SIDON ET SAINT-JEAN-D ACRE
Sidon, que les Turcs et les Arabes appellent Saïdèh, n'est célèbre que par son nom. A sept ou huit heuesau sud de Bairoulh, après avoir traversé sur un grossier pont en bois l'impétueux Dhamour (l'ancien Thamyris de la mythologie grecque) et le ruisseau d'El-Aoul, sur un tronc d'arbre, Saidèli abandonnée se montre à la vue. C'esl ici qu'il faudrait évoquer le génie de l'histoire pour raconter les grandeurs dont il ne reste que le vide emplacement des magnificences disparues si complètement qu'on en cherche en vain les vestiges. Sidon ou Saidèh s'amoindrit tous les jours, laisse tomUr des maisons, perd des habitants et voil s'effacer jusqu'à ses ruines. Cet ampLùlliéàlre jadis tout couvert
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d'édifices, et qui embrassait deux ports pleins de vaisseaux, ne porte plus que la luxuriante végétation de la nature syrienne; les débris de l'ancien palais gothique, à l'architecture fine et riche, ont été dispersés, il y a moins d'un siècle, par les boulets turcs; le château mauresque, qui commandait la passe, et dont les lours se rattachaient à la ville par un pont aussi hardi que pittoresque, a croulé sous les bombes anglaises. Quelques rues sales, quelques places encombrées de pierres écroulées, une rade nue, une darse comblée de subies, voila ce qui reste de toutes les richesses accumulées tour à tour en ces lieux, par les Phéniciens, les Grecs et les Romains. Quelques auteurs prétendent qua Sidon, fiis amé de Canaam, bâtit cette ville. D'autres soutiennent que ce nom lui a été donné à cause du commerce de poissons qu'on y faisait. On l'appelle dans la langue syriaque Sida Belhsida, Maison des Pécheurs.
Sur les ruines des premiers remparts, dans quelques endroits qui présentent la forme d'un château, s'élèvent aujourd'hui les fortifications de Sidon, fortifications qui au premier coup d'oeil l'ont voir leur insuffisance à résister contre une forte attaque.
Comme elle est située sur la pente d'une colline, qui borne la mer, les Egyptiens y ont er.usé deux larges fossés pour empêcher le débarquement. On voit sur le point culminant de la colline une tour carrée qui domine tout le pays et la plage voisine. Elle a deux pièces d'artillerie ; du côté nord une citadelle ou plutôt un amas d'habitations arabes surmontées d'une terrasse, mais en si mauvais état que le tout menace ruine. Là aussi les Egyptiens ont placé six pièces d'artillerie.
Cette forteresse délabrée communique avec la ville à l'aide d'un pont long de cent quatre-vingts pas et qui sert eij même temps d'acqueduc.
Malgré sa mauvaise construction extérieure, cette forteresse, lors de l'expédition, pouvait se défendre un certain temps; car le labyrinthe de ses sentiers tortueux et obscurs, les voûtes qu'on y rencontre à chaque pas, les portiques écrasés et les ténébreuses cavités qui les flanqrent, une fois barricadés, seraient autant de châteaux forts pour un ennemi qui oserait y pénétrer.
La population de Saidèh, est entassée dans de chélives cabanes malpropres, humides et où on respire un air corrompu et malsain.
Sous le gouvernement des premiers pachas, Saidèh contenait encore vingt mille âmes; depuis cinquante ans elle a perdu les trois quarts de cette population. Le commerce s'en est allé ailleurs; les Européens ont q-ùtté peu à peu cette plage dépossédée, et avec eux sont partis leurs consuls, leurs correspondants, la vie active. La garnison, quand nous arrivâmes devant ses murs, était de trois mille hommes.
Pour s'emparer de Sidon, on avait destiné cinq navires anglais, le Thunderrr, les vapeurs Sfromboli, Vesnvio, le Gordon et le brick Wasp; une corvette turque la Mokudel-Uine et la frégate autrichienne lu Guerriera. Les forces destinées au débarquement étaient de sept cents Turcs, trois cents Anglais et soixante-dix Autrichiens.
Le 2i septembre, ces bâtiments, ayant mouillé dans la rade, envoyèrent un parlementaire anglais au commandant de la place, pour en demander la reddition. Il répondit qu'ayant juré cbjissance à son souverain il voulait défendre la place qu'on lui avait confiée.
Après onze heures du matin on commença avec des bombes l'attaque des forts, d'où on riposta avec quelques coups d'artillerie sans nous faire éprouver la moindre perte car les
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canons de l'ennemi étaient presque tous horsde service;vers une heure, la brèche ayant été pratiquée, on fit descendre du monde dans des embarcations qui se disposèrent à prendre terre au premier signal donné par le commodore Napier.
La troupe de débarquement avait été répartie en trois colonnes; une, composée de Turcs, devait s'emparer du fort du côté de la mer; la seconde, d'Autrichiens et d'Anglais, devait pénétrer dans la ville du côté delà terre : la troisième, enfin, formée d'Anglais spécialement, devait effectuer son débarquement à l'est pour couper la retraite à l'ennemi.
