ces édifices inimitables , ce gigantesque , ce grandiose, ces admirables plans, ces pueblos enfin
que vous nous vantiez tant î Le diable vous
emporte , vous , et les jésuites. »
C'est ainsi que m'apostrophaient mes fidèles compagnons , comTOuçës de ce que , sur la foi de Cliarlevoix, de Funes et de vieux chroniqueurs espagnols , je leur avais fait une peinture peu fidèle, mais pompeuse des Missions d'Uruguay. J'eus toutes les peines du monde à les calmer. Toute l'éloquence poétique de l'auteur du Génie du Christianisme eût échoué devant la conviction d'une imposture flagrante.
Les Missions d'Uruguay étant toutes , à peu de chose près , bâties sur le même plan ; il suffit donc d'en décrire une pour se former une idée des autres.
Sur les trois côtés d'une place , longue d'environ cinq cents pieds sur quatre cents de large , sont bâtis des rez-de-chaussée en argile et en charpente , distribués de manière à former des logemens à peu près semblables. Un toit en tuile recouvre ces habitations et les dépasse assez pour qu'il règne dans le poiutour de la place une espèce de péristyle ou de galerie ouverte, soutenue, de distance en distance , par des pilastres carrés, formés de pierre de taille rosâtre.
Sur le côté nord de la place, se trouve l'église.
véritable théâtre , quant au luxe d'ornemens et de détails intérieurs. Au dehors elle n'a rien de remarquable; c'est tout simplement quatre murailles en pierre de taille , surmontées d'un toit en tuile et d'une petite tour carrée formant une coupole à l'intérieur ; le portail seul se distingue du reste en ce qu'il a été sculpté très-artistement par des Indiens ^ sous la direction des jésuites, et qu'il n'est entré aucune ferrure dans sa construction , de même que dans celle de toutes les habitations. Un porche, soutenu par des colonnes en bois dur occupait la façade de l'église , à laquelle on arrivait par un perron carré , formé de quelques marches.
A gauche de l'église , dans un enfoncement , était situé le collège , derrière lequel s'étendait un superbe jardin planté d'orangers , de citronniers , de figuiers , d'un grand nombre de plantes indigènes , etc , et entouré d'un mur de pierres dans toute son étendue. Le collège, comme on doit le penser était confortablement distribué , solidement bâti. A côté était un hospice y attenant , puis des ateliers publics , des nïagasins publics^ des cuisines publiques^ etc, etc.
On entre à la place par les extrémités nord et
sud. C'est une véritable caserne que cette place , autour de laquelle rayonnent, sans ordre régulier des ranchos , des chacras et quelques maisonnettes, assez proprement tenues. Les autorités et les commercans notables sont logés dans les anciennes habitations des Indiens; le commandant militaire occupe le collège ; l'hospice , les magasins et ateliers sont en ruine; loin de songer à les réparer ou en enlève les matériaux pour les employer à des constructions nouvelles. Le culte ^ catholique est célébré dans une chapelle attenante aux galeries latérales de la place
Nous hésitâmes quelque tems avant de visiter l'église, car on s'attendait à en voir crouler le faîte d'un moment à l'autre. Chaque fois qu'il fait du vent il se détache du toit d'énormes poutres, qui roulant avec fracas , ébranlent le reste de l'antique édifice, dont la forme est un carré long, sans bas côtés, ni clocher; seulement, à l'entrée du
t Le curé de San-Borja, peu prudent s'est fait chasser du pays pendant notre séjour, II y a beaucoup d'immoralité chez les prêtres brésiliens; je fus témoin de plusieurs scènes très-scandaleuses, en différentes localités. L'évêque même de Rio-Janeiro, disait publiquement, en achetant des colifichets parisiens , pour une de ses filles « hè para hum fi'uto de viinhas frcujilidades n . — Les législateurs brésiliens songeaient sérieusement au mariaye des prêtres et à la suppression de la confession^ mesures de la plus uryente nécessité.
chœur, au-dessus du jubé, s'élevait la coupole en charpente dont j'ai parlé , laquelle était décorée d'assez belles peintures. Deux rangées de colonnes en bois dm% d'ordre toscan ou rustique, soutenaient la charpente dans le miHeu et formaient une nef. Les ornemens ont été enlevés ; il ne restait plus que deux autels sur les côtés ; mais nous retrouvâmes une grande partie des ornemens du choeurs entassés pêle-mêle dans deux pièces latérales , servant autrefois de sacristies. Les dorures étaient encore très-fraîches; elles n'avaient pas été épargnées par les jésuites, pas plus que les peintures et les images. Cet ensemble de chapitaux , de frontons , de colonnes torses , cannelées ou lisses; ces tableaux, ces ornemens surchargés de dorures très-fines, de peintures remarquables, de sculptiu^es délicates , ces saints de toutes grandeurs , de tous ordres monastiques , destinés à jouer un vole imposant ^ au milieu d'un peuple de néophytes facilement crédules, tout cela nous fit l'effet d' un magasin de théâtre , et rien de plus — Je gémis de pitié, en songeant à la condition misérable des chrétiens, dont le sort se réglait dans un concile de Trente , ou dans la cellule d'un sectateur de Loyola , sur ce thème fondamental : que tous les moyens étaient bons ])Oxiv fasciner les peuples!!!.,. Mais de la pitié je
passai promptement à Y indignation , en voyant des saints de grandeur naturelle , dont les yeux mobiles dans leur orbite , étaient destinés à verser des larmes de sang ! . . tandis que d'autres saints avaient pour mission spéciale de faire des signes négatifs ou approhatifs de la tête ou de la main î î î « Et que faisaient de plus les idolâtres , me dirent
mes compagnons? » — Voilà cependant les
grands moyens que tolère la religion catholique , apostolique et romaine III 0 stupidité des peuples î vos confesseurs ont bien raison de vous faire un crime de la curiosité I Allez, bons peuples, allez , continuez à vous faire jeter de la poudre aux feux
La mission de San-Borja fut fondée en 1690 , par une colonie de la peuplade de Santo- Tome , car la tactique (d'ailleurs très-judicieuse) des révérends pères, était toujours de prendre un certain nombre d'habitans d'une ancienne bourgade d'Indiens, pour noyau de la population nouvelle, et les saunages y étaient attirés, moins par les bienfaits du christianisme, auquel ils ne comprenaient rien , que par la perspective d'y trouver un asile contre les rigueurs des Espagnols, et surtout contre îa cruauté des Portugais , qui leur donnaient la chasse avec des chiens pour les en-
voyer périr dans les mines, après, toutefois, les avoir baptisés ^
Jetons un coup-d'œil sur le gouvernement thëocratique des jésuites '- :
Les Missions du Paraguay étaient composées de trente bourgades ou pueblos , dont voici la situation : sept se trouvent sur la rive gauche de l'Uruguay et font , à présent , partie du Brésil ; quinze étaient situées entre l'Uruguay et le Parana , dans la partie nord- est de la province de Corrientes; elles ont cessé d'exister, mais on en distingue encore les ruines. Les Brésiliens dans la guerre à'Artigas d'un côté, les Indiens euxmêmes dans leur soulèvement de l'autre, et, en dernier lieu , les Paraguay s lors de leur retraite , concoururent tour-à-tour à leur ruine , qui fut finalement consommée par les Orientalistes. Enfin huit Missions se trouvent sur la rive droite du Parana, par conséquent dans le Paraguay proprement dit , et existent toujours.
Les sept Missions de la rive gauche de l'Uru-
1 Charlevoix; Raynal, Azaia et Funes.
2 11 ne faut pas perdre de vue que c'était un gouvernement modèle, tel que la sainte corporation eût vonlu le voir établi en Europe.
guay étaient distribuées ainsi : San-Borja , à une lieue de l'Uruguay et à trois lieues au sud de la rivière Camacua ; San- Nicolas sur la rive droite du Piratini , à environ trois lieues de son con- Huent avec l'Uruguay ; San-Luis , San- Miguel , San-Lorenzo et San-Juan , entre les rivières Pii'atini et Yiui , et Santo-Angel dans les yerhales ^ , sur la rive droite de F Yiui. San-Miguel était la capitale des Missions d'Uruguay.
