‹ Voyage a Constantinople et en EgypteChapitre 31 sur 33 · DRUSE · texte numérisé non relu

DRUSE

DRLSES.

Quanta l'origine de ces peuples, M. de Lamartine pense que les Druscs elles Maronites sont une tribu arabe du désert qui, n'ayant pas voulu se soumettre à la loi du prophète, poursuivie par les nouveaux croyants, alla se cacher au milieu des solitudes inaccessibles du haut Liban pour y défendre son bien et sa liberté.

Leur religion a toutes les apparences de l'idolâtrie, et le veau serait leur idole. Une fois par semaine, et le plus souvent la nuit, les hommes et les femmes se rassemblent pêlemêle pour accomplir leurs cérémonies religieuses, ce qui fait supposer que c'est une espèce d'orgie ou une réunion de libertinage. Aucun profane n'a jamais pu prendre part à ces cérémonies. Dans les endroits où les Druses vivent mêlés aux Maronites, ils envoient leurs enfants aux écoles chrétiennes. Mais ils ont bien soin de leur faire oublier tout souvenir du christianisme une fois que ces enfants ont atteint un âge plus avancé.

Les Druses haïssent la religion chrétienne de même que le mahométisme, et la preuve c'est que les habitants des monts Deir-el-Kurnac , qu'ils prétendaient avoir reçus des chrétiens, sévirent contre eux avec tant de cruauté que leur fureur n'épargna même pas les morts.

La population des Druses monte à cent cinquante raille âmes environ; un lien commun semble les unir et n'en faire qu'une seule famille. Mais les liens de parenté sont facilement rompus, et le divorce est fréquent parmi eux.

Ainsi qu'un véritable sauvage, l'Ansarien ne connaît dé la terre que les rochers sur lesquels il vit, et d'autre loi que

la force. Fier de son indépendance, il vit dispersé dans les gorges des montagnes, où il professe une religion idolâtre, dont ses mœurs sauvages ne peuvent reconnaître la superstition et la brutalité en beaucoup de points. Ce sont d'assez bons cultivateurs; toutefois, quand l'amour du pillage ne les captive pas entièrement, ils sont comme tous les orientaux généreux et hospitaliers, malgré qu'ils soient vindicatifs à l'excès pour la plus petite offense qu'ils reçoivent. Leur voisinage, ainsi que celui des farouches Ismaélites qui rôdent dans les gorges intérieures, force le Mousselim deHalakièhà tenir constamment sur pied une petite troupe de Barbaresques, presque aussi redoutables pour les populations tranquilles que les Ansariens et les Ismaélites eux-mêmes -, c'est ainsi qu'en Turquie le remède est quelquefois pire que le mal. Une chose étrange à remarquer du reste, c'est que les gens de la basse police en Syrie appartiennent presque tous à la race africaine, tandisqu'à Tunis, au Maroc et autrefois même à Alger, on venait recruterdessoldats parmi les montag'iards les plus féroces du Liban; tant il est vrai que si nul n'est prophète en son pays, comme le dit S. Matthieu l'évangéliste, nul non plus n'y peut être impunément tyran.

11 parait que les Ansariens sous la domination romaine, d'après un passage de Pline , avaient pour Tétrarque un de leurs propres princes.

La religion chez eux n'est pas la même chez tous. 11 y en a qui adorent le soleil, d'autres la lune, d'autres le chien et d'autres le veau ou la femme. Celle-ci pourtant, au lieu d'acquérir de la vénération et du respect, est le plus souvent l'objet de mauvais traitements. Les affections conjugales, la chasteté et la pudeur sont presque inconnues: pourvu que la femme ne se laisse pas surpie.idre dins les bras de son complice d'adultère, elle n'a rien à redouter. Le culte que

DRISES. 299

les Ansariens prêtent à la femme, doit être considéré surtout la nuit du premier jour de Tan. Voici ceque dit M. Poujoulat à cet égard: « Alors les hommes de chaque village se réu- « nissent dans une maison, et marmottent dévotement une « prière à la lueur de certains flambeaux. Quand la prière « est finie, on éteint les lampes, et on ouvre les portes pour « laisser entrer pèle-méle les femmes mariées et les filles « du village. Au milieu des ténèbres profondes, chaque « homme saisit la première femme venue, et dans cet hor- « rible désordre il peut arriver que le frère rencontre sa « sœur et le fils sa mère. »