Vers deux heures de l'après-midi le signal de l'attaque fut donné : lesTurcs s'avancèrent les premiers vers les forts qui avaient été abandonnés par les Egyptiens qui se tenaient dans la douane, d'où ils foudroyaient sans cesse les Turcs, qui cependant parvinrent à les débusquer, ce qui permit à la colonne de débarquement d'arriver sur la plage. La brigade anglaise mit pied à terre hors de la ville en se préparant à l'assaut 5 le bataillon autrichien s'avança dans les embarcations harcelées par la mousqueterie des Egyptiens blottis dans les fossés ou cachés derrière les maisons le long du rivage. Ayant pris terre, on vit le cadet Chinca de Brescia, porte-enseigne, grimper jusqu'au sommet des boulevaiis en se cramponnant aux débris d'une ancienne muraille, suivi de quelques hommes courageux comme lui, chercher à s'introduire dans la ville et pouvoir y aider d'autres hommes avec lesquels on eût pu faire diversion. Un bien petit nombre d'ennemis, quelques balles bien dirigées, eussent suffi pour se débarrasser de ces hardis assiégeants. En effet, par un pan de mur éboulé qui ouvrait une brèche profonde, et à travers laquelle on les vit un moment disparaître, on crut qu'ils avaient été massacrés -, mais cette crainte cessa bientôt quand tout à coup on vit flotter en haut de la terrasse le dra-
peau autrichien 5 c'était Chinca,un enfant de l'Italie, qui l'avait arboré.
Sur cette brèche tomba le marin Cirielo, frappé de trois balles, Tune à la poitrine et les autres au visage. Là aussi fut renversé par une balle reçue dans la poitrine un autre marin, Bagotli,qui se releva pourtant de sa blessure par les soins du docteur Minonzio. Le drapeau de Chinca était criblé de balles.
L'audace des nôtres découragea tellement les Egyptiens que bien peu osèrent traverser les petits sentiers pour tirer sur nous. En attendant, les Anglais enfonçaient les portes, et, ayant chassé les ennemis, venaient nous rejoindre. Les Turcs débarqués près de la douane se réunirent aussi, et à quatre heures Sidon était en notre pouvoir.
Les Arabes, élonnés de la discipline et de la valeur froide et enthousiaste tout à la fois des Européens, déposèrent les armes au nombre de mille six cents; les autres prirent la fuite. On dit que dons celte attaque Méhémet Ali eut trois cent cinquante morts et un grand nombre de blessés. 11 n'y eut de notre côté que trois morts et quelques dommages éprouvés par nos bâtiments.
La possession de Sidon nous mit en communication avec la montagne, et par là à même d'armer le Liban méridional et de faire avancer nos forces contrel'émir Beschir.Lemème jour, le commodore Napier envoyait au prince Frédéric la lettre ci-dessous comme une preuve de satisfaction pour le succès qu'avait obtenu dans celle affaire la Guerrière :
« Je ne puis quitter Saida sai:s exprimer à V. A. 1. mon « entière approbation pour la b avoure des officiers et des « hommes de la Cneirieru qui, conjointement à f infanterie « de marine anglaise, ont emporté d'assaut le château qu'on a leur avait désigné.
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« Je remercie en outre V. A. I. pour la position prise et « pour la précision du feu des canons sur sa frégate.
« Dans toute autre expédition qui pourrait avoir lieu, il « n'y aura pas pour moi de plus grande satisfaction que « d'avoir V. A. I. dans mon escadre. »
En reprenant maintenant les détails sur la place de Sidon, je remarquerai que la ville moderne occupe précisément l'emplacement de l'ancienne, un peu plus enfoncée dans les terres. On y rencontre des ruines de la plus haute antiquité et qui sont gardées dans un vaste jardin de citronniers et d'orangers.
La plupart de ses habitants sont arabes ou catholiques romains. Cette ancienne métropole de Phénicie, si renommée pour son commerce et pour son carmin, n'a pas entièrement démenti son habileté à teindre la soie, dont on fait encore des robes et des écharpes pour les habitants. Le commerce que cette ville fait aujourd'hui avec succès est celui des cèdres. De même que tous les Syriens, les habitants de Sidon se couchent sur des nattes, et sur des tapis, qui leur servent de lit la nuit et de siège le jour.
L'intérieur de leurs maisons est tenu avec la plus grande propreté, mais les rues, les portiques et les avenues delà ville sontencombrés d'ordures, d'où s'élèvent des exhalaisons nuisibles, et l'immense quantité d'insectes quis'endégagent portent des maladies qui déciment le pays. Je rapporterai A ce propos ce quecrivnil un médecin célèbre de celte expédition.
