‹ Voyage à ConstantinopleChapitre 22 sur 33 · N^PLES, POUZZOLES · texte numérisé non relu

N^PLES, POUZZOLES

Je ne retrouve que Tombre de mes anciennes catacombes.: écourtées et raccourcies, elles notaient plus reconnaissablés. À la suite d'éboulements, on les avait, crainte de nouveaux accidents, murées à quelcpies centaines de pas de rentrée. La partie interdite aux curieux est précisément celle qui présentait de Fintérét. Ainsi; plus de pyramides de têtes, plus de voûtes, plus d'autels dont les morts faisaient les frais et la matière. Quelques fresques fort médiocres, quelques tombes inconnues , et puis rien. Cependant je retrouve la place où s'était assise M"' J**. Hélas ! elle aussi repose dans quelque sépulture oubliée , et cette femme ^ alors si vive, si brillante, si adulée, est aujourd'hui semblable à ces morts dont les os roulaient sous nos pieds.

De là, je vais à Pausilippe. Au-dessus de l'entrée est toujours le tombeau de Virgile et son laurier, antiquités de la même fabrique que la tombe de Juliette. Je traverse la grotte, cette doyenne des tunnels qui a bien pâli devant ses cadettes, bien qu'elle ait sept cent vingt mètres de long, dix-sept de haut et dix de large. Je dis à mon cocher de me conduire à la Solfatara. Malheureusement, je le dis haut et en italien. A peine avions-nous fait dix pas, que me voilà assaini par un groupe d'hommes demi-vêtus m'offrant leurs services comme interprètes, guides et cicérones. Je leur réponds que je vais prendre l'air, et que pour cela je n^ai besoin de personne ; mais le mot Solfatara et l'ordre donné avaient été entendus. L'un d'eux saute sur le siège à droite du conducteur, un autre à gauche. Je leur signifie de descendre. Ils ne restent pas moins.

Quant au cocher , il ne semble pas s'apercevoir de ce qui se passe, il fouette son cheval, continuant à trotter comme s'il eut été seul.

Tout-à-coup, un grand diable mieux vêtu que les autres, mais de fort mauvaise mine, sort d'une ruelle en vociférant; il prétend que ceux qui sont sur la voiture sont des ânes

et des menteurs, que lui seul est uo Tni cieéraDey full parle Fanglais, le français, Fespagnol, rallemaiid, que ks autres ne savent que le napolitain , et, saisissMit la hride du cbeyal, il parvient à Tarréter malgré le condacteor.

Alors il vent arracher du siège Fun de ceux qm y sont assis; il y parvient et se met à sa place. A force de me* naces, il fait déguerpir Fautre, et ânsi maître da tenaiii, il prend le fouet des mains du cocher et fait partir le dbevd au galop.

Hors de moi, je veux le jeter à bas du si^e, mais il s^attache au conducteur qu^il va entraîner dans sa clmte. Craignant pour celui-ci , je le laisse , mais j*ordoniie an cocher de tourner bride et de me ramener à Naples.

Je crois qu'à cet ordre il va s'en aller. Je connaissais peu la ténacité du Napolitain quand il s'agit de gagner de Fargent : il me répond en mauvais français qu*il me fera voir des choses que lui seul connaît, quMl est guide pour Naples et les environs, et, puisque je Fai choisi, qu'il ne* peut m'abandonner.

L'impudence du quidam était grande. Je lui intime de nouveau Fordre de déguerpir. 11 n'y obéit pas davantage ; mais, comme il n'était plus accroché au cocher et que la voiture était arrêtée, je le prends par les épaules et je le jette à bas. 11 n'osa plus remonter.

Alors il fait parler le sentiment et me dit qu'il est un pauvre garçon prêt a se marier avec une pauvre fiUc comme lui, et qu'il était forcé d'agir ainsi pour gagn» quelque chose; que moyennant quatre carlins (environ deux francs cinquante centimes), il s'engageait à moi pour le reste du jour, qu'il me conduirait où je voudrais ; alors prenant son mouchoir pour s'essuyer les yeux, il affecte de boiter comme si je lui avais brisé les jambes en le poussant de la voiture.