Les huit Missions existant encore au Paraguay, bien que les jésuites en aient été expulsés, comme de toutes les autres, dès l'année 1768, peuvent néanmoins donner une faible idée de cet édifice fameux des trop astucieux pères. Quoiqu'en dise le doyen Funes (disciple de la savante corporation) , le zèle apostolique a eu certainement la moindre part dans toutes leurs entreprises. Les jésuites , penseurs profonds, hommes de talent (^dans leur sf sterne) , long-tems les seuls dépositaires des sciences , n'ont pas été sans réflé-
i Forêts ou croît l'arbrisseau improprement appelé herbe du Paraguay et des Missions. H a été décrit par M. Auguste Saint-Hilaire sous le nom de Ilea; Para<jua yensis, et par Linnœus sous celui de psoralca ylandulosa. Ses feuilles que les Guaranis désignent sous les noms de cna-cuys, eaa-viini et de caa-yvazv. suivant l'état de leur développement, ne peuvent être prises en infusion qu'après avoir été macérées ou matées plusieurs fois.
chir, sans s'apercevoir, dès les premières tentatives, qu'il faut, de toute nécessité, à l'homme un premier dégré de civilisation pour qu'il puisse seulement comprendre de quoi il s'agit quand on lui parle de religion — surtout d'une religion hérissée de dogmes. Aussi, ne doit-on pas croire que les trop célèbres Missions des jésuites aient été formées par la prédication de l'évangile ; ils trouvèrent plusieurs grands établissemens déjà créés par les conquérans et qu'ils ne firent que transférer ^ . Ils avaient donc affaire à des Indiens déjà vaincus , abattus , asservis et appartenant à la race des Guaranis^ dont les tribus , qui vivent encore sauvages dans les montagnes septentrionales du Paraguay, sont si peu entreprenantes, qu'elles causent rarement des dommages. On a vu quel moyen fort simple les jésuites employaient pour former une nouvelle peuplade ; mais il est de fait que la ruse et la force ont aussi été employées par eux pour augmenter le nombre des néophytes.
Ces Missions , dit M. Rengger , ont eu pourtant
1 Voyez Fintéressant ouvrage de MM. Rengger et Long-champ, Essai historiqve sur la révohttion du Paraguay^ Feliz de Azara, tome II, et surtout le livre huitième de V Histoire Philosophique des Deux-Indes^ par Eaynal, où la conduite des jésuites est jugée avec la plus grande impartialité.
l'avantage de protéger les Indiens ; mais au lieu de les faire entrer dans la voie de la civilisation , afin de parvenir un jour à les rendre chrétiens , les jésuites n'en firent que des automates ^ qu'ils exploitaient à leur profit.
Tous les travaux les plus pénibles se fesaient au son de la flûte et du tambourin ! Comme c'est poétique ! Vous représentez- vous bien , trente mille Indiens dansant et travaillant chaque jour au son de la flûte , devant les bons pères qui ne faisaient rien?... Apportant péniblement des carrières très- éloignées des pierres de taille d'une grosseur considérable , destinées à faire des logemens spacieux et commodes aux révérends pères; des poutres énormes, des colonnes de la plus grande dimension , charriées sur les épaules ; d'incalculables richesses, ^voàmt àes est ancias ^ des chacras , des plantations de maté , de coton, de tabac, de riz, de canne à sucre, de blé, etc., déposées chaque jour dans les magasins publics , pour la communauté, .... tout cela au son de la Jïûte et àvi tambourin,,,, en cadence, — Voilà ce qui s'appelle comprendre la Bible ! — Dépêchezvous donc de mettre vos biens en communauté avec MM. les jésuites, pour avoir comme les Guaranis, une chemise commune^ un caleçon com-
mun , la ration commune et les pieds nus toute notre vie ! — Mais, mauvaises têtes que vous êtes , vous serez exempts de révolutions , vous serez garantis contre l'ambition de vos semblables^ vous serez heureux, — Merci. Vous rappelez- vous, par hasard, que votre bonne maman vous ait fait répéter ( quand vous étiez bambin , et que vous n'entendiez encore malice à rien) la fable du pot de terre et du pot de fer ? eli bien , le pot de terre, c'est nous et le pot de fer, ce sont les jésuites , ou ceux qni entendent la Bible comme eux... Croyez -moi , Jaites vos affaires vousm,êmes\ ne perdez pas de vue ce dogme fondamental de la liberté du peuple aux Etats-Unis :
« La proi^idence a donné à chaque individu le dégré de raison nécessaire pour qu'il puisse se diriger lui-même dans les choses qui l'intéressent exclusivement, )> — Telle est la grande maxime sur laquelle repose la société civile et politique du Continent américain \
» Le père de familie en fait rapplication à ses enfans, le maître à ses serviteurs, la commune à ses administrés, la province aux communes, Tétat aux provinces , et Vunion aux états. Etendue à l'ensemble de la nation, cette maxime est la plus haute expression de la souveraineté populaire. — Voyez l'ouvrage de M. Alexis de Tocqueville : Delà Démocratie en Amérique , 2 vol. in-S",
Hous séjournâmes deux mois aux Missions, allant et venant de San-Borja au Piratini, au confluent duquel était l'excellent M. Bonpland \ vivant en solitaire , logé à-peu-près comme le consolateur de Cliactas. L' ex-intendant de l'impératrice Joséphine, le voyageur célèbre, nous accueillit avec une bonté toute paternelle et s'efforça de contribuer , en ce qui dépendait de lui , au succès de nos cliasses et de nos récoltes zoolologiques. Quand nous partîmes de San-Borja, M, Bonpland se préparait à se rendre dans la province de Corrientes d'où il devait descendre ensuite à Buénos-Ayres.
Toute la campagne avoisinant le Piratini - est montueuse ? les pâturages sont très -convenables à l'éducation des chevaux , des mules et des bêtes à laine. Il s'y fait un grand commerce de mulets pour la province voisine de San-Paulo (St-Paul). Les grès rougeâtres , quartzeux m'ont paru former la base des coteaux. îl y a beaucoup de forêts de peu d'étendue^ mais fréquemment répétées; on les appelle capoes ^ ou inatos ,
1 Au rincon de Scm-Juan-Miri.
2 Rivière de 4e ordre, comme ie camacua.
3 Singulier, ca^^ao (prononcez capaon, capaons). C'est au milieu de ces bois que se font les cultures de maïs ou autres ; ils prennent alors ie nom de roça ou de roc ado.
suivant leur étendue; c'est ce qu'on nomme islas dans la province de Corrientes.
Le 4 février 1834, nous prîmes congé de \ MM. Ingres et Serni pour profiter d'une caravane ou troupe de charrettes retournant à Rio- Pardo. Cette caravane se composait de sept charrettes dont trois étaient couvertes , attelées de huit bœufs chacune , plus trente autre bœufs et huit chevaux marchant en troupeau devant nous pour les relais. Outre mes deux compagnons et moi , le personnel se composait du tropero ou capataz (contre-maître) et de quatre arreadores (piqueurs) dont deux étaient nègres et un Indien ; le capataz et un arreador étaient Brésiliens. Nous cheminions tantôt à cheval, tantôt à pied, ou en charrette.
Le 10, à la hn du jour, nous arrivâmes sur la rive gauche de la Guaïaraça , petite rivière coulant sur un lit de grès rouge; elle prend sa source, non loin de là , dans les montagnes , et , après s'être grossie de nombreux ruisseaux , elle va se jeter au nord-ouest, dans le Camacua ; il n'y avait alors que quelques pouces d'eau, mais aux moindres pluies elle déborde beaucoup dans les plaines adjacentes et son cours devient rapide.