« Dans ce moment lapesten'y règne pas, mais l'ophtbalmic égyptienne, maladie perpétuelle ici, sévit dans loule l'Egypte. En parcourant ces rues étroites, on voit en frifftfe temps tous les degrés de la maladie, depuis la simple congestion jusqu'à la destruction complète de l'œil, et les rava-
gcs qui résultent d'une inflammation négligée. 11 paraît que le malheur commun, au lieu de rendre les Arabes plus avisés sur Je danger, les porte au contraire à s'abandonner à une résignation commune et à ne se soucier de rien, car la plupart ne prend pas le moindre soin. Des vieillards, des femmes et des enfants de tout âge et de toute condition en sont attaqués, et tous se mêlent ensemble sans aucune précaution. Maintenant le tiers de la population en est attaqué et il suffit de suivre un convoi funèbre pour voir combien d'aveugles se font traîner, malheureuses victimes plus de la négligence et du défaut de moyens pour se guérir que de l'influence du climat. »
D'après l'opinion de beaucoup de médecins oculistes, la cause qui fixe la maladie dans ce pays doit être attribuée à l'humidité. Presque tous les Arabes dorment sur des terrasses à la belle étoile, et ceux qui se tiennent à l'abri de la rosée passent la nuit renfermés entre des parois humides et couvertes de salpêtre. On doit reconnaître aussi, comme une des causes influentes, celle supposée parGrégor: « Souvent, dit cet auteur, on aperçoit un grand nombre de mouches qui volent autour de ceux qui sont attaqués d'ophthalmie, et je soupçonneque souvent par ce moyen lamaladie se propage.»
Les côtes de la Syrie fourmillent d'une quantité de mouches dont il est impossible de se garder. Leur opiniâtreté à s'attacher aux choses qu'elles poursuivent les a fait appeler importunes; et on doit en conclure qu'elles sont toujours affamées, car on ne peut d'aucune manière s'en garantir. Nous avons remarqué qu'elles se jettent, préférablement à toute autre partie du corps, sur les yeux. L'Arabe s'y habitue et reste impassible sans se donner même la peine de les éloigner. Par le passage des mouches qui se portent des yeux malades sur ceux qui ne le sont pas, la maladie s'y greffe.
Au nombre des prisonniers que nous reçûmes à bord de la frégate, il y en avait beaucoup qui étaient affectés de cette maladie. Malgré les soins empressés de notre chirurgien en chef, le docteur Minonzio, la contagion se communiqua à deux de nos marins, qui en furent attaqués avec tant de violence qu'on dut recourir à la méthode antiphlogistique , méthode la plus énergique et avec laquelle seule on put les guérir.
Revenons aux détails sur la campagne de Syrie. Le commodore Napier , réfléchissant que si on laissait à Ibrahim le temps de rétablir une certaine régularité parmi les siens, par l'excès de la cruauté, résolut d'aller au devant de lui à la tète de deux mille hommes et avec l'escorte de plusieurs montagnards réfugiés.
Après avoir gravi les montagnes, ils descendirent dans une grande plaine. Ils y trouvèrent plusieurs des fugitifs qui, errant à travers les bois et les détours de ce vaste pays, vinrent en foule se ranger sous les drapeaux de l'expédition et donnèrent le renseignement qu'Ibrahim et Soliman étaient peu éloignés. Nos soldats s'étant alors rangés en bataille sur la route de Damas, au premier choc cette foule confuse fut mise en déroute, et comme un torrent qui à mesure qu'il s'éloigne de son lit, serpentant par mille détours, finit par se perdre, ainsi s'évanouirent les soldats d'Ibrahim en Rapprochant de la ville. Le nombre des blessés d'un côté et d'autre fut bien petit, et le 13 nous aperçûmes les nôtres, qui, au comble de la joie, revenaient à nous avec mille cinq cents prisonniers.
La démoralisation, la désertion et les dissensions qui régnaient parmi les soldats d'Ibrahim, fruits de ses rigueurs excessives, les poussaient à se soustraire à la férocité de ce chef et à chercher la protection des alliés. Ibrahim, dé-
sorienté et ne trouvant pas d'autres moyens pour les ranimer et les réunir, publia la proclamation suivante, laquelle n'obtint aucun crédit sur l'esprit de ses soldats démoralisés par l'attitude de nos troupes dans les combats, par la tactique militaire et par l'union des premières puissances de l'Europe, moins la France, coalisées contre leur général Ibrahim et leur souverain Méhémet-Ali :
« Habitants de la Syrie ! jeunes et valeureux guerriers auxquels le grand Prophète accorda la grâce d'être à mon service pour défendre avec moi et Soliman les droits sacrés de la nation en même temps que ceux de mon père votre souverain, ne tentez pas, dans ces moments d'infortune, de vous soustraire à mes ordres.
«Toutes les fois que j'ai été à votre tête, n'avez- vous pas marché de victoire en victoire? n'avez -vous pas vu fuir toujours devant moi l'ennemi ? Les arts, les sciences et le commerce n'ont-ils pas fleuri sous l'administration de mon père?Ne vous a-t-il pas poussés dans la voie du progrès? Pourquoi donc voulez- vous maintenant m' abandonner pour vous mettre à la discrétion des étrangers, qui dans leur avidité ne connaissent que leur intérêt, et qui ne sont dominés que par l'esprit de conquête et d'ambition? Us mentent dans leurs promesses, et leurs cabinets, là où on ne forge que des mensonges, ne manqueront pas de vous subjuguer, de vous écraser. Il vaut mieux vivre ignorant et libre que savant et esclave. Qu'avez- vous à désirer sous le gouvernement d'Ibrahim?
