I9VXH0NS DE PORTO -ALÈORE. — DELA PROVINCE EN GÉNÉRAL
Capella do Vïamon. — lia colonie allemande de Saô-Leopoldo. — La Lagoa dos Patos. — Rio-Grande ou Saô-Fedro. — Saô- José. — Saô-7rancisco de Paula^ — De la province en général.
Le village de Viamon * , situé à trois lieues sudest de Porto- Alègre, était la capitale de la province
1 On a donné à Capella (chapelle) le surnom de Fiamon^ pmce que des hauteurs sur lesquelles ce village est situé , on aperçoit les cinq
quand Porto- Alègre n'était rien , ou fort peu de chose. Primitivement, la ville de Rio-Grande fut le siège de \si capitainerie ; elle a joui de cette faveur jusqu'en 1765 , époque à laquelle on transféra le gouvernement à Capella do Viamon , connue étant un point plus central Il n'y a pas plus d'une quarantaine d'années que Porto-Alègre est devenue définitivement capitale.
A cette époque, Viamon était une petite ville assez étendue, mais à présent ce n'est plus qu un village que désertent les habitans à cause de la difficulté des coromunications. On n'en compte pas plus de cinq cents dans tout son district. Il est placé au milieu d'un groupe de montagnes dominant une grande étendue de pays. On y arrive j)ar trois routes différentes, en passant par une suite de collines élevées, mais peu boisées. Le terrein , composé d'une argile rougeâtre , est couvert de blocs volumineux de ces espèces de brèches dont j'ai déjà parlé , formant des masses de figures bizarres, toutes arrondies pai^ le
rivières qui réunissent leurs eaux en face de Porto-Alègre, en formant comme une main ouverte àorvXlQ Jacuy serait le pouce et le Riacho le petit doigt. De là est venu le mot vi-a-maè, j'ai vu la main.
~ 1 A cette époque les limites delà province étaient un peu au-delà du Jacuy à So nta-Maria-da-Serr a .
frottement des couraiis ; il y a aussi beaucoup de fragmens de quartz , de mica et de gneiss. L'industrie principale est la fabrication de la poterie, de la brique et la culture de la mandioca. La chapelle est digne d'être visitée.
J'ai poussé mes excursions jusqu'au-delà de Boa-Vista et de la Barrucada , hameaux situés à environ dix lieues dans l'est de Porto- Alègre. Boa-Vista est une estancia appartenant au comte de Rio-Pardo, ancien chambellan, général, et ministre sous Don Pedro l^^^ ; il s'est retiré là avec son épouse depuis le départ de l'empereur. Il possède une tannerie de cuirs , attenante à son habitation , dirigée par un Français. J'ai eu occasion de voir le comte de Rio-Pardo ; j'observai avec plaisir qu'on ne m'avait point trompé sur son caractère aimable et bienveillant. 11 est aristocrate enrouillé ^ comme il le dit lui-même , en 'i bon français , mais il prend son parti en philosophe; il était convenu de se résigner à toiit^ seulement il attendait en silence Messie A présent il en est réduit à dire, avec certaine secte israélite :
I En juin 1834, les partisans de don Pedro , les Caramurus s'attendaient à le Toir débarquer au Brésil, aussitôt qu'il aurait fini en Portugal.
« Maudits soient ceux qui supputeront les tems du Messie ! ))
J'ai remarqué dans les collines de la Barrucada^ des blocs considérables Ôl hydrate de fer cellulaire, au milieu d'une argile jaune sablonneuse.
Tout le pays s' étendant à l'est des mornes de Viamon et au nord de Lagoa dos Patos est entièrement plat , au niveau de la mer , sauf quelques petites collines sans direction déterminée. Il paraît qu.'il n'y a pas plus d'un siècle que les eaux se sont retirées de la plaine marécageuse de la Barrucada,
Pour me rendre à la colonie allemande je remontai le Rio-dos-Sinos ^ , rivière de quatrième ordre , assez profonde mais tellement sinueuse que la distance de Porto-Alègre à Saô-Leopoldo, qui n'est que de sept lieues par terre , devient d'environ vingt lieues par eau. De même que le Jacuy et tous les autres affluens du Rio-Grande, le Rio-dos-Sinos coule dans un lit de sable et de terre limoneuse ; les bords en sont si peu élevés
^ Rivière tles cloches.
qu'ils paraissent sans cesse submergés. Ils sont pourtant habités et cultivés ca et là, mais on a eu soin de bâtir les maisons sur pilotis , ou sur un échafaudage en bois d'une hauteur de cinq à six pieds. Le toit de ces petites habitations, construit en relevant , leur donne l'apparence d'un pavillon chinois.
