‹ Voyage à ConstantinopleChapitre 3 sur 33 · VOYAGE · texte numérisé non relu

VOYAGE

iSM.

Départ d^AbbevilIe.— Une ^«yageaie.— Caoïerie de route.— Paris.— Lyii.

Pour rinstruction de ceux qui ne me connaissent pas et qui aiment à savoir à qui ils ont à faire, je leur dirai que je ne suis rien, ou, en d'autres termes, ce qu^on appelait autrefois un bourgeois et qu'on nomme aujourd'hui un rentier^ c'est-à-dire un individu qui boit, mange et dort , genre d'occupation fort en crédit dans cet excellent pays et qui y procure une grande considération.

C'est pour savoir s'il en ëlait ainsi ailleurs que je me suis déterminé à changer d'air et à prendre, comme Ton dit proverbialement, la clef des champs. Qu'on me pardonne de débuter par un proverbe; mais étant un

peu, sous ce rapport , de Técole de Sancho , j'ai voulu tout d'abord y accoutumer le lecteur qui, maintenant, est averti que ce ne sera pas le dernier.

Nous étions à la fm d'avril 1853, et le soleil ëtait levé. Après avoir embrassé mon frère et reçu les adieux de mes vieux serviteurs, restés gardiens du logis, je monte en voiture et me fais conduire à l'embarcadère du chemin de fer du Nord que, pour la commodité des omnibus, on a placé à une bonne distance de la ville, et je prends place dans un coupé.

J'y trouve un capitaine de cuirassiers de notre garnison et quelques personnes à moi inconnues, mais du pays sans doute , car elles me saluent par mon nom et me parlent de mon voyage. Tout se sait dans nos provinces : si vous oubliiez votre nom, le premier passant vous le dirait ; la mémoire des oisifs sert d'archives au pays. Je n'avais parlé de mon projet d'aller en Italie et en Sicile qu'à ma famille et à mes domestiques, et déjà chacun sait mon itinéraire.

L'un de mes compagnons, dont je ne sais pas même le nom , veut me charger de ses commissions. Il n'a jamais été à Rome, mais un de ses cousins y est allé. Là -dessus , il me fait un tableau de la ville et des faubourgs qui me permet de douter que son cousin même y ait mis les pieds. J'abrège sa description en lui disant que je connaissais Rome, puisque j'y avais demeuré.

Son récit avait réveillé une gentille petite dame qui , partie de grand matin de Boulogne-sur-Mer , dormait dans son coin. Je ne sais si quelque tendre souvenir lui rappelait un des guerriers en garnison dans la ville sainte , mais au nom de Rome elle prit feu. Elle me dit que j'étais bien heureux d'avoir été à Rome , et plus heureux encore d'y retourner. EnGn , saisie d'un bel

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