« Tournez un peu vos regards autour de vous ? ne voyez vous pas les édifices qui ont été élevés pour recevoir les mendiants, les orphelins et les pestiférés, horriblement mutilés et réduits à des tas de décombres ! Les baïonnettes européennes ont percé vos amis, vos parents, vos conci-
toyens.... Pouvez-vous si facilement oublier une telle barbarie ?...
« Défendez vos terres contre ces hordes ennemies -, aux cris d'affranchissement et de paix, ils viennent pour vous enchaîner et fouler aux pieds vos lois. La patrie vous demande du secours, ne la trompez pas dans ses espérances ; dussiez -vous lui faire le sacrifice de votre vie, vous ne pouvez pas la lui refuser !...
« Vous qui faites preuve de générosité, vous qui avez été not-e soutien, ma pensée la plus belle, venez dans cette circonstance à mon aide... Je saurai récompenser votre courage avec des honneurs, avec des emplois, avec des richesses; mais ce qui fera éclater votre gloire dans toute sa beauté , ce sera d'avoir coopéré à votre indépendance et d'avoir affermi les fondements de votre régénération.
« Ibrahim-Pacha. »
La publication de cet appel, fait d'un style où l'on reconnaît des idées européennes en contradiction avec des faits orientaux ; ou les mots d'indépendance de patrie, sont des chevilles pour boucher une phraséologie creuse d'un patriotisme que la domination dlbrahim ne reconnaissait pas, augmenta au lieu de diminuer le nombre des déserteurs. S'il se fût montré dans cette circonstance le défenseur de l'islamisme, s'il eût invoqué sa victoire sur les Yahabites, pour délivrer la Mecque de leur joug réprouvé, c'eût été plus vrai, et ses paroles eussent pris dans l'e prit des habitants de la Syrie une autre tournure et remué le cœur de ses soldats autrement que de vagues paroles sur une liberté et sur une indépendance que sa barbarie orientale outrageait quotidiennement.
Quoique la perte des forteresses de Bairouth, Saida, Tyr et Tripoli dût être bien sensible à Méhémet-Ali, il lui res-
élk EGYPTE.
tait de l'espoir encore : le secours des Français, qu'il attendait impatiemment, et Saint- Jean-d' Acre, qui n'était pas encore tombée dans les mains de ses ennemis. De cette place il pouvait repousser vigoureusement les attaques des alliés et les faire échouer dans leurs projets. Le génie de Napoléon à son aurore et dans toutela vitalité de son audace, maître d'Alexandrie, du Caire et de l'Egypte, n'avait-il pas échoué devant cette place, quand son fils Ibrahim, plus heureux, s'en était rendu maître quelques années avant qu'elle fût menacée comme elle l'était en ce moment ?
Mais, pendant que le vice-roi était bercé par ces idées flatteuses, l'émir Beschir, chef des montagnards, faisait sa soumission et s'embarquait pour Bairouth,où il se proposait de complimenter les amiraux et mettre à leur disposition six mille hommes armés, et vingt mille désarmés. Après cette soumission de l'émir, on pouvait dire et assurer que la Syrie, conquise par les quatre puissances, était rendue au sultan.
Le 24 au soir, la Guerriera en compagnie de la Médée, faisait voile pour Saint-Jean-d'Acre, et le 25, au déclin du jour, nous étions en vue de Tyr. Lorsqu'on a gravi plusieurs côtes rocailleuses et arides, qui s'étendent au sud d'Al- Kantara, on débouche enfin sur une plaine nue, brûlée, plane, aux buissons rares et épineux, qui s'en va huit lieues durant jusqu'à la mer, où elle lance un promontoire aigu. Puis, au-delà de ce promontoire, parmi les roches du rivage, on voit un point brillant qui ressemblée un vaisseau engravé dans la vase; c'est Tyr, la cité naufragée, connue aujourd'hui plus communément sous le nom de Sourd. Une jetée en ruine, quelques cabanes de boue adossées à des murailles croulantes, quelques troupeaux de chèvres noires pour toute richesse, quelques Arabes déguenillés pour toute population, la voilà telle que la malédiction d'Ézéchiel l'a faite,
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cette reine des mers ! Pas une école dans l'enceinte de la ville, de cette ville qui inventa l'écriture 5 pas un lambeau de soie sur le dos des descendants de ceux dont la pourpre habillait les rois; pas un soldat sur la plage, hors ceux accidentellement placés pour s'opposer à nous, dans la dernière possession des Croisés en Syrie ; pas un vaisseau hors les nôtres, dans le port de la grande cité navigatrice des premiers âges, de la Venise antique.
Le 12 novembre, vers le soir, nous étions devant Saint- Jean-d'Acre, et nous jetâmes l'ancre devant la forteresse.