J'estimai que nous avions parcouru quatorze à quinze lieues au sud-est de San-Borja. Ce pays est montueux , alternant fréquemment avec des vallons profonds et des côtes à pente raide. Sol de transport et de sédiment; des grès grossiers recouverts d'un peu de terre végétale. C'est à ce ruisseau que commence, ou aboutit, laiSerm, chaîne de montagnes appartenant à la Serra-do- Mar, ou chaîne orientale du système brésiliens.
Le 1 1 , à trois heures du soir, nous commençâmes à gravir des côtes qui pouvait avoir soixante toises d'élévation ; les points de vue étaient variées , on découvrait une étendvie d'au moins dix lieues de pays au nord et à l'ouest ; beaucoup de forêts de peu d'étendue mais épaisses et multipliées dans les lieux humides et sur la pente australe des côtes.
Environ à vingt lieues dans le sud de la Guaïaraça se trouve Alegrete petite ville frontière de la province de Rio-Grande avec la Banda-Oriental ; elle est située, suivant les renseignemens que j'ai pu obtenir , par les trente dégrés dix minutes de latitude (sauf erreur) , sur la rive droite du
Garapuytao , petite rivière nommée Ybiripita par les Guaranis et qui va se jeter , au nord , dans l'Ybicuy. Cette petite ville, toute nouvelle , est assise sur des collines rocheuses , produisant des pâturages extrêmement nourrissans. On y élève beaucoup de bestiaux , de mulets très-renommés. Le commerce y est actif. A quelques lieues , vers le sud, il y a des montagnes riches en métaux; une d'elles contient une mine d'or d'une exploitation facile.
Le 13 au soir nous arrivâmes dans un parage, delà cima da Serra^ appelé Boqueron-de-Santiago, à environ treize lieues sud-est de la Guaiaraca. Trois on quatre chacaras et estancias à l'entrée d\m vallon boisé, où coulait un ruisseau limpide ; passablement de bestiaux , paissant dans les plaines ondulées, formaient un petit paysage animé. — Culture de maïs , de mandioca, de tabac , de haricots noirs et autres légumes. — Beaucoup de perroquets à gorge et ventre violets (^acamaille vineux); une autre belle espèce, vert tendre à front, épaulettes et caisses rouge vif, vi vant par bandes ; Vépervler à larmes et le petit épermer-varié ; F oiseau-mouche vert-doré ; des troupiales noirs ; des cathartes aura et urubu étaient les seuls oiseaux qu'il y avait dans cette localité oii nou§
restâmes quatre jours à répai'er des essieux brisés \
Le 17 nous arrivâmes dans la partie de la Cima da Serra la plus bouleversée, la plus agreste, mais aussi la plus pittoresque. Ici des forêts antiques où domine le gigantesque Timha - iwa dont le tronc creusé sert à faire des pirogues de la plus grande dimension, im ruisseau d'une eau claire et limpide , des chamnières de pauvres moradores ( liabitans ) isolées au fond d'un large et j)rofond vallon, où paissaient quelques vaches et quelques moutons ; des roches escarpées menaçant le voyageur, des coteaux récemment brûlés , audessus desquels planaient silencieusement des vautours aura; d'autres encore couverts de hautes graminées ( andropogon ) aux tiges d'or, destinées à être aussi la proie des flanunes dévorantes , étaient les principaux détails d'un vaste tableau dont l'œil saisissait à peine les contoiu^s ^
i II y a beaucoup de fi'agmens de grès quartzenx uryiJifère endurci (no 6), formant de nombreux blocs allongés , servant à aiguiser, et se trouvant disséminés sur un sol argilo-calcaire contenant en outre du silex noir, des géodes, rognons, cristallines, etc.
1 Les roches sont toutes de grès variés en espèces 5 mais ceux qui dominent, sont les grès quartzeux tendres , rougeâtres tXjuxmâtres , avec d'autres d'un gi-ain plus fin, plus dur et lustrés. Des raqnlicules
Le 1 8^ nous descendîmes dans une vallée profonde, sablonneuse, bordée de grands bois très- épais , dominés de toutes parts par d'immenses blocs de grès , penchés sur la vallée comme des édifices prêts à crouler. Une autre caravane nous avait rejoints pendant la nuit de sorte que les éclios de ces montagnes retentissaient bruyamment des cris sauvages des arreadores animant continuellement les bœufs du geste et de la voix , et plus encore du cri indéfinissable des essieux de bois échauffés par le frottement. — Pâturages abondans, herbages très-épais , mais dépourvus de saveur et de qualités nutritives, car les habitans de ces montagnes sont obhgés de donner , quatre à cinq fois l'an, du sel à leurs bestiaux, pour les exciter à manger, et les animaux le recherchent
sont composés uniquement d'argile lerrugineuse rouge , comme aux environs de San-Borja^ point de cristallisation. Nous nous arrêtâmes près d'un ruisseau coulant au milieu des rochea massives de grès , sur un fond d'une matière rouge de sang , cellulaire , assez semblable à l'hydrate de fer, mais si dure que je ne pus en détacher un seul fragment. Je fus tenté de la prendre pom- une lave, quoiqu'il n'y eût aucune apparence de volcan aux environs. Un peu avant d'arriver à cette localité, j'avais trouvé dans un torrent de petites masses de pouzzolite (scorie rouge décomposée), consistante et endurcie par de ia zéolite (déterminé par M. Cordier). Plus des petits biocs de calcaire concrétionné renfermant de l'argile rougeâtre, vraisemblablement d'origine volcanique , et enfin de la rétinite noirâtre. Dans les forêts je recueillis deux espèces de capillaires , qu'on rencontre aussi aux Missions, Yadiunthum cupillus veneris^lÀn. eiï adicmihiun affine Spp. avec plusieurs autres cryptogames intéressans. /in r-'
avec avidité. Nous avons vu des vaches et des bœufs venir autour de nos charrettes , les suivre îong-tems , les lécher de toutes parts comme pour nous montrer le besoin urgent qu'ils avaient de manger du sel. Après leur en avoir donné, les mor^adores de la Serra ont la coutume de brûler certains végétaux alcalins et de leur en faire manger la cendre ; cela les purge et les dispose à engraisser » .
Il y a peu d'iiabitans dans cette partie de la Serra. Ceux qu'on y rencontre sont de pauvres gens laborieux, mais non industrieux, ayant obtenu des concessions gratuites de terrein au milieu ou à proximité des bois ; ils vivent ou plutôt ils végètent avec leurs familles, aidés par une nature vivifiante et l'aménité d'un climat salubre. Ils cultivent un peu de maïs , de mandioca , des haricots, des pastèques, {sandias) dans la saison. Ils ne peuvent élever beaucoup de bétail , par la difficulté de se procurer le sel nécessaire à sa nourriture. Cet inconvénient , dû entièrement à la qualité des pâturages est général dans tout le hautpays du Brésil , ainsi que dans une partie de la
1 A Buenos- Ayres , j'ai vu les Gauchos recourir à ce moyen pour se purger; ils fesaieiit rôtir de la viande, la saupoudraient de cendre la mangeaient, puis après ils buvaient une grande quantité d'eau.
Banda- Oriental ; mais dans cette province , il n'y a guère que sur la Serra , et surtout entre le Jaguarf et la Guaïaraça que le besoin de sel se fait impérieusement sentir ; parce qu'il existe dans les autres endroits vme argile limoneuse , salpêtrëe , appelée barro , (glaise) , que les animaux mangent avec la même avidité que le sel ' . Il serait facile de remédier à l'inconvénient du manque de sel avec des moyens suffisans pour en faire venir, soit par la voie de l'Uruguay, etdel'Ybicuy, soit par celle de Porto -Alégre et du Jacuy ; alors on pourrait former des établissemens fort avantageux dans ces montagnes pour l'éducation des bestiaux, des mulets principalement.