Après avoir ramé toute la nuit, le bateau allemand dans lequel nous étions embarqués s'arrêta dans im parage appelé Très Portos (les Trois Ports ) ; ce sont tout bonnement trois clairières au milieu des bois , sur la rive gauche , plus élevée en cet endroit qu'ailleurs. On est déjà dans la colonie allemande. De ce lieu à Saô-Leopoldo il n'y a pas plus de deux heures de marche à pied , tandis qu'en suivant la rivière pour arriver au véritable port il faut ramer toute la journée. Nous préférâmes aller à pied , en chassant , que de respirer plus long-tems les exhalaisons fétides du bateau couvert , occasionnées par une demidouzaine de nourrices et je ne sais combien de bambins mangeant des oranges , des bananes et autres bonnes choses, dont on se fatigue promptement.
Nous eûmes à parcourir un pays charmant ,
y montueux , couvert de bois , de prairies , de fermes allemandes, de champs cultivés et arrosé par une multitude de ruisseaux. Nous gravîmes des coteaux élevés, couverts d'épaisses forêts à travers lesquelles on a frayé d^s chemins de voiture se croisant de toutes parts, en ouvrant des communications sur tous les points de la colonie.
Après avoir monté et descendu souvent nous aperçûmes enfin , au détour d'un chemin couvert, le village de Saô-Leopoldo , situé au milieu d'une plaine basse pouvant avoir deux lieues de circonférence. Nous nous crûmes en Allemagne. Je ne pus me défendre , à la vue de cette population européenne, d'un sentiment d'admiration, car je fus d'abord frappé du contraste que m'offraient ces lieux, cultivés avec soin, ces chemins ouverts péniblement à travers les collines, les mornes et les forêts , ces petites propriétés entourées de fossés profonds ou de haies vives, cette activité des cultivateurs et des artisans, rivalisant à l'envie pour la prospérité commune
avec l'abandon absolu dans lequel les Brésiliens laissent leurs terres , le mauvais état de leurs routes , leurs chaumières délabrées, enfin ce manque d'industrie , cet esprit de gaspillage et de destruction qui les caractérise, tout aussi bien que les Argentins.
Mon admiration ne fiit pas moindre en voyant , presque sous le tropicjrie , une nation des régions polaires conservant ses habitudes , ses moeurs, sa vie active et donnant naissance à une génération qui doit , im jour , changer la face du pays.
Le village de Sao-Leopoido , appelé aussi la feitoria ( la factorerie ) est situé, comme je viens de le dire, dans une plaine basse, au bord et sur la rive gauche du Rio-dos-Sinos^ à sept lieues au nord de Porto- Alègre. De toutes parts, au sud, à l'est et à l'ouest, la plaine est dominée par des coteaux couverts de forêts. A huit ou dix lieues vers le nord, passe la grande chaîne de montagnes , la Serra do Mar, se dirigeant à l'ouest, et à travers laquelle les Allemands ont frayé des routes admirables , en surmontant des difficultés extraordinaires. Indépendamment de la chaîne principale, il existe encore quelques mornes isolés dans le sud et au centre de la colonie même.
Oq n a pas trop consulté l'hygiène publique en fondant la ville dans un emplacement trèsmarécageux, qui, aux moindres pluies, s'inonde et rend les rues mêmes impraticables. On n'a eu sans doute en vue que l'avantage du commerce et aussi sa grande commodité du voisinage de
l'eau. Au reste, cela prouve que les Allemands ne reculent devant aucun obstacle et que le mot impossible n'a pas plus d'équivalent dans leur langue que dans la nôtre; ils s'occupaient d'ailleurs, journellement, d'élever le terrein, d'assécher les marais et de détourner les eaux par lesquelles ils sont alimentés.
Il y avait alors à Saô-Leopoldo , environ centcinquante maisons en charpente et en brique , renfermant une population d'un millier d'ames , laquelle doit s'augmenter progressivement, puisque ce village ne comptait encore que cinq années de fondation. Il est habité principalement par des ai^tisans allemands, tels que menuisiers , forgerons, charrons, cordonniers, tailleurs, selliers, ferblantiers etc., et par des maixhands cabaretiers, merciers, brocanteurs, tant allemands qu'étrangers; il y avait plusieurs commercans français faisant d'assez bonnes affaires.
La colonie Allemande , dont ce village est déjà le marché principal , n'occupe encore qu'un territoire de quinze lieues carrées , mais elle peut s'étendre beaucoup vers le nord, au-delà de la Serra, parce qu'il ne lui a été tracé d'autres limites de ce côté que celles mêmes de la province.
La plupart des colons allemands sont agriculteurs. On leur distribue une portion plus ou moins considérable de terrein , au milieu des forêts dont le pays est couvert , avec obligation de leur part d'abattre les bois et d'en cultiver remplacement. S'il y a des pâturages autour de leur propriété, ils en réservent une partie pour élever des vaches et faire du beurre ou du fromage, qu'ils vendent facilement à Porto- Alègre.