Les Juifs connaissaient Acre sous le nom d'Haco, les Grecs sous celui d'Accon ; Ptolémée, qui l'affectionnait, l'appela Ptolémaïs. Après avoir été grecque et égyptienne, elle devint colonie romaine sous l'empereur Claude; puis les Arabes la conquirent en 638 ; les Croisés la reprirent au commencement du douzième siècle, et à cette époque nous la voyons dans toute sa célébrité. Deux siècles plus tard, elle fût saccagée, brûlée, ruinée par ces mêmes Egyptiens qui naguère l'avaient embellie. Enfin elle végéta dans la misère et dans l'oubli jusqu'à ce que, vers 1750, Ahmed-Pacha en fit sa résidence. Acre eut le don d'apprivoiser cette bète féroce; Djezzar ( le Boucher ), tout en étalant quelques tètes coupées sur les fortifications à la manière des tyrans orientaux, la dota pourtant d'une mosquée digne de Constantinople , d'une fontaine digne d'Alep , d'un bazar digne de Damas. Quoiqu'il en soit, Acre ne peut jamais devenir une capitale; car sa rade est dangereuse, son port est comblé et ses rouies de terre sont presque impraticables.
On y compte dix-huit à vingt mille habitants. Sa position, avec une petite dépense et une petite garnison, peut la rendre une place de guerre assez importante. Du côté du continent, elle est défendue par un double enclos. Le
premier est tout à fait en ruine et consiste dans une muraille hante de vingt-cinq à trente pieds, surmontée d^ plusieurs terrasses et qui existait déjà en ! ?89, quand ^Français en firent le siége.Li' sjecbnd, élevé dae les soins de Djezzar, est encore très bien conservé et bâti de manière à soutenir les coups de l'artillerie; il existait à l'époque qu'Ibrahim-Pacha l'assiégea. Ces deux enclos sont séparés par un fossé. Un second fossé bordé d'une palissade, sépare le second enclos de la plaine. Du côté de la mer, cette ville a des remparts hauts de vingt-cinq pieds avec des canons. La citadelle, située au nord, n'est qu'une tour carrée qui domine toute la ville; elle portait à l'époque de noire expédition à chacun de ses quatre côtés un canon de gros calibre.
Aussitôt que huit heures sonnèrent, le signil fut donné de mettre de nouveau à la voile; les bâtiments destinés à l'attaque étaient au nombre de vingt et un, savoir : sept vaisseaux, quatre frégates, deux bricks, et quatre vapeurs anglais, deux frégates et une corvette autrichiennes puis un vaisseau turc ; il y avait en tout neuf cent vingt-huit pièces d'artillerie de dix-huit à trente-six et de plus les nièces des vapeurs, dont chacun portait six canons à la Paixhans. La garnison de la ville consistait en cinq mille hommes, sans comprendre la cavalerie ni l'infanterie hors de la ville. Les murs portaient deux cent vingt-neuf bouches à feu, et la moitié dominait l'escadre,
La mer était calme et le temps parfaitement beau. Une brise légère, qui petit à petit se changea en un vent du nord assez vif, favorisa, en poussant la fumée de nos batteries sur la ville, leur tir et la justesse de leurs coups.
A deux heures de l'après-midi, le Castor, frégate anglaise, ancré à la portée du fort, commença le feu; il avait à sa suite le vaisseau du Commodore Napier et les autres bâtiments. La
garnison ne riposta pas, ce qui nous permit de nous déployer. Quelques instants après, un large drapeau égyptien flollait sur les murs, et. comme s'il eût été le signal de l'attaque, son apparitionfulsuivied'unebruyante canonnade sur touslespoints, mais heureusementlescanonsayautétépointés trop haut, leur feu ne nous lit aucun mal. Nous répondîmes vivement à cette invitation, et le drapeau fut bien vite abattu par une balle qui rompit la hampe qui le soutenait.
Il est impossible d'imaginer, quand le feu fut engagé de part et d'autre, le bruit infernal que faisaient la cannonade, le feu de la mousqueterie et les cris perçants souvent répétés par les assiégés et les assiégeants. Des tourbillons d'une fumée noire obscurcissaient l'air, et faisaient que le ciel disparaisait tout à fait aux regards. Des boulets enflammés étaient lancés sur la ville, où ils portaient l'incendie et l'épouvante, tandis que leur sifflement dans les airs augmentait la terreur de les avoir entendus passer près de soi. La voûte ténébreuse qui planait sur cette scène épouvantable était éclairée de temps à autre par la flamme rougeàtre des canons, qui vomissaient sans interruption la ruine et la destruction là où ils entraient.
Cette cannonad; continuée par les nôtres pendant plusieurs heures, aidée du vent qui poussait sur la ville la fumée épaisse qui s'en dégageait, nous permit de faire beaucoup de mal à l'ennemi, lequel, enveloppé de fumée, n'avait pas la conscience des coups qu'il tirait. Les soldats égyptiens étaient décimés par nos feux. Le commandant de la citadelle, Schutz, tomba un des premiers. La garnison, éperdue, découragée, ne ripostait plus qu'au hasard.
Vers quatre heures un quart, une poudrière sauta avec un fracas épouvantable. Cette explosion, causée probablement par quelques-unes de nos fusées, ouvrit une large
♦tranchée du côté de l'entrée du port. Vers six heures, le feu de la forteresse cessa tout à fait; ce qui nous annonçait que nous étions sinon encore mai très de fait de la place, de droit nous l'étions.