Après avoir suivi la vallée , dans la direction de l'est, l'espace de deux lieues, la roule tourne au sud en gravissant de nouveau les montagnes ,
1 Les terrains où se rencontre cette glaise , sont appelés harreros par les Espagnols, et barreiros par les Portugais, M. Auguste Saint- Hilaire dit qu'il en existe dans la province de Minas- Geraes et particulièrement dans le sertao (désert); c'est une chose très - importante pour les estancieros. Les bestiaux de la Serra ont souvent à souffrir beaucoup d'un insecte connu au Brésil sons le nom de carrapatn ; il est de l'ordre des parasites, genre Hcinus de G. {ixodes de Latr.) et il incommode les hommes autant que les animaux. En 1834, il s'était propagé de telle sorte, qu'il était devenu un véritable fléau ; les bestiaux en étaient couverts et ils mouraient en peu de jours. On avait offert une forte récompense à celui qui trouverait le moyen de détruire cet insecte.
alors on arrive sur un nouveau plateau, et l'aspect du pays change complètement. On descend continuellement, l'espace de cinq à six lieues, jusqu'à la rivière Jaguary-Guazu, Le sol n'est plus caillouteux ; on ne voit que du sable fin , blanc comme neige en beaucoup d'endroits et rouge dans d'autres; ce dernier est inférieur au premier , dans la superposition des couches * . Eu descendant , nous traversâmes le hameau de San- Francisco^ où il y avait jadis une chapelle et une petite peuplade de Guaranis, relevant des Missions. U n'y a plus à présent que dix ou douze chaumières et trois ou quatre maisons en charpente couvertes en tuile rouge. Néanmoins, de i^owN esimLpoi^oadores (fondateurs) commençaient à s'y établir et à cultiver les terres ; il y avait même deux vendas (pulperias), ce qui ne manquera pas d'y attirer d'autres 77iora^;?ore5 des montagnes. Ce lieu est convenablement situé sur un
1 Etude géologique d'un ravin de 20 pieds de profondeur, sur ce plateau de la Serra. Terre noirùlre^ provenant du détritus des végétaux, 2 à 3 pieds ; subie blanc, fin, compacte, 6 pieds; sable rouge, mélangé d'argile, 2 pieds ; arijile limo?ieuse ou glaise, 2 à 3 pieds ; une roche tendre, en formation, d'une jolie couleur rose, marbrée de jaune, provenant du mélange des couches de sable rouge et blanc, unis paiun ciment argilo-calcaire en dissolution dans l'eau du ravin, formait le fond et s'étendait tiès-avanl. Près de ce ravin, un monticule marneux. Du reste peu de calcaire; toutes les montagnes, les mornes isolés ne m'ont offert que àes yrès variés en espèces.
petit plateau , traversé par la route des Missions, dominant une grande étendue de pays , entouré de forêts, de ruisseaux et de pâturages; à proximité du Jagjiarf'GuazUj affluent de VYhicuf ^ ce lieu deviendra bientôt le marché des hameaux et des estancias de la Serra des Missions.
A une lieue du hameau de San-Francisco , nous passâmes une petite rivière appelée Jaguary- Min (petit Jaguary): elle coule sur du sable blanc et déborde aux moindres pluies; mais son jDCu de profondeur la rend guéable en tout tenis.
Le 19, nous avions la Serrai notre gauche. Après avoir monté et descendu souvent , tourné des mornes isolés couverts de forêts sombres, nous arrivâmes sur la rive droite du Jagumy- Guazu (grand Jaguary), rivière de troisième ordre, dont les environs sont magnifiques; elle prend sa source dans la Serra ^ vers le nord- est ^ , et va se jeter, après bien des détours, dans l'Fhicuy-Guazu au sud- ouest.
1 A partir du rio Toropy la Serra fait un grand zig-zag en s'écartant un peu de la ligue ev^ et ouest, vers le nord; puis elle redescend au svd-ouest, entre le Jaguary et la petite rivière Guaïaraca, en se ramifiant et s'étendant beaucoup vers la Banda-Oriental et les Hautes- Missions. Sa masse principale, non iiiierrompue^ est entre le hameau de San-Francisco et le hoqueron de Santiago.
Le Jaguary était fort bas , heureusement pour nous , car il eût été difficile de le passer sans accident. Dans cet endroit (le passo) il coule sur un fond de sable et de galet ; les bords , ayant près de vingt pieds d'escarpement sont de sable blanc à gros grain ; la rive gauche semble une dune, tant le sable y est amoncelé. Malgré l'escarpement de ses rives , cette rivière déborda dernièrement , dans les plaines voisines , à une hauteur de quatre ou cinq pieds au dessus de son lit naturel.
Les cailloux roulés et les blocs épars dans le fond du Jaguary sont tous de grès d'espèces différentes. Une partie considérable de la rive gauche, mélangée d'argile et de sable, éboulée, détachée , entraînée au milieu du lit et l'obstruant , avait déjà pris une consistance pierreuse ; quelques parties même , battues par les courans , étaient lustrées *. Mais ce qui m' étonna davantage , moi , qui cherchais à prendre la nature sur le fait^ c'est que je retrouvai là , sur la rive droite, une roche de grès marbré, ou bigarré, semblable à celle que j'avais observée en Jormationà^ns un ravin de la Serra, C'était, à la superficie du sol y
' A et B n" 10 des échantillons déposés au muséum .
un grès quartzeux argilifère tendre, bigarré de jaune et de rouge , et au-dessous , jusques trèsavantj probablement, le même grès , avec les mêmes couleurs , mais très-dur , lustré , et non argilifère *.
En face du gué, à distance d'un quart de lieue , une montagne , isolée dans la plaine verdoyante , s'élève à plus de cent toises de hauteur et paraît une immense forteresse élevée pour défendre le passage et protéger la plaine. Sa forme est exactement celle d'un catafalque, pouvant avoir une soixantaine de toises de longueur , au sommet, sm^ une dixaine de toises de largeur, tandis que les croupes s'étendent beaucoup de chaque côté, au nord et au sud. La partie prêtant face à l'ouest est boisée irrégulièrement et laisse voir des clairières verdoyantes. La roche,
2 Nos 10 bis et 10 ter. id.
En géologie , le mot roche ne s'emploie pas seulement pour désigner un amas pierreux très-dur, comme on le comprend communément ; il désigne aussi un amas de substance minérale simple , ou coînposé, de quelque étendue. L'écorce minérale , ou la partie commue du globe terrestre se divise en terreins, dont chacun est formé par un certain assemblage de couches ; ces couches sont composées de masses minérales appelées roches , et ces roches le sont à leur tour de substances minérales simples, La roche qui contient des substances utiles , telles que des métaux, est appelée minerai. Les terreins appartiennent à diverses formations on périodes^ caractérisées par la nature des fossiles qu'on y rencontre.
(qui m'a paru quartzeuse) mise à nu vers le sommet, forme une corniche occupant toute la longueur, et est recouverte, à la cime, par un tapis de gazon toujours vert. La partie prêtant face à l'est était une forêt épaisse. Des croupes et du pied de cette jolie montagne partent en divergeant, des ruisseaux et des sources, ombragés de grands arbres. La plupart des ruisseaux vont au Jaguary , après avoir serpenté dans la plaine ; cette rivière, enclavant depuis le nord-est jusqu'au sud-est toutes ces prairies , contribue beaucoup à la beauté du paysage. Un peu plus loin , vers le sud-est, une autre montagne isolée , de la même hauteur, ou à-peu-près, que le catafalque, présente l'aspect d'un cône affaissé, mais si couvert de forêts jusqu'à la cime, qu'il en paraît tout noir. — Sur la rive gauche du Jaguari était alors une estancia, avec venda; sur la rive droite, mais à quelque distance de la rivière et sur une autre colline, une autre estancia couverte en tuile rouge, fabriquée sur les lieux.