D'autres Allemands, possédant quelques capitaux , ont formé des établissemens plus ou moins importans tels que tanneries , distilleries , scieries de planches, briqueteries, poteries et autres fabrications, comme celle de la farine de mendioca et du sucre produisant déjà un revenu assez fort à la colonie, indépendamment du bénéfice des rapports commerciaux que l'activité des Allemands entretient avec Porto- Alègre. Le mardi de chaque semaine est le jour désigné pour porter à la capitale les comestibles et les produits de l'industrie de cette petite république.
Beaucoup de Brésiliens , consultant plus leur intérêt privé que leur inclination, naturellement jalouse de la prospérité des étrangers,
commençaient à s'établir dans la colonie, en
achetant assez cher des terrains concédés aux Allemands et que ceux-ci leur cèdent volontiers par l'espoir de former ailleurs de plus grands ëtablissemens. L'émulation finira par naître chez les Brésiliens , h la vue de tant de difficultés vaincues par des hommes industrieux, ou du moins, Vorgiieil national se trouvant intéressé par les progrès de la colonie , cela doit amener d'heureux résultats pour le pays. Déjà une société d'actionnaires s'est formée pour la construction d^un pont sur le Rio-dos-Sinos; déjà il était question de bâtir des édifices publics, d'ouvrir de nouvelles routes, de construire un bateau à vapeur, d'entreprendre enfin des travaux capables de fomenter l'industrie, de favoriser le commerce, véritables sources de richesses et de civilisation des peuples.
Il y a dans le village , une chapelle desservie par un prêtre catholique, et, à une demi-lieue au sud- est, dans un hameau appelé la Feiiona (parce qu'autrefois on y vendait des nègres) il y a une autre chapelle, desservie par un ministre de la religion réformée.
Les autorités sont brésiliennes; elles se composent d'un juge-de-paix donnant audience une
fois la semaine, et d'un commandant militaire.
Nous fûmes reçus par le docteur Jean Daniel Hillebrand, jeune liomme fort instruit^ joignant à beaucoup de modestie les manières les plus civiles, les plus obligeantes. Hambourgeois de nation, mais possédant fort bien les idiomes français et portugais, exerçant avec succès la médecine et la chirurgie depuis plusieurs années , le docteur Hillebrand a gagné la confiance des habitans de la colonie et ils ont pour lui la plus grande considération. Il la mérite certainement , à tous égards, par ses connaissances variées et son humanité. M. Hillebrand s'occupe aussi beaucoup d'histoire naturelle, principalement d'ornithologie et d'entomologie ; il a acquis ce goût presque passionné près du docteur Sillow (ou Selo) qu'il accompagna quelque tems. 11 nous montra ses collections, déjà nombreuses, d'oiseaux, d insectes et de bois utiles ; ainsi que beaucoup d'objets curieux tels que des armes de Bougres^ des vases etc. Très-bon dessinateur, il s'occupait à peindre la collection des lépidoptères de la colonie; je fus frappé de l'exactitude du dessin et de la fraîcheur du coloris de ces charmans insectes.
La colonie Allemande doit être visitée par les
naturalistes et les amateurs de la belle nature : on trouve là toutes les productions de la province, dans le règne organique; jolis oiseaux, insectes rares, mammifères étranges, plantes précieuses ; tout se réunit dans cette localité pour exciter l'admiration des curieux. De nombreux chemins, frayés au milieu des forêts , permettent au chasseur de parcourir les environs de Sao- Léopoldo sans être incommodé par la chaleur , jouissant au contraire du frais ombrage d'une multitude d'arbres touffus et d'espèces très- variées.
Presque tous les arbres de ces forêts , encore bien peu connus des botanistes ^ ont une propriété particulière ; il en est même fort peu d'inutiles ^ .
Le terrein de la colonie, entrecoupé de hautes collines, de mornes escarpés, de vallons et de plaines marécageuses, est argileux sur les hauteurs et sablonneux dans les fonds. Les carrières en exploitation ne fournissent encore que des grès tendres, s' employant à la construction des maisons. Il paraît qu'il y a du calcaire dans quelques
1 Voyez la note N
forêts, mais on n'a pu encore en découvrir une carrière susceptible d'exploitation.
UL
Le fleuve connu sous le nom de Rio-Grande commence à Porto-Alègre : il est formé de la jonction des cinq rivières étalant si majestueusement leurs eaux devant cette jolie ville. Pendant l'espace de liuit à dix lieues, il coule dans un lit variable en largeur ( depuis trois jusqu'à une demi-lieue) , encaissé par des mornes affectant la forme conique et composés de fragmens plus ou moins gros de roches élastiques ou de ces conglomérats dont j'ai parlé, lors de mon excursion à Capeïla do Fiamon; ces mornes sont, en outre ^ boisés jusqu'à leur sommet, principalement du côté exposé au sud. J'ai déjà fait la même remarque à Fégard de la Serra.