L'équipage de la Guerriera, qui n'avait pris que très peu de nourriture le matin, vers le milieu de la nuit, harrassé de fatigue, après avoir placé des sentinelles, obtint la permission de se reposer. Pendant ce temps, on voyait des lumières qui couraient le long des murs de la ville. C'étaient des chefs égyptiens qui inspectaient les différents points de la forteresse et des fortifications, pour voir s'ils pourraient encore présenter de la résistance.
Le contre-amiral turc Walcher, capitaine de la marine anglaise de guerre, ayant appris la nuit, par Nugent, qu'une grande partie des ennemis s'était retirée de la ville, avait fait débarquer treize cents hommes de son équipage; mais, comme ils étaient en petit nombre , il avait demandé à l'archiduc un détachement pour pouvoir entrer à Acre. Une centaine d'hommes de marine de bonne volonté, soldats, artilleurs, conduits par le colonel Lebzeltern et l'archiduc en personne, débarquèrent sur la plage, au sud-est de la ville, où, réunis au comte de Nugent, ils pénétrèrent dans l'intérieur par une brèche faite par le canon.
Acre, comme Sidon, a des rues étroites, tortueuses et qui pouvaient renfermer à chaque pas des embûches pleines de périls pour le petit détachement; elles étaient cependant plongées dans un profond silence et encombrées à chaque pas de tas de pierre que notre artillerie y avait entassées. Nous heurtions, à chaque pas que nous faisions, des cadavres et des mourants. L'obscurité augmentait l'horreur des cris que ces derniers poussaient dans les profondeurs des ruelles, et des arcades pour appeler du secours. Nous étions
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dans la crainte d'être assaillis à chaque instant à l'improviste, sans pouvoir deviner de quel côté viendrait l'attaque. Les portiques, les souterrains, les sentiers, les hangars, sous lesquels les ennemis pouvaient être cachés, pouvaient éveiller dans le cœur des plus hardis une terreur légitime 5 nous traversions les maisons et les ruelles avec beaucoup de précautions et à pas lents. Le ciel s' étant éclairci, il nous devint facile de voir qu'en plusieurs endroits il y avait des sentinelles et des corps-de-garde, qui pourtant frappés de l'apparition des nôtres, ne sachant quel parti prendre, nous laissaient continuer notre chemin. Arrivés à la citadelle, nous y montâmes et y arborâmes le drapeau de l'expédition, qui, ayant été vu de lamer, fut salué par vingtun coups de canon.
L'état-major à la suite de l'archiduc était composé du baron Lebzeltern, de l'enseigne de vaisseau, du baron Dembowoschy, Milanais, du lieutenant d'artillerie Sewivich, du docteur Minonzio, chirurgien en chef de la Guerriera, et des cadets Hochofler et Kohen qui portait le drapeau.
Celui qui a vu Acre au moment du combat a vu le tableau le plus terrible qui se puisse voir et que la guerre puisse présenter. Des murs, des remparts, des boulevarts troués, fendus, en pleine ruine; des canons jetés loin de leurs affûts, démontés, et près de ceux-ci des jambes, des bras, des crânes écrasés, des poitrines ouvertes par le boulet, mêlés aux débris de cette destruction ; la terre jonchée de morts et de mourants, voilà ce qui se présenta partout à nos regards dans la citadelle.
Dans la ville, le spectacle n'était pas moins affligeant. Les maisons qui tombaient en ruine, crevassées de tous les côtés par nos balles, nos bombes et nos boulets ; les rues encombrées de fragments de bombes, de pierres et d'armes aban-
données ; à côté d'un cheval mort, un soldat qui se débattait * sous l'agonie; près du cadavre d'un homme, une bête mutilée se remuant encore. Cette scène d'horreur devenait encore plus épouvanlable sur les lieux où le magasin à poudre avait éclalé. Sa chute avait entraîné celle d'une partie du fort qui donnait sur la campagne et où une vaste caserne réunissait beaucoup de soldats d'infanterie. Dans cette explosion, seize cents hommes furent ensevelis sous les ruines. Les mourants et les morts gisaient pèle -mêle avec les cadavres des bœufs, des mulets, des chameaux tués, écrasés, moulus sous le poids.des pierres qui les couvraient. Il y avait des hommes entièrement défigurés; d'autres se traînaient pleins de sang, les yeux sortis ou rentrés hors mesure , et s'accrochaient aux poutres pour respirer. Enfin, rien ne peut exprimer ce qu'il y avait de terreur dans nos âmes, de souffrance dans nos cœurs, quand, l'exaltation du combat calmée, nous fûmes appelés à débarrasser tous ces décombres pour porter du secours là où on espérait sauver encore quelques existences.
Dans cette attaque, deux mille hommes environ périrent, seize cents sous la poudrière et quatre cents sur le fort et dans la ville.
Les Anglais, d'après le bulletin de Stopford, perdirent douze hommes et un officier, trente- deux furent blessés ; les Turcs n'eurent que deux morts et trois blessés ; l'escadre autrichienne deux morts et deux blessés ; la Medée, un mort; la Guerriera, un mort et deux blessés. Les dommages qu'éprouvèrent les navires alliés furent presque nuls.