Cette fêle abominable s'appelle boch-bed, fête du saisissement. Cette nuit passée, la femme devient indifférente et esclave de l'homme: elle ne cherche qu'à interpréter ses désirs pour humblement le servir. Si l'homme prête à la femme un sentiment religieux, il ne le fuit que dans la consid. ration que Dieu s'est servi d'elle pour multiplier le genre humain, et que par son moyen l'homme s'enivre de sensations agréables, et que dans ses bras il trouve un soulagement à ses maux. Les femmes n'ont aucune connaissance d3 religion. Leur salut dans une autre vie est une question dont leurs ch^fs ne se sont jamais occupés. Elles vivent sur la terre comme des bêles, et si parfois leurs yeux se tournent vers le ci >1, elles ne se doutent pas qu'il est ouvert pour elles comme pour leurs maîtres.

La religion des Ansariens est toute compliquée de mystères. Quelle que soit la peine qu'on lui inflige il n'osera jamais se plaindre ni examiner les secrets de sa foi. Un enfant arrivé à l'âge de la raison serait mis à mort par son propre père s'il révélait à qui que ce fut les mystères auxquels il a été h.itié.

Beaucoup de fêtes et de cérémonies des Ansariens res-

semblent à celles des chrétiens et des musulmans. Plusieurs célèbrent la Pâques, l'Epiphanie, la Circoncision, laPenlecôle et la Noël. Un grand nombre d'entre eux se révèlent de leurs plus beaux habits les jours de fêtes des chrétiens, et s'abstiennent ce jour-là de toute espèce de travail. Ils font des ablutions avant de prier. Tous circoncisent leurs enfants en leur donnant souvent des noms turcs ou chrétiens.

En général, les habitants du Liban, hors les Maronites, sont des espèces d'amphibies religieux qui professent tour à tour, selon le besoin, l'islamisme, le christianisme el je ne sais quelle obscure idolâtrie qui ressemble à celle du veau d'or, el qui feindront au besoin toutes les croyances si leur avarice y est intéressée, sauf à les rejeter quand ils n'auront plus intérêt à les proTesser.

On croit que le nombre des Ansariens est de deux cent mille environ, malgré que des voyageurs n'en comptent pas plus de quarante à cent mille au plus.

LES MÉTUALES.

Comme nous l'avons dit, l'islamisme est divisé en deux sectes principales, la secte des prosélytes d'Ali et la seele des prosélytes d'Omar. La première est très nombreuse en Perse, et l'autre d ms l'Asie centrale. Les Méluales sont les sectateurs d'Ali, l'anti-khalife. Les Turcs sont les sectateurs d'Omar, dont les principes religieux sont moins rigides.

Les tribus des Métuales tirent, autant qu'on le suppose, leur origine d'une horde de bandits, qui dans le seizième siècle

MÉTUALES. SOI

s'empara de Balbek, et qui ensuite s'accrut tellement qu'elle joua ensuite un rô!e assez important dans les guerres qui désolèrent la Syrie. Par leur caractère inquiet, cruel, superstitieux et porté au vol, ils mirent contre eux une grande partie des populations qui les entouraient. Proscrits du reste comme sectateurs d'Ali, ils durent se cacher pour éviter la persécution, quand ils se trouvèrent trop faibles, dans leurs montagnes ou dans les plaines les plus éloignées de toutes grandes villes. Avec eux s'écartent aussi des grands centres de populations quelques socles idolâtres, dont la vie souvent nomade et les excursions se trahissent par des pillages et des meurtres.

Aujourd'hui les Métuales ne haïssent plus comme autretrefois les Francs et les chrétiens; mais ils ne boiron* jamais où un infidèle a bu, et ils ne s'assiéront pas à la table où ils font asseoir un étranger qu'ils ont reçu par hospitalité.

On t'ait monter leur populalionà cinquante mille. La vallée de Beka, dans l'ancienne C.elsire, semble en être le centre. Au fond du désert de B lbek, dans les gorges de l'anti- Liban.s'en trouve aussi un certain nombre.