En partant du Boqueron nous avions fait cinq lieues au nord - est , quatre et demie au sudest, et ensuite quatre lieues à l'est; en tout treize lieues et demie (approximativement) , du Boqueron de Santiago jusqu'au passo du Jaguary -Guazu.
On rencontre dans cette localité beaucoup de singes du genre alouatte^ appelés par les Brésiliens bugios K Nous tuâmes un vieux mâle trèsbarbu , presque rouge ; la femelle que nous blessâmes, était d'une teinte blanchâtre, comme celle du hurleur noir; quant au jeune mâle de moins de deux ans, il variait en couleur depuis le blanc jusqu'au marron-roux. Nous en retrouvâmes fréquemment , dans tous les grands bois , jusqu'à Porto-Alègre , par les 30^ de latitude et je puis affirmer positivement qu'il y en a au sud de Cassa-jyava^ sous la 31*^ parallèle, ce qui est contraire à l'opinion d'un célèbre voyageur, qui pense que la limite géographique des singes est le 27^ degré , dans la partie australe du nouveau continent. J'ai vu, déplus sur le/<2cwr, entre Rio- Pardo et Porto- Alègre, une espèce de ouistiti assez commune , quoique le froid y soit vif pendant
1 C'est Valouate-ourson (stentor-ursimis) du Muséum. Je n'ai pas vu ce hurleur dans la Mission de San-Borja , où l'on ne trouve , je crois que le cffra?/a de Az. : [stentor-caraya) . Comme les carayas, les oursons grimpent par bandes au sommet des grands arbres (les cèdres principalement, et poussent, au lever, au coucher du soleil , <. t même dans la journée , surtout lorsqu'il doit pleuvoir , des hurlemens épouvantables qui augmentent progressivement comme une bourrasque de vent et cessent tout-à-coup pour faire place à un court silence ou à un grognement semblable à celui d'une troupe dfc cochons. On m'a offert, chez M. Bonpland , une femelle de caraya. Elle était d'un gris blanchâtre tirant sur le jaune paille, dans les parties supérieures du dos.
î'iiiver. Un de mes amis (M. Zambeccary) en emporta un vivant au mois de juin à Buénos-Ayres. Les coatis sont aussi très-nombreux dans les mêmes localités. Les nègres de Porto-Alèsre en vendent de fort belles peaux, ainsi que de hugios % pour des bagatelles.
Les chacaras , les estancias sont multipliées dans cette localité. Le sol est composé d'argile jaune et rouge , contenant des parcelles de mica. J'observai dans les ravins que les grès déformation récente ainsi que ceux qui n'ont pas encore acquis la dureté des pierres, se trouvent presque toujours au-dessus d'un banc ^argile , recouvert lui-même d'un banc de sahle , ou vice-i>ersa ; d'où je conclus que c'est l'infiltration des eaux dans ces substances qui prépare le ciment nécessaire à leur union intime, de manière à former un corps compacte, se durcissant de plus en plus avec le tems , et le grain doit être d'autant plus fin qu'il y a moins de sable dans le mélange. Je remarquai beaucoup de grès arénacé , suffisanunent poreux pom^ faire des pierres à filtrer ; mais les habitans de ce pays favorisé de la nature , n'ont pas besoin de se donner ce travail ^ chaque bois, chaque vallon
* Prononcez hotigios ; les nègres les appellent bvjus.
renfermant un ruisseau ou une source cFeau cristallisée , invitant à boire par sa fraiclieur et sa transparence.
Le 21 , le tems était nuageux; le vent, d'abord nord, passa au nord- ouest, puis à l'ouest vers le milieu du jour et souffla avec force. La chaleur devint suffoquante. Un orage se forma dans le sud et monta rapidement vers le nord , au-dessus de la Serra , où il éclata sur les cinq heures du soir. Alors il plut abondamment ; nous admirâmes les étonnans effets de nuages , fortement condensés , passant comme des colonnes de fumée entre les pics des montagnes et les forêts dont ils sont couverts.
Nous passâmes pai^ le hameau de San-Vicente, Une chapelle , une vingtaine de familles d'Indiens-Guaranis, dirigées j)ar im lieutenant brésilien, dépendant du commandant de Saô-Borja, en formaient la population. Ce n'est proprement qu'une estancia^ restée par miracle entre les mains des Guaranis ; celle-ci dépendait de la Mission de San - Miguel. Les herbages y sont meilleurs que dans la Serra. A partir du Jaguary , ils ont moins de hauteur, sont plus nourrissans , paraissent avoir plus de saveur; on y trouve
probablement des harreiros^ car les bestiaux engraissent sans le secours du sel. Le terrein est très-sablonneux, ondulé, les arbres, moins vigoureux, sont envahis, de la cime jusqu'au pied, par des lichens , des mousses lichëneuses et des plantes parasites.
Entre Saâ-Vicente et le Toropf, je commençai à rencontrer, sur les collines, de nombreux débris organiques appartenant au règne végétal , à l'état fossile. C'étaient des troncs d'arbres siliceux, dicotylédones^ de trois à quatre pieds de longueur. La route en était pavée , ainsi que de grès et de galets de silex noir. J'eusse désiré pouvoir faire quelques excavations , parce qu'il est probable que ces collines sont formées , en grande partie , de débris de cette nature et qu'on devait y rencontrer des ossemens d'animaux. Je pris plusieurs beaux fragmens de ces bois , qu'on peut voir au Muséum ; on en trouve sur une étendue de plus de quarante lieues. — A la fin du jour nous arrivâmes sur la rive droite du Toropj , rivière de quatrième ordre ( toujours comparativement à l'Uruguay ) ; la pluie tombait avec force et le tonnerre grondait avec fracas dans la Serra , que nous aidions à notre gauche , à distance de trois ou quatre lieues. Craignant, avec raison, que ces
pluies d'orage ne fissent eniler promptement la rivière , nous conseillâmes au Tropero de tenter le passage ; ce qu'il se détermina à faire malgré l'obscurité profonde dont nous étions menacés.
Le passage du Toropy est très-mauvais en tout tems mais plus particulièrement à la suite des pluies. Du côté de l'ouest, on traverse un bois sombre , entrecoupé de saignées profondes et boueuses avant d'y arriver. Le fond du lit est de sable mélangé de galet, par places ; la rive gauche, élevée de douze à quinze pieds , est formée d'un banc de glaise unie à du sable et, conséquemment, fort glissante en tems de pluie , aussi est-ce un véritable écueil pour les troupes de charrettes. Ce fut avec lui mal incroyable que nous parvînmes à passer ; on fut forcé de mettre jusqu'à huit paires de bœufs. . et malgré la force qu'ils faisaient, l'une des charrettes de la caravane versa en montant ; une autre resta embourbée fort long-tems, ce ne fut que très-avant dans la nuit , et à force de boeufs , de travaux autour des roues qu'on parvint enfin à la tirer du mauvais pas. îl plut toute la nuit; nous étions dans un état pitoyable, et pour comble de disgrâce, il fut impossible de faire du feu.
Ce n'est pas un petit travail que de relever une
de ces charrettes î il faut d'abord enlever les cuirs , les fardeaux de crin ou autres denrées dont elle est chargée, attacher des cordes au sommet du ioldo (toiture légère , arquée , mais trèsélevée, dont elles sont couvertes), puis atteler un grand nombre de boeufs pour la mâter ; mais on ne réussit pas toujours du premier coup.
Le lendemain je descendis dans le lit du Toropy et je trouvai une grande quantité de fragmens de bois fossiles, roulés, d'espèces variées ; plus de la moitié des galets étaient de cette nature.