Avec la chute de Saint-Jean-d'Acre, Méhemet-Ali pouvait considérer la Syrie comme perdue pour lui. En effet, n'étaitil pas extraordinaire que les quelque mille soldats employés contre lui par les quatre puissances l'eussent vaincu,
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lui qui avait à sa disposition, sous les ordres de son fils Ibrahim, une force quintuple à opposer. Mais dès le commencement de la guerre des défections sérieuses dans les Européens qu'il employait vinrent l'atteindre. Non seulement parmi les Turcs les détections eurent lieu, mais même parmi les Francs.
En 1836 Méhémet-Ali disait au divan de Keneh : « De tous les Européens qui ont travaillé pour moi, trois m'ont rendu de grands services : Sère, Cérisy et Clôt. Ces Français sont les premiers Francs que j'ai connus, et ils ont toujours justifie la haute opinion que j'avais conçue d'eux lors de l'expédition de Bonaparte. » Ces paroles n'étaient point une flatterie de circonstance; il n'y avait à ce moment dans le divan que le prince Puckler-Muskaw, un colonel russe, M. Campell, consul anglais, et les gouverneurs de Kénch et d'Esneh. Un ingénieur italien, Delearetlo, qui avait fortifié Saint-Jean-d'Acre, depuis que celte ville était tombée entre les mains d'Ibrahim, fut le premier à passer à bord de la flotte anglaise pour communiquer le plan de la place et diriger le feu. Un Anglais, M. Brelell, ingénieur des mines, se rendit également coupable d'une pareille trahison. Pendant dix ans, il avait parcouru la Syrie aux frais du gouvernement égyptien \ il e; nnaissait parfaitement les dispositions des diverses parties de la population et le fort et le faible de chaque localité. A h nouvelle du projet de coalition européenne con!re l'homme dont il avait accepté les bienfaits et possédé la confiance, M. Brelell passa en Angleterre pour donner les renseignements nécessaires au soulèvement de la Syrie et à la conduite des opérations militaires dans cette contrée. Les Français n'ont point perpétré de félonies semblables. Tous suivirent l'Iionorable exemple donné par Soliman-Pacha, et restèrent i ncbranlablement Cdèles à la cause qu'ils avaient
embrassée. Il faut dire aussi qu'ils ne se trouvaient pas dans la nécessité de porter dans cette campagne les armes contre le drapeau de leur pays, et que même jusqu'à la fin ils espéraient, pour le vice-roi, le concours de la France.
Ce qui perdit en outre Méhémet-Ali , ce furent d'abord la tyrannie d'Ibrahim exercée sur ses confédérés et ensuite l'assurance, bien qu'ils manquaient souvent des vivres nécessaires, que les approvisionnements dans les magasins de Jaffa, d'Alep, de Damas et de Saint-Jean-d'Acre étaient autant pour vendre au commerce que pour subvenir aux besoins de la campagne; de plus la solde était irrégulière.
Sur les entrefaites de la prise de Saint-Jean-d'Acre, Méhémet-Ali donnait ordre, d'Alexandrie, d'envoyer dans la Syrie neuf frégates , et le vaisseau amiral était sur le point de sortir, quand le bateau à vapeur le Cyclope et d'autres navires placés à l'entrée du port s'y opposèrent.
Le 6 octobre, le colonel Lebzeltern, débarqué de bon matin en compagnie du cadet Botta, pour prendre une connaissance exacte du fort et en dresser le plan, manqua d'y être enseveli avec quatre cents hommes par une seconde explosion qui eut lieu un peu avant qu'il y mit le pied. Ce nouvel embrasement fut produit par les matières enflammées qui sous terre et parmi les décombres vinrent atteindre quelques barils de poudre abandonnés. L'archiduc descendit à terre immédiatement, se porta sans délai sur le lieu de l'événement, et remarqua qu'un donjon et un pande muraille étaient tombés. Le colonel anglais Smith avait été blessé à cette occasion.
Pendant que ces choses se passaient ainsi, le major Logotetti, commandant la corvette la Clémence, qui était restée devant Alexandrie aux ordres du commodore Fischer, commandant du vaisseau anglais VAme, passait à Tripoli, où il arrivait au coucher du soleil, le 16 octobre, malgré une
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furieuse tempête qui Pavait assailli en chemin. Il informa immédiatement l'archiduc, qui se trouvait là, de l'état des choses.
Le major Logotetti, depuis le matin du 4 7, avait arboré son pavillon. Un horrible fracas qui partitdela ville vintle frapper. Informations prises, il apprit que les Égyptiens, à la vue du pavillon autrichien, avaient encloué leurs canons et mis le feu à la poudrière. L'agent consulaire d'Autriche et quelques citoyens vinrent à bord prier le commandant de vouloir bien envoyer un détachement afin d'assurer la vie et les biens des habitants ; ce qu'il fit en envoyant une petite expédition sous les ordres de Martinitz, porte-enseigne de vaisseau. Cette expédition était composée de soixante hommes avec deux machines à fusées. Le cadet Donadini, sur une autre embarcation, était prêt à protéger la retraite du petit détachement dans le cas où les circonstances l'exigeraient. Le lendemain, le commandant s'empara du fort, éleva le drapeau ottoman au milieu des drapeaux des quatre puissances. La corvette le salua lui et ceux des alliés de vingt et un coups de canon.