Avant d'entrer dans la Lagoa , le lit du fleuve est à peine large d'une demi-lieue; les pilotes redoublent d'attention, car il faut passer si près des roches que, bien souvent, il est nécessaire de défendre le navire à l'aide de forts bambous. Ici s'ouvre le grand bassin ou Zac, assez improprement nommé laguna ou ïagoa dos Patos. Ce
lac , séparé de l'Océan par une plage ou des dunes de peu d'étendue, appelée praia do estreito (plage du détroit), forme comme une petite mer méditerranée de quarante -cinq lieues de long sur une largeur variable. Les mornes aboutissent à l'entrée da lagoa , et cet endroit porte le nom de Fiinta do Itapuan'j ils s'étendent encore un peu à l'est et à l'ouest, mais toujours en s abaissant, pour ne former enfin qu'une plage ou des monticules de sable , retenant à peine les eaux, souvent agitées, de cette vaste lagune. Les bords, de même que le fond, sont de sable pur, et des dunes de cette substance s'étendent à plusieurs lieues dans les terres. Plusieurs rivières assez grandes, telles qiie le 6'(am«ci/a, le Sao-Gon~ zaho etc., viennent augmenter la masse des eaux. Il est probable qm'à une époque qui n'est pas très-reculée ces eaux s'étendaient dans les grandes plaines basses de Viamon , de Boa- Vista et da Barrucada.
La navigation est facile sur la Lagoa dos Patos pour des bâtimens ne tirant pas plus de dix pieds d'eau, chargés en lourd. Il y apparaît quelquefois des navires de deux cents tonneaux, mais ils sont forcés d'attendre de liantes marées pour naviguer sans entraves.
On n'est pas bien d'accord sur le motif qui lit donner à ce lac le nom de Lagoa dos Patos. Quelques personnes prétendent que ce fut à cause de F immense quantité de ces palmipèdes qu'on y vit d'abord; d'autres, que ce fut en mémoire d'une tribu d'indiens appelés Pat os , qui vivaient sur ses rives occidentales et dont quelques géographes ont fait mention sur leurs cartes. Mais l'opinion la plus générale et la plus curieuse est celle-ci :
« Les jésuites ayant de grands établissemens ^ vers l'Uruguay et sur divers points de l'intérieur, à une époque où le gouvernement Portugais n'avait pas encore colonisé cette partie du Brésil , et les révérends pères se trouvant avoir le plus grand besoin d'im port de mer, tant pour faciliter leurs communications avec l'Europe que pour procurer un débouché aux riches produits de leurs Missions , ils supplièrent très - humblement le puissant roi de Portugal de leur concéder la propriété, à perpétuité, de cette pequenina lagoa ( très-petite lagune ) pour y élever des canards. Ils obtinrent facilement ce qu'ils demandaient ; mais il arriva que , quelques années après , le roi de Portugal ayant fait examiner les lieux, reconnut , non sans quelque dépit , la supercherie
des révérends pères. N'entendant pas du tout être la dupe de l'astuce des jésuites y le gouvernement [portugais reprit ses droits à la Lagoa , qui, néanmoins conserva toujours le nom donné par la sainte corporation.
Nous sommes à trois lieues et demie de l' embouchure du Rio- Grande, et à soixante de Porto- AlègTC, c'est-à-dire que nous arrivons au principal port de la province connu sous le nom de Rio-Grande. H y a deux villes réunies sous ce nom , ( auquel se rattache en Europe l'idée des cuirs légers ) partagées par le fleuve , dont la largeur est ici , d'environ sept quarts de lieue , L'une porte le nom de Sao-José ou simplement do Norte, c'est celle de la rive gauche , l'autre le nom de Sao-Pedro, ou do Suî, c'est celle de la rive droite.