Nous avions fait environ neuf lieues , du Jaguary jusqu'au Toropy , d'abord au rumb nord-est , puis est , puis est-sud-est auprès du passage de cette dernière rivière.
Le 22 , à onze heures du matin nous nous remîmes en route pour gagner le passage de l'Fhicuf , distant seulement de deux lieues et demie de celui-ci. Nous eûmes à traverser une plaine basse , fort marécageuse , remplie d'oiseaux aquatiques. Jamais je n'avais vu tant d'oiseaux réunis, et d'espèces si variées; c'étaient surtout des ^bis , des hérons , des grues ; ce joli héron flûte
du soleil de Az/ : {^ardea cyanocephala de Lin): des poules d'eau, le râle géant , des bécassines, (rhyncliées) des vanneaux armés, des canards etc.
Nous chassâmes tout le long de la route , au milieu des criques, des lagunes et des joncs: nous tuâmes un catharte aura et trois mandurrias couleur de plomb (d'Az. )
On rencontre plusieurs mauvais pas avant d'arriver à \ Yhicur\ un, entre autres , qui pourrait bien passer pour ime rivière par sa profondeur.
\JYbicuy est ici^ une rivière de quatrième ordre, venant du nord-est, où elle prend sa source, au milieu de \à. Serra. Après avoir coulé, l'espace de douze ou quinze lieues, parallèlement à la cliaine de montagnes , elle dirige son cours au
1 Très-bien nommé ainsi , cai" j'ai eu le tems de Fobserver aux Missions, où il est extrêmement commun, et, tous les matins, nous l'apercevions , perché sur un arbre sec, le cou droit, verticalement tendu, regardant le soleil et faisant entendre un sifflement prolongé , doux et mélancolique, semblable à des notes détachées d'une flûte, et répétés plusieurs fois sur le même ton. Il se tient près des habitations.
<î.\A.mandxiTria ou ciimccm^ proprement dit, [Tantale albicollis de Lin.) est commune ans Missions et dans l'intérieur de cette province. On l'entend, matin et soir, à une grande distance. Lorsque je chassais aux bords du Caraacua , je les voyais partir des bois, le matin, aller bien loin dans les plaines, puis revenir le soir au même gîte, en tenant presque toujours le même chemin.
sud- ouest pour se réunir à l'Uruguay , se, grossisant de plus en plus du tribut de nombreux affluens. Il paraît, si j'en dois croire les renseignemens recueillis sur les lieux, que c'est à tort qu'on désigne cette rivière sous le nom de mini ou miri (mots guaranis signifiant petit ou petite), car on affirme que c'est la même qui se rend directement à l'Uruguay, après avoir reçu les eaux du Toropf , du Jaguarj et d'une infinité d'autres rivières , d'un ordre inférieur , tant du nord que du sud. Il n'y aurait rien d'étonnant à cela puisque la chaîne de montagnes ( la Serra ) est indiquée sur toutes les cartes (même sur celles de Azara) comme se dirigeant au sud, entre le Jacuy elYYhicuy-mri ^ limàis qu'au contraire elle suit les rumbs est et ouest jusqu'au-delà du Jaguary. Il y a donc une rectification importante à faire sur les cartes.
Le passage de YYhicuy est très-facile à effectuer en basses eaux, parce que ses rives , toutes de sable pur, sans mélange de galet ni de pierres quelconques, sont faciles à gravir.
La pluie de la veille l'avait déjà fait croître suffisamment pour nous contraindre à décharger nos bagages et à les placer au-dessus du toldo de
notre charrette ; nous fumes heureux d'avoir nos collections enfermées clans des caisses de ferhlanc ^ car, dans le cas contraire, elles eussent souffert beaucoup , l'eau étant entrée de deux \ pieds dans la charrette. Les bœufs étaient à la nage. Le jour suivant nous n'eussions pu passer, parce qu'il n'y avait aucune pirogue pour transporter les marchandises , ce qui eût obHgé à attendre la baisse des eaux. On conçoit que c'eût été fort peu récréatif de rester là comme Gaspard l'avisé.
Les deux lieues et demie que nous eûmes à faire au milieu des marécages , furent au rumb sud.
Le 25 fut employé à faire sécher les cuirs , mouillés pendant le passage , et à carnear ( faire de la viande).
Il y avait une estancia à deux portées de fusil du passo^ sur une colline se prolongeant de l'est au sud-ouest. La qualité des pâturages augmente déplus en plus, ils sonttrès-nourrissans ; le bétail engraisse vite , le besoin de sel ne se faisant plus sentir, à partir du Toropy. — Peu de variété dans la végétation , mais de jolies graminées avec
de nombreuses syiiantliérées flosculeuses de couleur bleue j des solanées jaunes , des verbenacëes bleues , parsemées au milieu de la verdure des prés.
Dans r Ybicuy , le poisson est abondant j ainsi que dans toutes les rivières et ruisseaux que nous traversâmes.
11 passe fréquemment des troupeaux de bœufs et de vaches que l'on conduit aux charqueadas ^ dans les environs de Rio-Pardo. Il passa plus de douze cents vaclies pendant les deux jours que nous restâmes là. C'est une chose curieuse à voir que ces passages : les effets des arreadores (piqueurs, conducteurs) se placent dans un cuir, dont les bords relevés forment une petite nacelle surnageant très-bien. Un Indien, ou tout autre, à la nage , la conduit au moyen d'une corde qu'il tient à la main ; nous vîmes faire ainsi huit voyages de suite au même Indien, sans s'arrêter, sans qu'il parût fatigué; le trajet était pourtant d'auiiioins quinze toises. Les autres peones passèrent sur leurs chevaux , à poil nu, prenant la précaution de se laisser glisser le long des flancs du cheval, et se tenant de la main droite à la crinière tandis que de l'autre ils nageaient et
dirigeaient l'animal en le frappant à la tête^ Quand le passage est difficile, soit par une crue excessive, soit par un courant trop violent , et qu'un homme ne sait pas nager suffisamment pour se risquer, il se place dans le cuir, avec les effets et une partie des bagages , cela s'appelle passer en pelota^ parce qu'en effet, le cuir relevé par les bords ressemble à mie pelote ; la corde s'attache à la queue d'un cheval et il passe ainsi non sans danger, car si le cheval est mauvais nageur ou peu docile ou fatigué , la pelote de cuir court grand risque de s'emplir d'eau ou d'être emportée avec l'animal. C'est ainsi que périt malheureusement le docteur Frédéric Sillowavec deux de ses compagnons de voyage^ en passant une grande rivière débordée, de la province de Saint-Paul.
Les environs du Toropy et de l' Ybicuy ne sont pas , à beaucoup près , aussi agréables que ceux du Jaguary et du Jacuy ; je ne les crois pas non plus très-sains. Cependant les montagnes de la Serra ^ couvertes de forêts, qu'on aperçoit dans le nord-ouest du Toropy et le nord-est de l' Ybicuy sont d'un aspect imposant. Tout le pays s'étendant au-dessous de ces montagnes, c'est-à-dire, à l'est, au sud-est , et au sud-ouest, présente de
grandes plaines basses , marécageuses, terminées par des collines peu élevées , couvertes d'excellens pâturages.
Les terreins sont d'alluvion , composés uniquement de sable, de terre limoneuse, de galets quartzeux, de bois fossilisé et d'argile diversement colorée; point de calcaire du moins à la superficie.
Le 24^ nous tuâmes, dans l'Ybicuy, un jacaré (caïman) long de sept pieds. Ils sont communs dans toutes ces rivières , et même les lagunes ; quelques uns ont quinze pieds de long ; ceux-ci tuent des vaches, des chevaux, des mulets qu'ils entraînent au fond des eaux en les tenant par le museau, et quand les membres commencent à se désunir par la putréfaction ils en mangent les chairs.
