‹ Voyage à ConstantinopleChapitre 19 sur 33 · ROUTE DE NAPLES. 41S · texte numérisé non relu

ROUTE DE NAPLES. 41S

pas eu le temps de fermer. Ceux qui n^ont pu trouver place s^accrochent aux portières, aux marche-pieds. Le postillon est obligé d'arrêter. Je vois encore une grosse fille, à Foeil de mégère, monter sur Tune des roues, se penchant sur le coupé dans lequel elle plonge en mettant son poing sons le nez de TAnglaise.

Un grand diable de dix-huit à vingt ans s^est emparé 4tt montoir de derrière, dont il a chassé ses concurrents à coups de talon. II est muet et pousse à nos oreilles des cris de bête fauve. Comme ce moyen ne réussit pas assez vite, il me frappe sur le dos et me tire par le collet.

Une femme à face hideuse se présente avec un enfant à cheval sur son cou, et elle le glisse sur les genoux de la jeune mariée.

Ce n^était rien encore : voici qu^on apporte des infirmes et des malades dans des brouettes et sur des matelas. À un signal donné, tous ensemble poussent des gémissements lamentables. On les couche autour de la voiture et même en avant des chevaux.

Je veux descendre pour respirer, car cette foule suspendue aux portières interceptait Pair. A peine en bas, je suis pressé, coudoyé, tiraillé. Je m'empresse de remonter. J'espère qu'on va partir, mais nous restons une heure entière ainsi exposés aux avanies de cette tourbe que rien ne peut satisfaire. Une aumône faite à l'un en amène dix autres sans faire partir ceux qui l'ont reçue, qui n'en continuent pas moins à demander.

A dix pas de là, et c'est ce qui rendait la scène plus piquante, des gendarmes, les bras croisés, les regardaient faire. Voilà véritablement de bons gendarmes ! Ils semblaient être là non pour protéger les voyageurs, mais pour appuyer les mendiants dans l'exercice de leur exploitation.

Cependant le muet hurlait toujours, en frappant à droite et à gauche pour écarter ceux qui auraient voulu partager

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son marche-pied ; la place lui semblait bonne, et elle lYtait en effet. Pour nous sauver de ces grogrements vraiment insupportables, nous lui avions déjà donné trois fois; mais il vouLnit davantage, et à chaque don ses cris redoublaient de violence. Alors nous convînmes qu^il n^aurait plus rien. Sans doute qu'il nous entendit, car tont-à-coup il se met à parler et à nous accabler d'injures.

Enfin, le fouet du départ se fait entendre. On emporte les malades et les infirmes; ceux qui étaient sur les marchepieds les quittent. Nous nous croyons délivrés , mais c^était seulement de la première division. Une troupe plus fraîche, entièrement composée de jeunes garçons, arrive: au risque de se faire écraser dans les rues étroites, ils se pendent à tout ce qui leur offre prise sur la voiture. Lear existence dépend de la solidité d'une courroie, d'un bout de corde: c'est à faire trembler. Je m'empresse de leur donner pour les faire déguerpir. Ils prennent ma monnaie et ils restent.

II en est un qui saute sur le cheval porteur, s'y met à califourchon la face tournée vers le coupé, en interpellant les Anglais et leur tendant son chapeau. Un autre, le faux muet, s'est élancé en croupe du postillon. C'est dans cet équipage, avec deux à trois individus cramponnés à chaque portière, que nous traversons Capoue.

Du reste, tout y est en fête, et c'est probablement une des causes de cette surabondance de fainéants. Nous sommes au dimanche 19 juin; les lazaroni, les cheveux rasés sur les tempes et le devant de la tête, ce qui leur donne l'air d'orang-outangs, ont ajouté une chemise à leur caleçon des jours ouvrables ; leur costume est maintenant de deux pièces, mais sans plus.

Nous passons près d'un théâtre en plein vent, où s'escrime le polichinelle napolitain. Il n'a ni la double bosse, ni le chapeau pointu, ni les sabots du nôtre. Sa face est

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