Le bruit courut que la cavalerie égyptienne se portait sur Tripoli et qu'Ibrahim, s'étant aperçu que la ville n'était défendue que par une seule corvette, regrettait d'avoir fait sauter la poudrière, encloué les canons, et venait pour s'en emparer. Cette nouvelle répandit un peu d'alarmes parmi nous. Nous nous retirâmes de la ville après y avoir établi toutefois un gouvernement provisoire. Le détachement fut échelonné pour harceler l'ennemi. La corvette se mit à l'ancre près de la côte, et les embarcations furent armées avec ordre de se tenir prêtes au premier signal. Pendant que l'équipage de la corvette prenait ces dispositions, on envoyait les montagnards armés pour attaquer les Egyptiens dans le
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cas où ils tenteraient une attague. Rien n'arriva cependant de tout ce qu'on craignait. Ibrahim avec ses troupes ne se montrèrent pas, et jusqu'au 17 novembre la forteresse eut garnison autrichienne. Plus tard le commandement en fut remis au Pacha qui avait été envoyé là expiés pour en prendre possession au nom de son souverain. La corvette, n'ayant plus rien à faire, partit à la suite des ordres de notre contreamiral pour Bairouth.
Stopford fit remettre à notre contre-amiral à Saint- Jeand'Acre la dépèche du 5 novembre, qui fut lue le jour suivant à bord de tous les navires.
« Après le succès éclatant qu'obtint l'escadre de S. M. Britannique, réunie aux forces autrichiennes placées sous votre commandement, je saisis avec un vrai plaisir les premiers instants de tranquillité pour vous exprimer mes plus vii's remerciements pourles services que les forces autrichiennes sous vos ordres ont rendus dernièrement dans l'attaque de Saint-Jean-d'Acre. Je vous prie, monsieur, de vouloir bien communiquer mes sent.ments à S. A. 1. l'archiduc Frédéric et à tous les officiers et les équipages de l'escadre autrichienne. »
Le 10, nous finies voile pour Bairouth, pour nousrallierau reste de la flotte qui mouillait dans son port. Le 12, plusieurs embarcations venant de Conslantinople mirent à terre la milice ottomane. La garnison turque pouvait être évaluée en Syrie à ce moment à seize mille hommes. Il y avait de vigoureux montagnards en grand nombre qui inspirèrent bien vile une salutaire terreur dans le pays, pour empêcher les Syriens, attachés encore à la cause de Méhémet-Ali, de tenter la moindre réaction en sa faveur.
Le 15, le vapeur Metternick apporta des dépêches impériales et la décoration de &arie-ïbéièae, que l'empereur ac-
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cordait à son cousin Frédéric pour la prise de Sidon. A l'occasion de cette nouvelle, le jour suivant, un somptueux banquet réunit l'amiral Stopl'ord et tout l'état-major anglais à l'élat-major autrichien. Le contre-amiral Bandiera en donna un autre le lendemain à bord de la Nédée.
Pendant ces l'êtes, un bruit sourd circulait, qui faisait entendre que Méhémet-Ali avait réussi à sortir du port d'Alexandrie avec la flotte tureo-égyptienne, et qu'ayant attaqué les alliés, il 1rs avait mis en déroute et repris Saint- Jean-d'Acre. Ce bruit était souverainement Taux. Méhémet l'avait l'ait répandre parmi ses troupes pour empêcher la défection, qui augmentait de jour en jour. Cinq mille Arabes qu'il avait fait blottir, pour ainsi dire, dans les rochers et dans tous les endroits cachés pour qu'ils se jetassent sur les détachements isolés et qu'ils inquiétassent par la terreur la sécurité des habitants qui avaient fait leur soumission, devant l'attitude des alliés se dispersèrent petit à petit, et Ibrahim, ne pouvant plus tenter quoique ce lut d'important, se retira à Damas.
Un bateau à vapeur turc, qui venait augmenter la garnison du continent, apporta au prince Frédéric la décoration de l'ordre chevaleresque de Saint- Georges de Russie, accompagnée d'une lettre autographe de l'empereur Nicolas, ainsi conçue:
« Prince Auguste,
« Très sensible aux preuves de courage et de discipline « militaire avec lesquelles vous vous êtes distingué dans les « derniers faits d'armes, donnant un exemple de valeur et « de sagesse, pour vous donner une marque de contente- « ment et d'affection, nous vous décorons de l'ordre sacré « de Saint-Georges, que vous voudrez bien agréer comme
« un gage du désir que nous avons de vous voir poursuivre * le cours glorieux que vous avez commencé sous de si heu- « reux auspices. Nos espérances ne sauraient être mieux « appuyées puisque les actions concourent déjà à les conte solider,