Le 25 , beau tems, mais orage ux ; vent de nord, brûlant. Le thermomètre Réaumur marquait à une heure vingt-neuf degrés et demi , à l'ombre, et au soleil quarante-six degrés deux tiers. En route à quatre heures du matin ; rumb nordest ; suivi la rive gauche de l'Ubicuy l'espace de cinq lieues dans la plaine marécageuse. Le clie-
min est affreux, fréquemment coupe par des mares, des fossés profonds et boueux. — Déchargé plusieurs fois les charrettes pour passer des ruisseaux débordés, ayant cinq à six pieds de profondeur. Quand l'Ybicuy déborde, toute cette plaine est inondée ; on suit alors une autre route, passant au-dessus des collines vers l' estsud-est, mais elle est beaucoup plus longue. Nous mîmes sept heures à faire trois lieues dans ces marécages.
Vers cinq heures du soir un orage qui s'était formé dans l'est, passa dans le nord puis éclata. Le plus fort de la pluie tomba dans la Serra où la grande chaleur concentrée la fit à l'instant vaporiser, et nous vîmes des nuages épais s'élever de terre et rester suspendus à quelques centaines de pieds au dessus des forêts. A neuf heures du soir, il s'éleva un vent du sud assez violent qui balaya tous les nuages et l'atmosphère resta pin^e et diaphane.
Le 26 , beau tems ; le vent , nord-est le matin passa au nord vers le milieu du jour; alors la chaleur redevint excessive, l'atmosphère se chargea de nouveau de nuages épais et il se forma bientôt un nouvel orage qui éclata sur les huit
heures du soir ; mais il dura peu, le vent de sudest souffla fortement comme la veille.
Après avoir suivi les bords marécageux de l'Ybicuy l'espace de cinq lieues au nord-est, la route tourne à l'est, en montant par des coteaux disposés en ampliitéâtre , jusqu'à une estancia où les voyageurs s'arrêtent ordinairement.
Dans la plupart des estancias ou des fazendas il y a un ranclio ouvert , sans autres meubles qu'un baril ou une cruche d'eau, une corne, une banquette ou deux , et quelquefois , mais rarement , un lit de sangle fait avec des lanières de cuir non tanné: c'est ce que les Brésiliens appellent casa dos hospedes (maison des hôtes). Le voyageur, à cheval ou à pied, s'approche de l'habitation principale , mais toujours en deho?^s des balustrades dont elles sont entourées , et dit Oh! de casa!,,, ou bien, le plus ordinairement, Cristo ^ ! Alors le maître ou lui capataz se présente et dit: pode V. M^^^. apear (vous pouvez mettre pied à terre) ou bien, brusquement pode c?2fmr ( entrez ) ; mais il y a loin de l'urbanité
1 Les Argentins et les Orientalistes disent are maria purissima ! et Ton répond de Fintérieur sin pecado concehida.. . Pase l'd, adeJante^ caballero; entrez monsieiu".
des Brésiliens de la province de Rio-Grande à celle des Orientalistes, surtout sur la route des Missions à Porto- Alègre. On fait passer le voyageur à la casa dos hospedes et là , il est servi par un nègre esclave , ou un Indien , sans communiquer davantage avec la famille de Vestanciero ou du Jazendeù^o.
Ici recommencent les forêts, les liauteurs, les jolis sites, les points de vue étendus; on trouve aussi très-fréquemment des chaumières sur le passage.
En route, vers quatre heures, — Notre manœuvre de chaque jour était, de partir au lever du soleil , quand on avait pu réussir à rallier tout le troupeau de bœufs et de chevaux épars dans la campagne, et de marcher jusqu'à onze heures ou midi; alors on choisissait un endroit à proximité d'une source , d'un ruisseau , d'un marais , ou d'un bois , pour camper ; les charrettes de la caravane se plaçaient de fi^ont sur une même ligne , les bœufs étaient lâchés dans la campagne , et l'on faisait la cuisine pour dîner; elle consistait en un morceau à'assado , avec de la farine sèche (de niandiocd), ou en un guisado fait dans une marmite avec de lia graisse et de la farinha
détrempée. Après le dîner on dormait à l'ombre sous ime charrette , jusqu'à ce que le fort de la chaleur fût passé; je mettais cet instant à profit pour chasser aux insectes ou aux oiseaux, et pom^ sécher les plantes recueillies en route. Vers trois ou quatre heures on rassemblait les bœufs et les chevaux, portant tous un nom distinctif; on enlaçait ceux qui devaient travailler et l'on marchait jusqu'à huit ou neuf heures du soir, pour camper de nouveau et faire à souper : nous mangions ordinairement des feijoes pretos (hai^icots noirs), cuits avec un morceau de charque^ et saupoudrés dans la gamelle avec de la farinha. Tout le monde mang eait au même plat ; nous ne buvions jamais en mangeant , mais après le repas un nègre apportait un chifre (corne) plein d'eau, et chacun buvait à la ronde ^ ; celui qui se fut dérangé pendant le repas pour aller boire eût com^u le risque de se hrosser le ventre au retoiu^; car les animaux de proie ne mangent pas avec plus de voracité que les Brésiliens do campo. Quelquefois nous régahons le tropero d'un morceau de fromage et d'un coup de cachaça\ alors nous étions bons amis et il nous donnait des preuves manifestes de son amitié par les nombreuses 11a-
1 Voyez la note K.
tuositës que son estomac en travail laborieux laissait échapper avec bruit : c'est, du reste, passé en usage dans la bonne compagnie; c'est l'accompagnement obKgé du jeu du cure-dent^ ou de la pointe du facaô (couteau-poignard) qui en tient lieu.
Le 27, nous traversâmes le hameau de la Po/'terinha , ainsi nonmié à cause d'une ancienne porte d'esfancia , du tems des jésuites, dont on voit encore desvestiç^es. Les chétives demeures de ce hameau ne sont pas groupées ensemble , mais disséminées à de grandes distances, comme dans la plupart des villages et des districts de ces contrées. De ce lieu on aperçoit , dans le lointain , la chapelle de Santa-Maria da Serra , assise sur ime croupe du versant austral de la Serra ; il peut y avoir six Heues de distance dans l'est.
Même terrain argileux ; toujours des bois fossiles et des forêts multipliées.
28. Tems couvert ; vent nord- est, température douce ; pluie par intervalles.
Nous observâmes des effets d'évaporation ad-
mirables au-dessus de la Serra , que nous avions à notre gauche k distance de trois ou quatre lieues. Toutes les montagnes de la Serra-do- Mar, ou Serra- Gëral , sont couvertes , dans la partie regardant le sud et Yest^ de forêts épaisses. Il parait qu après plusieurs jours de chaleurs excessives ces forêts s'échauffent considérablement , car nous avons remarqué que les pkries d'orage , qui venaient à tomber se vaporisaient immédiatement ^ en s' élevant comme un rideau de gaze dans une décoration théâtrale. Ces vapeurs se condensent bientôt en nuages épais au-dessus des montagnes et for ment de beaux arcs-en-ciel, quand la température est froide , mais si la chaleur continue à raréfier l'air et que le soleil darde de ses rayons brûlans ces nuages vaporeux , alors ils se résolvent de nouveau en pluie fine, retombent dans les mêmes montagnes, forment des torrens, de nombreux ruisseaux, et contribuent au débordement rapide des rivières et des fleuves. C'est alors que si les pluies et le froid durent plusieurs jours, les débordemens deviennent considérables et se maintiennent long - tems , parce que presque toutes les collines et les montagnes de ce pays sont composées d'argile, de grès quartzeux, arénacés, renfermant de vastes réservoirs où les eaux sont reçues par d'innombrables conduits, en forme
d'entonnoirs (qu'on observe fréquemment à la surface du sol) d'où l'eau Eltre ensuite de toutes parts pour alimenter les sources. J'ai vu beaucoup de ces citernes naturelles, découvertes par des ëboulemens de terrain, contenant une eau plus pure que le cristal et invitant à boire par sa fraîcheur. Il n'y a pas de coteau, de colline, de monticule qui n'offre au moins une source; aussi la plupart des vallons sont-ils marécageux ou fangeux , donnant naissance à ces estwes , à ces banados, désespoir du voyageur, mais la consolation, la fortune des estancieros de la province de Rio- Grande et de la Banda-Oriental , en ce qu'ils garantissent leurs pâturages de la sécheresse dont sont ravagés si souvent ceux du sud de la Plata.