La situation des deux villes est non seulement triste à mourir , mais encore insupportable de toutes manières; l'appât du gain, une déportation, ou quelqu' intérêt bien puissant peuvent seuls engager à y vivre. Figurez-vous qu'on ne palpe là, par tous les sens, que du sable, du sable... et
encore du sable î il ne peut en être autrement, car ces deux villes sont au milieu des dunes et le moindre pampero soulève des espèces d'avalanches qui encombrent les rues et ensevelissent parfois les maisons basses 1
Cependant ces villes sont commerçantes, principalement celle de la rive droite , où vont plus ordinairement les navires arrivant d'Europe , à cause des débouchés qu'offre la campa^ie , voisine de la Banda-Oriental. On juge facilement , à Fopulence des habitans , que les affaires sont bonnes dans cette partie de la province. 11 en est^ parmi eux^, d'immensément riches, qui ont fait construire des maisons et des magasins spacieux. On se formera une idée de ce que ces édifices ont pu leur coûter quand on saura qu'il faut tirer tous les matériaux de Porto - Alègre ou d'autres points plus éloignés de l'intérieur. Ce qui contribue le pkis à la prospérité de Saô-Fedro, c'est Fesprit d'association de ses négocians, lesquels emploient une grande partie de leur fortune dans des entreprises d'utilité publique , tendant à attirer le conmierce étranger j ainsi qu'à modifier, par des travaux importans, les graves inconvéniens d'ime situation aussi désagréable , aussi peu commode que celle de leur
ville. C'est ainsi qu'une société d'actionnaires^ dirigée par la maison Carrol Forbes et , s'est chargée de faire creuser, au moyen de coûteuses machines à vapeur, un canal qui permet aux navires de deux cents tonneaux et plus , de venir à quai opérer leur chargement et déchai^gement. Avant la conclusion de ces travaux, terminés en 1855 , non sans de grandes pertes de la part de la société , les navires s'arrêtaient tous à San- José ^ et les armateurs ou les consignataires avaient ensuite à supporter des frais majeurs de transbordement et de transport.
Une douane spacieuse a été construite; des quais ont été faits; un théâtre vient d'être achevé ; un hôtel de ville est en construction, et tout cela, aux frais des négocians de la i>ille.
Une autre cause de prospérité progressive pour Rio-Grande est la proximité de Saô-Francisco de Paula , ville toute nouvelle , à neuf lieues environ vers le nord-ouest, avec laquelle les communications sont rendues promptes et faciles au moyen d'un bateau à vapeur, allant et venant journellement d'un point à l'autre et transportant des marchandises et des passagers. Il y a, en outre, beaucoup d' allèges, de balandres etc, fai-
sant constamment ce trajet, ainsi que celui Porto- Alègre.
La maison Carrol Forbes et sollicitait, l'année dernière ( 1854 ), du gouvernement Brésilien, un privilège de dix ans pour l'établissement de trois bateaux à vapeur destinés , l'un , à la navigation du Rio-Grande jusqu'à Porto- Alègre , un autre à celle du Jacuy jusqu'à la Caclieira, et le troisième , à entrer et sortir les navires se présentant à la barre du fleuve.
Les deux villes réunies ne contiennent pas au delà de six mille habitans fixes ; celle de la rive droite quatre mille cinq cents et celle de la rive gauche quinze cents. Dans cette dernière il y a quatre rues principales, garnies de trottoirs, dirigées nord et sud, aboutissant d'un côté au lleuve et de l'autre à des monticules de sable, au milieu desquels on rencontre des sources d'eau limpide et potable.
Dans la ville do Sul il y a trois rues principales, très-longues, non pavées, mais garnies de trottoirs, dont la direction est d'est à ouest afin d'être garanties autant que possible de l'invasion dessables. On voit avec peine, au dehors de la ville,
ces grandes dunes menaçant de l'ensevelir comme une autre Herculanum. Il était question de faire des travaux de ce côté pour arrêter l'empiétement des dunes, mais je crois que le meilleur moyen serait encore d'y planter des arbres, tels que des espinillos^ des nanduhàis, des carondaïs on tous autres se plaisant dans les terrains sablonneux.
Les édilices, publics et particuliers, sont bâtis dans le goût et la forme de ceux de Porto- Alègre ; il y a de superbes maisons , à trois étages , avec balcons en fer et façades en pierre de taille.
La douane principale est à Sao-Fedro , mais il y a une administration subalterne à Sad-José où les navires peuvent s'arrêter, si cela les arrange mieux. Ceux destinés pour Porto- Alègre , ou qui en reviennent , s'arrêtent à Sad-José^ pour y prendre un pilote. Il existe de nouveaux réglemens, publiés en langues nationale, anglaise et française, concernant l'ordre de station à observer dans les deux rades; trois navires de guerre sont chargés de les faire exécuter.
L'emboucliure du Rio-Grande est obstruée par ime harre ou banc mobile de sable , qui en rend l'entrée assez difficile pour des navires tirant plus
de dix à onze pieds d'eau. Pendant la nuit^ un feu placé sur la riye droite ^ et s'apercei^ant à quatre lieues de distance, indique l'entrée du fleuve. Pendant le jour, des pavillons de diverses coideurs , hissés au sommet du phare , indiquent la quantité d'eau dans le canal, et la direction à suivre. En juillet de Tannée dernière cette direction se trouvait être du nord-est au sud-ouest^ pour entrer ; un autre canal vient de se former au sud, mais il ne peut encore y passer c£ue des bâtimens de huit pieds d'eau et au dessous. Du reste il y a toujours des pilotes expérimentés à l'embouchure du Rio-Grande , pour conduire les navires jusqu'à l'une des deux villes , et si ces navires sont destinés pour Porto-Alègre , de nouveaux pilotes les guident à travers la Lagoa dos Patos,
Je ne dois pas omettre de dire qu'il y a à Sad- Pedro deux imprimeries , deux journaux poHtiques et une petite bibliothèque , composée en grande partie de livres français. En fait de langues étrangères, on y apprend de préférence le/r«7Zf«w, comme dans tout le Brésil et les provinces de la Plata.
