‹ Voyage à ConstantinopleChapitre 2 sur 33 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

se pressa pas : il ne reparut qu'à deux heures et demie. Nous avions encore le temps d'aller à la galerie, puisqu'elle ne fermait qu'à quatre heures et qu'on pouvait môme, en doublant la rémunération, obtenir une demiheure de grâce. Or, comme on n'y était admis qu'une fois par semaine et que je devais partir dans les six jours, il ne fallait pas perdre l'occasion. Je cours à la chambre de mon dormeur : il n'y avait personne. Je pense qu'il a pris les devants ; mais on me dit qu'il est allé au bain et qu'il rentrera ^ deux heures. Il en est bientôt trois, et il n'a pas reparu.

Je l'attends un quart-d'heure et ne le voyant pas venir, je monte en voiture. Je n'avais pas fait cinquante pas , que je le rencontre : — Quoi ! vous me laissez là , me dit-il ; vous êtes donc bien pressé? — Comment ! pressé ! il est trois heures et demie et l'on ferme à quatre. — Ah î j'ignorais... Alors ce n'est guère la peine de nous déranger. — Nous continuons cependant, mais nous arrivons juste pour voir fermer la porte que , malgré mes instances et l'offre d'un pour-boire, ou ne veut pas rouvrir. Cette fois, j'étais vraiment mécontent. Je le lui dis. Il convint qu'il avait tort , et il s'en accusa avec contrition. Comment se fâcher contre un homme si repentant? — Allons au Corso, me dit-il; c'est riieurc des gentilshommes et des beaux équipages: laissons, pour aujourd'hui, les marbres et les tombeaux, et occupons-nous des vivants.

Résigné à tout, je lui réponds que je m'en rapporte à

SUJET ET DURÉE DU VOYAGE. xj

M pour l'emploi du reste de la journée. — A la bonne heure , me dit-il, et vous verrez que, moi aussi, j'aircc les arts. 11 y a au Corso de fort belles églises ornées de délicieuses peintures, et je veux vous en faire les honneurs.

Le Corso était fort brillant; après le premier tour, il voulut en faire un second, puis un troisième; si bien <iue riieure du dîner arriva sans que nous eussions franchi le seuil d'une seule édise.

Après le dîner , qu'il fit durer le plus longtemps possible, il m'entraîna dans un café, le seul de Rome où , selon lui , on le prenait bon. Mais par compensation, prétendait-il encore, les glaces y étaient détestables; aussi voulut-il en aller chercher dams un autre café, à un kilomètre de là.

Nous étions convenus de finir notre soirée par le spectablc. Malgré la saison , il y avait un opéra assez bon , et j'étais curieux de voir le tliéAtrc qu'on disait restauré. La nuit s'avançait, il n'y avait pas do temps à perdre. Nous allions donc bon pas, quand nous fûmes croisés par deux fort jolies femmes. 11 croit en reconnaître une et veut absolument savoir où elle va, en prétendant m'entraîncr avec lui dans cette course peu archéologique. C'en était trop; je me révolte et je le quitte. Mais il n'eut pas fait vingt pas , qu'il eut la satisfaction de voir nos deux dames accepter le bras d'un fort beau militaire qui les attendait et qui lui rit au nez, car il avait dcvhié son indiscrète curiosité. Le vicomte avait

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fort envie de se fâcher, et j'arri^i à temps pour prévenir une querelle.

Nous reprîmes alors le chemin du théâtre, nous le croyions du moins ; mais nous étions égarés , et , de tours en détours, nous nous trouvâmes devant la porte d'un établissement de funambules. Il était trop tard pour aller ailleurs; nous y entrâmes. La représentation était à sa fin ; il ne restait que le dernier intermède joué par un seul acteur : c'était un âne savant.

Tel fut, en s()cctacles et monuments, tout ce que nous vîmes à Rome ce jour-là ; et nous étions sur pieds depuis seize heures.

Il me proposa une autre partie pour le lendemain. Je lui dis que j'y songerais. Mais à six heures j'avais commencé mes courses, me promettant bien, à l'avenir, de les faire seul ; et c'est, sauf quelques rares exceptions, ce que j'ai fait depuis.

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