‹ Voyage a Constantinople et en EgypteChapitre 6 sur 33 · AVANT -P KOI' OS' IX · texte numérisé non relu

AVANT -P KOI' OS' IX

désert par les Egyptiens, en dérision peut-être des efforts que nous devions faire un jour pour la deviner.

En écrivant ce livre, je crus un moment me laisser entraîner dans une voie où il n'y aurait plus d'originalité, d'intérêt et d'études prime-sautières à avoir, tellement, pour le public, tout ce qui a été écrit et publié sur l'Egypte et sur la Turquie est un sujet rebattu et auquel il ne fait plus attention, s'il n'est traité par les plumes les plus exercées de la littérature contemporaine. Cependant, à un certain point de vue, il y avait un côté de la question seulement ébauché par la presse périodique, que les gros volumes n'avaient point encore traité. Ce point de vue, c'est la position actuelle qu'occupe le gouvernement de la Sublime Porte au milieu des grandes puissances européennes; c'est le côté pratique de son gouvernement civil très peu connu ; c'est la puissance morale et politique qui protège les étrangers sous la loi du Coran à Constantinople et à Alexandrie; c'est l'histoire vraie et non poétisée de la Turquie actuelle et du gouvernement égyptien sous l'action de la famille do Méhémct-AU,

Les écrits qui peignent les splendeurs ae lit vkj

r AYAiNT-PROPOS.

orientale ne sont pas rares. Pour la plupart des écrivains qui sont allés en Turquie et en Egypte, où la vie domestique est murée, ils n'ont vu que la magnificence du paysage qui les entourait, embelli de tous les souvenirs que rappellent ces lieux si souvent foulés par les peuples les plus célèbres et les plus héroïques de l'ancien monde. J'ai cherché au contraire à échapper à toutes les tentations qui, semblables à des sirènes, attendent l'Européen sur les rives du Bosphore, l'endorment dans un dolce farniente et lui font oublier le motif sérieux du voyage qu'il a entrepris.

Préoccupé surtout de trouver la vie réelle à Constantinople, de lever un peu le coin de ce voile qui cache aux Européens l'existence mahométane ; poussé d'ailleurs par les études que j avais faites bien plus de politique, de commerce et de statistique que de tout ce qui est décoration et mise en scène dans un pays où la nature se rend complice de toutes les illusions, j'ai pu éviter le danger dont je viens de parler. C'est sous l'empire de ce sentiment que je ne m'effrayai point d'écrire sur Constantinople et l'Egypte, malgré tous les ouvrages faits sur cette reine du Pont- Euxin et sur cette contrée. Les travaux antérieurs

ÀVANT-PUOPOS. XI

m'ont été d'un secours utile. Les confrontant les uns aux autres, les adoptant s'ils étaient sincères, les repoussant s'ils étaient mensongers, je pus, aidé de bons et sérieux renseignements, établir mon travail sous une forme nouvelle qui méritât l'attention du lecteur.

Quand on écrit l'histoire des faits qui vous enveloppent et que chaque individu peut toucher du doigt, il y a non seulement des Aristarques qui épluchent rigoureusement le style de l'ouvrage, les pensées qu'il exprime et l'ordre qui a présidé à sa construction, mais encore des hommes bien plus redoutables, qui, sachant les faits qu'on raconte, ne vous permettent point de vous éloigner impunément de la vérité, et vous ramènent tambour battant devant elle pour la confesser. 11 y a donc une obligation rigoureuse d'être au moins véridique, à défaut de briller par d'autres talents. Je pense à cet égard que mon ouvrage paru ne m'attirera aucun des reproches que je signale ici. J'ai toujours vu devant moi, en écrivant ce livre, l'opinion publique; aussi ai-je fait tous mes efforts pour m'attirer son estime et m'assurer son appui.

PREMIÈRE PARTIF

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