Sad-Francisco-de-Paula est une charmante
petite ville , ne comptant pas plus d'une dixaine d'années d'existence, et qui, pourtant, rivalise déjà avec Porto-Alègre par l'activité de ses habitans, l'importance de ses transactions commerciales et le grand nombre d'édifices qu'on y élève journellement.
Sa situation est sur la rive gauche du Rio-Sao- Gonzaho , à une lieue et demie de remboiichure de cette rivière dans la Lagoa dos Patos , entre les ruisseaux {^arroyos) Pelotas et Feïado.
La position de Sao-Fmncisco-de-PauIa est toutà-fait agréable, car la campagne qui l'environne est très-fertile, bien cultivée, arrosée de ruisseaux boisés , et cette ville est précisément bâtie sur une colline dominant tout cela. Les rues sont droites , bordées de larges trottoirs ; on voit facilement qu'il y règne la même émulation qu'à Rio-Grande pour l'accroissement de la cité naissante, la construction d'édifices remarquables et en général pour tout ce qui peut contribuer à embellir la ville , favoriser le commerce et attirer les étrangers. Il y a un fort joli théâtre, véritablement élégant et commode. On ne comptait encore qu'une imprimerie l'année dernière, mais il y avait plusieurs journaux politiques. La popu-
lation s'élevait déjà de sept à huit mille habitans.
Il est facile de prévoir que, dans peu d'années, ce sera la seconde ville de la province et peut-être aussi la plus commerçante ; car , toute la partie sud, depuis Sad- Gabriel (au centre) jusqu'à la Plata, et même la frontière nord-est de la Banda- Oriental, sont approvisionnées par Saâ-Franciscode-Paula , tandis que Porto-Alègre approvisionne le nord , à partir du Jacuy, y compris la Serra et les Missions d'Uruguay ; mais cette partie , quoique beaucoup plus peuplée que l'autre, n'est pas aussi riche , les estancias n'y étant pas aussi multipliées à cause de la mauvaise qualité des pâturages, le grand nombre de forêts et l'inégalité du sol.
Joignez à ces élémens de prospérité, pour Saô- Francisco - de - Paula , l'avantage inappréciable d'être située sm^ le rio San-Gonzalvo faisant communiquer lalaguna Merirnscyec celle dos Patoset permettant ainsi le transport par eau des produits de la campagne voisine , des terrains neutres et de la partie sud - est de la Banda - Oriental. De plus, les bords de cette rivière San-Gonzalvo sont couverts de charqueadas ou saladeros , enrichissant leurs propriétaires à tel point qu'ils ont formé
le projet de faire creuser , à leurs frais, un canal plus profond que la rivière ( dont l'entrée est obstruée par des bancs de sable ) , de manière à permettre aux navires de haute-mer d'aller directement à Sao- Francisco -de- Pailla.
Un bateau à vapeur, construit dans l'endroit même , parcourant neuf miUes à Tlieure et portant des marchandises aussi bien que des passagers, va et vient journellement, de Saô-Franciscode-Paula à Rio-Grande, en passant par \a.cidade do Norte, ou Saô-José. Il était fortement question d'en construire un second pour faire la navigation de Porto- Alègre.
Saô-Francisco-de-Paula est à cinquante-deux lieues de Porto-Alègre , neuf de Rio-Grande-do- Sul et à douze de l'embouchure du fleuve.
Maintenant, jetons un coup-d'oeil rapide sur la province en général.
La province de Rio-Grande a été surnommée do-Suî ( du sud ) pour la distinguer d'une autre province du Brésil, appelée Rio-Grande-do-Norte, laquelle se trouve placée entre Parahyba, Ceara,
et l'Océan. — An Brésil, on donne pins particnlièrement à la province de Rio-Grande-do-Snl le nom, pins bref, de Sao Pedro. — Ses confins sont, au nord, la province de Sao-Paulo (Saint-Favtl) , autrefois San-Vicente, dont elle est séparée par le Rio-Curitiba ou Ygiiazw, à F ouest, par le Parana qui la sépare de l'état du Paraguay , et par VUj^ugiiaf, servant de limite avec Corrientes , l'ime des provinces de la confédération Argentine ; au sud , par la Banda-Oriental ^ dont les limites sont le Jâjoi^aro 72 et le Cuarey^ et parles terrains neutres s' étendant au sud et à l'ouest de la Laguna Meriiw^ enfm, à l'est, par l'Océan atlantique et la petite province de Santa-Catharina , laquelle s'étend fort peu au-delà de la Serra-do- Mar.