Nous approchions de plus en plus de la Serra , qui restait sur la gauche , parallèlement à notre marche , c'est-à-dire tantôt est, tantôt nord-est. Mauvais chemins ; la pluie, tombée deux jours de suite, en les délayant avait laissé des amas d'eau assez profonds. Une de nos charrettes s embourba en passant un bois à une lieue de Santa-Maria,
Le i^*" Mars , nous montâmes une côte pour traverser la bourgade de Santa-Maria-da-Serra ; nous étions alors au pied même de la Serra for-
niant comme mie grande muraille sombre , des-tinëe à séparer en deux portions à -peu -près égales , nord et sud , l'intéressante province de Rio Grande- do-Sul.
La situation de cette bourgade est assez agréable ; les environs sont cliarmans , passablement peuplés. L'arcliitecture des maisons est simple ^ mais on voit avec plaisir un toit rose , un peu rele vé et saillant , faire ressortir la blanclieur des murailles. Les maisons sont en charpente, enduite d argile ; il y a plusieurs rues , et une chapelle fort simple. La population peut s'élever de mille à douze cents ames. Presque toutes les maisons ont un petit jai^din renfermant un bois d'orangers * , ce qui leur donne de l'ombrage et contribue à l'embellissement du paysage. Onremarque beaucoup d'activité dans cette population centrale de la province : Santa- Maria est le marché des hameaux d'alentour, compris entre la Cacheira, Cassa-Para , Alegrete , et San-Borja, Il a encore l'avantage d'être situé sur la route des Yerhales
i Dans les Missions, les jésuites avaient beaucoup multiplié les plantations d'orangers: ils s'y sont naturalisés: on en trouve partout, même dans les lieux inhabités, mais tous ne produisent pas de bon fruit. Comme l'a remarqué d'Azara, les orangers ne souffrent aucun autre végétal parmi eux: ce sont les uristnc raies du règne végétal.
et des Missions, et d'être à proximité d'une autre bourgade des montagnes, appelée Sao-Martinho^ située à environ trois lieues de là , sur la Cùiia cla Serra j dans le nord-ouest.
A cinq lieues au sud de Santa- Maria on voit une mine d'or en exploitation ^ qu'on dit être très-productive. L'or pur se trouve en grains disséminés dans une roclie de je ne sais quelle nature (quartzeuse, je suppose), qu'on brise à Taide de pilons, pour l'en extraire. Il n'y a pas longtems que cette mine fiit découverte : un estanciero^ propriétaire du terreiû , marchait et faisait paître tous les jours ses bestiaux sur l'or, sans s'en douter le moins du monde , quand un individu (hum dïaho!) lui révéla un jour ses richesses î
A une vingtaine de lieues plus au sud, près de la petite ville de Cassa-Fam^ on trouve d'autres mines d'or en exploitation; celles-ci donnent moins de travail; c'est une rivière nommée Camacua^ l'un des affluens du lac dos Patos, qui prend la peine de le détacher et de le charrier avec les sables et graviers de son lit. Une infinité de ruisseaux et de terreins sont aurifères^ dans cette province , mais les méthodes de lavages sont très-mauvaises et la poudre qu'on en obtient ne laisse pas grand bénéfice au propriétaire des nègres employés à ce travail;
on en perd d'ailleurs la plus grande partie , celle qui est imperceptible. Avec des machines convenables on obvierait à ces inconvëniens ' .
En traversant Santa-Maria-da-Serra , je remarquai , au milieu même de la route , des portions de troncs d'arbres fossiles , ayant six pieds et plus de circonférence , sur une longueur de deux à ti^ois pieds. Il y en avait huit ëpars ça et là, que les liabitans prenaient pour des pierres ordinaires. Plus loin , à environ un mille, nous en retrouvâmes d'autres en fragmens plus petits, dont je pris des échantillons. Le terrein dans lequel ils gisaient était de l'argile ferrugineuse, très-mélang^ée de sable, mais sans aucune autre pierre que ces débris du règne organique végétal. Dans ce même lieu, au sud-est de la bourgade , sont plusieurs mornes isolés, assez élevés, sur l'un desquels j'observai beaucoup de blocs , plus ou moins vohmiineux , sensiblement arrondis parle frottement des eaux ; c'est, suivant
» Dans les environs de Cassa-Para^ on trouve un banc à'alhâtre yypseua-, du lasalte, du grès rouge, du fer et grande variété d'autres minéraux. Généralement toute la partie sud de la province de Rio- Grande, ainsi que la partie nord de la Banda-Orienlal, sont riches en minéraux. Je dois ce renseignement au docteur Hillebrand, médecin allemand à la colonie de saô-LeopoIdo près Porto-Alègre, lequel a accompagné quelque tems, le docteur Frédéric Sillow lors des explorations de ce naturaliste dans la Banda-Oriental.
M. Cordier, de la waclke endurcie , brunâtre, contenant quelques amandes de calcédoine et de quartz.
Nous avions fait à - peu - près seize lieues au nord-est et à l'est, depuis rYbicuy jusqu'à Santa- Maria. Nous reprîmes notre route à l'est-sud-est.
Le 2 nous cheminâmes parmi des forêts entrecoupées de pâturages nourrissans. Beaucoup de bêtes à corne , mais peu d'habitations. Perruches, perroquets, et toucans à ventre rouge, en grand nombre. Des lapins (coelhos), — Végétation peu variée en phanérogames (si ce n'est parmi les arbres forestiers), mais grande abondance de cryptogames.
En descendant une côte rapide, la lourde charrette contenant nos bagages versa et tomba dans im trou ; peu s'en fallut que mon cher compagnon Nouel ne fut tué ; nous l'exhumâmes difficilement de dessous les caisses, dont les échantillons de bois fossile ne diminuaient certes pas la pesanteur. La route fait ici de nombreux détours, à cause de la disposition du terrein , coupé de vallons profonds, ou couvert de forêts, au milieu desquelles on a pratiqué le chemin {picadci). La
Serra^ toujours à notre gauche, à distance variable de deux à cinq lieues. Terreins argilo-sablonneux ; minéraux rares. — Campé près de Tarroyo del sol (ruisseau du soleil) .
Le 5 on arrêta pour dîner à deux lieues du Jaciifj à la lisière d'un grand bois, traversé par un ruisseau. Je remarquai, pour la première fois, des fruits jaunes , de la grosseur et de la forme d'une petite poire ayant le goût de frambroise. L'arbrisseau qui les produit est connu dans cette province sous le nom d^araça^ il y en a en grande abondance dans toutes les forêts peu élevées de la province. Ce fruit a cela de particulier que , de même que la duracine à Buénos-Ayres , il ne fait jamais de mal, quelle c[ue soit la quantité qu'on en mange. On en fait aussi des confitures (duîces) assez semblables à celles de gouyaves.
Au moment où nous nous remettions en route, un nouvel essieu cassa; ce ne fut que le lendemain à cinq heures du soir que nous pûmes arriver sur la rive droite duJacuy.Nous avions parcouru treize à quatorze lieues , en six Jours , versé deux fois , brisé trois essieux et embourbé la caravane, pour nous rendre de Santa- Maria-da- Serra au passo do Jacuy !