D'après la relation du missionnaire Thomson, la population delà Syrie pourrait être répartie de la manière suivante:

Musulmans 56o,000 âmes;

Grecs orthodoxes 250,000

Maronites 480,000

Catholiques romains 40,000

Druses 100 000

Hébreux 30,000

Métuales 25,000

Ansariens 200,000 Arméniens et autres sectes 20,000

Mais, sur un mémoire donné par le Gouvernement français dans une d.scussion à la chambre dos députés, la population de la Syrie supputée dans Tordre des cultes serait ainsi représentée :

Mahoméians, 1,006,000

Chrétiens catholiques 210,000

Schismatiques 31,020

Juifs 41,170

Religions inconnues 2î5,000

Le progrès des alliés, les désertions et les maladies dans les troupes ennemies, comme mus Ta vous dit, encouragèrent les montagnards à assaillir Osman-Pacha. Le 3 octobre ils le mirent en déroute près de Maraba, et lui firent quatre cents prisonniers. Osman réunissait les siens sur une colline ; mais attaqué de nouveau et ayant reçu u ne blessure à l'épaule, il fut forcé de prendre la fuite du côlé de Balbek. Avant de s'y décider, il fit mettre le feu aux lentes dans lesquelles étaient entassés deux cents malades dont la moitié devint la proie des flammes et les autres, recueillis par les montagnards, furent consignés entre les mains des Turcs.

Par la défaite d'Osman, le Cosruan recouvra sa liberté : on leva le camp, et on invita l'émir Beschir ou à rester avec Méhémet-Ali, ou à retourner sous l'obéissance du Sultan, lui accordant quatre jours pour se décider. En prenant ce dernier parti, il devait envoyer ses deux enfants au camp ottoman comme otages. Ces conditions accomplies, il

aurait été confirmé prince de la mon'agne-, autrement on devait le traiter en rebelle. Besehîr ayant rejeté cette dernière proposition, on nomma à sa place El-Kassim.

Ce fui alors qu'on conçut le projet d'attaquer immédiatement Soliman afin de le faire reculer, pour s'emparer de Bairoulh.

Napier, auquel on avait confié l'entreprise comme commandant de l'armée de terré, s'etant uni à Selim Pacha, commandant en chef d'une division, voulut,' avant de commencer l'action, plisser une revue de toutes les forces qu'il avait sous la main. On trouva, celte revue passée, que l'aimée turque consistait en d ux régiments forts de quatre mil.e cinq cents hommes, Elle formait la première brigade ; la seconde était composée de trois bataillons de volontaires égyptiens ( les déserteurs ), au nombre de deux mille hommes et de deux mdle quatre cents montagnards arrivés sous la conduite du nouveau prince de la montagne et du colonel Orner Bey. Les troupes européennes de débarquement se composaien! de mille quatre cents Anglais, commandés par Walcher, et ceni cinquante Autrichiens sous les ordres de Viseowich. Si la troupe de terre ne trouvait pas d'obstacles, elle devait s'avancer jusqu'au fleuve de Bairou.h et attaquer de flanc le camp de Soliman, fort de quatre mille hommes et de vingt-quatre canons, tandis que les autres Européens débarqueraient près de la ville et l'atiaqueraienl de front.

Mais le 10 octobre Soliman, ayant reconnu l'impossibilité d'opposer une plus longue résistance, envoya son aide-decamp à l'amiral Stopford pour traiter de la reddition de la ville. Il rapportait qu'une bonne partie de la troupe était malade cl manquait de provisions; le général avait décidé à se retirer, abandonnant la ville et les invalides à la discrétion des alliés.

ZÙk EGYPTE.

Soliman avec deux mille hommes battait en retraite pour renforcer l'armée d'Ibrahim, qui conduisait cinq mille homm?s dont quatre mille é'aienl ceux de llanem. Celui-ci occupait une position très avantageuse sur les montagnes voisines de La mer, entre Le f!cu\e du Chien cl le Psahr-el- Bairouth. attendant d'être attaqué. En effet, son campessuya une attaque générale et les Maronites ayant pris l'ennemi par l'errière, les Ti rcs s'en emparèrent. Quii.ze cents prisonniers égyptiens, vingt pièces d'artillerie, une grande quantité d'armes et de munitions, le drapeau du séraskier furent le fruit de la victoire.

lbrah.m, ayant été complètement défait, prit la fuite, se dirigeant sur Zahlé, escorte par ses lidèles et poursuivi par Le nouvel émir lil-lvassim, qui le tourmentait dans sa tuile.

Page 1