Le territoire de Sao-Pedro , dont la superficie peut être évaluée à quinze mille lieues carrées, se divise en cinq comarcas ou arrondissemens , ayant pour clief-lieux Porto- Alègre (capitale) Rio-Pardo ^ Rio-Grande , Piratmim et Saâ-Borja, Ces cinq comarcas se subdivisent en onze districts , lesquels comprennent les villas (petites villes) de Rio-Pardo, Patridha, Filla-Noi^ada-Cacheij'a ^ Saô-Liiiz-da-Leal-Bragança^ Saâ- Francisco - de - Paula , Piratmim , Sao - José- do -
Norte^ 0 S' Bom-Jesus~do-Triiimpho, Cassa-Pam^ Alégrété^ et Jagiiarâo, Il y a, outre ces villas j une grande quantité de poi^os (bourgades) et de fregTiesias (paroisses) dont les principales sont Sao- Leopoldo , Viamon , la Barnicada , Freguesia- ISoi^Qj Santo-Ainaro ; Saô-Gahriel^ Bage, Santa- Maria-da- Serra ^ Sao-Martinho, Itaquy et les peuplades des Missions , dont San-Borja est devenu le chef-lieu. Ce sont autan tde Termoj? ou justices.
Dans chacune des comarcas il y a une camara (municipalité) et un Oui^idor ou Oydor ; c'est un juge en seconde instance ^ duquel on appelle aux cours souveraines de Bahia ou de Rio- Janeiro , nommées Relaçoes. Les juges de paix sont plus spécialement chargés de la police des termos.
En 1834, on évaluait la population totale de la province à 160,000 habitans; les Allemands entraient pour un dixième dans cette évaluation. " La nouvelle colonie de Saô-Léopoldo , seule , en comptait huit mille ; il est vrai que l'on comprenait sous la dénomination Allemands , des émigrés de toutes nations ; mais quelque faible que soit la population allemande, eu égard au nombre des Brésiliens, elle a, néanmoins, une grande importance morale, en ce que son exemple ne peut
manquer de stimuler , tôt ou tard , le caractère apathique des Brésiliens. Dès à présent, elle a fait tout ce qu'on était en droit d'attendre d'elle, et les améliorations introduites dans les arts et la culture, sont déjà telles, que la face de cette grande province a changé de manière à la rendre méconnaissable aux yeux de ceux qui l'ont parcourue avant la guerre du Brésil avec la République Argentine. C'est maintenant une province^ indispensable au Brésil, car elle seule est capable de fournir à son approvisionnement de la viande , du suif, des cuirs, des chevaux, des mules, du maïs et même du blé; tandis qu elle pourrait, au besoin , se passer des autres, puisque ses cultures de mandioca, de coton, de riz, de sucre, etc. fournissent suflîsamment à sa consommation.
Peu de contrées au monde sont arrosées et vivifiées avec plus de profusion que la province de Saô-Pedro ; la Banda- Oriental , seule , peut lui être comparée. Le climat en est salubreettempéré; aucun pays n'est plus favorable aux colonisations em^opéennes. Les fruits des régions équatoriales y croissent en même tems que ceux des zones tempérées : on récolte dans la colonie allemande, avec le fruit du cocotier et du bananier, le coing, la pomme, la poire, l'orange et la pêche succu-
lente de F ancien continent. Les plantations de vignes ont eu le plus heureux résultat dans la colonie allemande, et je ne doute pas qu'un jour viendra où cette lieui^euse province exportera d'excellent vin dans les autres ports du Brésil. Je suis même étonné qu'on n'ait pas déjà tiré parti des collines de Porto-Alègre pour la culture de la vigne. Le thé devrait aussi dédonmiager amplement des essais qu'on pourrait tenter pour le propager sous ce parallèle , puisque le sol est ici moins élevé qu'à Saô-Paulo ^ — Le thé de l'Amérique du Sud (l'iierbe du Pai'aguay), est l'objet d'un grand commerce dans les Hautes-Missions , surtout depuis que les relations ont été interdites avec le dictatorat.
J'ai remarqué que les nombreux cactus-nopal, qui croissent naturellement dans les plaines sablonneuses de Viamon, Boa-Vista etla Barrucada, étaient couverts de cochenille sylvestre , dont on pourrait tirer parti ; mais il faudrait qu'en cela
La culture du thé de la Ciiine, fait d'assez grands progi'ès au Brésil. Indépendamment de la récolte qui se fait au jardin botanique de Rio, il s'en recueille encore dans les provinces de Minas, sao-Faulo eî Santa- Catharina. Mais c'est surtout dans celle de Saô-PauIo, que ceîte culture a pris le plus d'accroissement; il en a été récolté en 4833, plus de cent arrobas. (4472 kilog.)
comme en tout autre chose , des étrangers donnassent l'exemple.
Dans la partie nord de la province, et jusqu'aux environs de Porto- Alègre , on trouve, abondamment, des plantes médicinales d'une vertu éprouvée, telles que la doradlnha^ la charma^ le matapasto^ la. niarcelïa , IsL copita, la rumnha^ Yipécacwâ5^/2a etc. M. Bonpland a découvert aux Missions une espèce de rhuharhe^ une salsepareille^ une /'eglisse^ et plusieurs écorces qu'il a employées luimême avec le plus grand succès. A F exemple des Guaranis, les Brésiliens connaissent les propriétés de la plupart des plantes et s'en servent ordinairement sans consulter les médecins ; ce qui au surplus ne serait pas toujours facile, vu Téloignement des villes.
Les produits de grande exportation sont à-peuprèsles mêmes qu'à Montévidéo et Buénos-Ayres, mais on a de plus , dans cette province , la ressource de la poudre d'or , des environs de Cassa- Pava, de la farinha ( farine de manioc ) de la cachaça ( eau- de-vie de sucre ), des feijoes ( haricots noirs), des cuirs tannés^ des bois d^éhénisterie^ de teinture , de menuiserie , de charronnage , de construction nai>ale, etc. Tous ces articles ne de-
mandent que des bras et des capitaux pour être exploités avec utilité. Il y a ensuite une foule d'industries lucratives à créer, soit pour le commerce intérieur , la consommation locale , ou l'exportation^ , Les artisans laborieux sont certains d'y être bien accueillis , et pour peu qu'ils aient quelques fonds et de l'intelligence , ils peuvent compter sur un brillant avenir. Malheureusement il n'arrive que trop souvent qu'on part d'Europe avec des idées d'ordre, de travail, d'économie , et qu'une fois en Amérique on se dégoûte trop facilement , à la simple vue des difficultés résultant, nécessairement, de l'idiome , des coutumes , des préventions nationales , de l'ignorance de la valeur des choses , du i^idicule attaché à la qualité diëîranger nouvellement débarqué^ et enfin, de la législation , des mesures de poHce, etc. On aime mieux jeter le manche après la cognée^ que chercher à surmonter ces obstacles , très-naturels , mais qui n'ont qu'un tems ; car deux ou trois années suffisent à un homme intelligent pour se mettre au courant de la langue , des usages et coutumes d'un pays , et c'est alors qu'il peut espérer d'être amplement dédommagé du tems perdu ou de ses premiers sacrifices.
1 Voyez la note 0, relative aux poids et mesures , aux monnaies; aux droits de douane etc.
La province de Saô -Pedro est digne defixer l'attention des capitalistes, comme de tous les hommes qu'une fortune adverse oblige à s'expatrier. Ses destinées sont certainement brillantes et si les plans de navigation au moyen de la vapeur , sur ses principales rivières , viennent à se réaliser , je ne fais aucun doute que sa population ne prenne un accroissement rapide ; le gouvernement brésilien parait d'ailleurs fermement résolu à protéger toute espèce d'association étrangère ou nationale, ayant pour but des entreprises commerciales , des colonisations ou des exploitations industrielles *.
Quant au caractère des Rio-Grandemes , il se ressent naturellement du genre d'industrie auquel ils se sont adonnés; il est chevaleresque comme celui des Orientalistes et des Paulistes ;
ï En 1834, il s'est formé des sociétés d'actionnaires pour la navigation intérieure sur les fleuves du Maranhon ou Amazone , le San- Francisco et le Rio-Doce. Des lignes ont dû s'établir entre Rio- Janeiro, les divers points de la côte du Brésil eî même la Plata. Une circonstance vient encore favoriser ces entreprises 5 il a été découvert en 1833 , par un Anglais , dans la province de Sanîa-Catharina , une mine de houille (charbon de terre) de la meilleure qualité et d'une exploitation facile. Elle se trouve à dix ou douze lieues à l'ouest de la petite ville Layuna. — Je crois que c'est dans les environs de cette mine de houille, que le docteur Frédéric Siilow, a découvert du marbre rouye compact et du succharoïde, — Cela indiquerait bien des terrains primitifs ?
leurs longs démêlés avec les Argentins les ont rendus guerriers, et ils ont donné plus d'une fois des preuves de courage, quand ils ont eu le hasard d'être commandés par des généraux expérimentés. Ce sont, certainement, avec les Paulistes, les meilleurs cavaliers du Brésil. Ils sont également amis des institutions libres et enthousiastes de la cause des peuples. L'hospitalité est encore, chez le plus grand nombre, une vertu qu'ils pratiquent généreusement.
COIVSIDERATIONS
soR l'État du commerce français a l'extérieur, et