Je n'étais pas dupe de ces grimaces et pourtant, me

NAPLES, POUZZOLES, 4Sf

laissant attendrir, je consentis à ce qu'il me suivit à la Solfatara, et j'eus grand tort, car sa conduite problé* matiqne m^ laissé des soupçons qui ne se sont jamais dissipés, et des soupçons fort graves : on en jugera bientôt. Quoi qu'il en soit, la paix était faite; il se replace sur le siège et nous voilà partis.

Arrivés au lac Agnano, une nouvelle troupe de cicérones et de guides, vraie peste de ce pays, nous entoure. En tête est une femme avec un chien noir et un chien blanc, jouant gaîment ensemble en attendant Fexpérience de la grotte dont ils paraissent assez peu se préoccuper : on s^accoutume à tout. Mais je connaissais la grotte et ne me souciais pas de la revoir.

Ceci n'accommodait ni mon cocher ni mon cicérone, qui , sans doute , s'attendaient à une remise sur les six carlins exigés pour cette jonglerie. Les si, les mats commencent : j'y mets fin en tournant le dos aux chiens et à la grotte. Je tenais à voir le lac, parce qu'il tne rappelait un fait bien insignifiant pour tout autre, mais précieux pour moi. J'avais marqué, par une petite pierre, la place où il avait eu lieu. Par un hasard étrange, jetée là depuis plus de quarante ans, cette pierre y était encore : c'était la même, seulement elle était un peu jaunie par le temps, et quelques taches noires en couvraient l'une des faces. Je la laissai religieusement à l'endroit où elle était, et dans des siècles peut-être elle y sera encore.

Il me restait à achever le tour du lac ou plutôt de* l'étang, car ancien cratère d'un petit volcan, c'est un lac en miniature. Mon guide me précédait: voici qu'un nouveau survenant lui coupe le chemin en prétendant qu'il n'a pas le droit d'aller plus loin et que lui seul est guide ici. Je refuse de me soumettre à cette exigence. Il ne m'en suit pas moins, et avec lui les deux chiens et leur maîtresse ; plus, sept à huit curieux.

430 CHAPITRE XXIY.

Ennuyé de ce cortège, je renonce à mon excursion et je Teux remonter en voiture. C'est alors mon cicérone qui s^y oppose et prétend me conduire à une maison qu'il mMndique, où, dit-il, je yerrai des bains. Je lui réponds que je n'ai que faire de voir des bains là où je n^en yeux pas prendre, et qu'il ait à remonter immédiatement en Toiture. Il obéit.

Je me croyais quitte de ces harpies quand un monsiinur, qui se dit professeur, archéologue, gentilhomme et je ne sais quoi encore, vient, le chapeau à la main et à la bouche beaucoup de paroles, me proposer une promenade dans le voisinage. Qu'a-t-il à me faire voir? C'est ce qu'il ne dit pas. Il insiste longtemps. Je tiens bon et je pars ; mais mon cocher, visiblement d'accord avec cette bande qoi suit la voiture en renouvelant ses offres, ne veut marcher qu'au pas : il espère qu'un regret, qu'une recrudescence de curiosité me fera céder et lui donner l'ordre d'arrêter. Je l'invite, au contraire, à se presser.

Ces importuns me laissent en6n, et nous marchons vers la Solfatara que je désirais surtout revoir. Mes deux fripons s'en étaient aperçus ; aussi le cicérone me dit que quatre carlins étaient trop peu pour une course aussi longue et qu'il lui en fallait huit. Je lui rappelai qu'il s'était engagé à aller où je voudrais, et que je lui avais nominativement désigné la Solfatara et Pouzzoles.

Il ne put en disconvenir et se mit à me donner toutes sortes de raisons qui prouvaient qu'ayant compté sur une part de la somme qu'il aurait aidé les gens d'Âgnano à m'extorquer, il voulait ici s'en dédommager. Pour en finir, je lui promis deux carlins de plus , et en ceci encore j'eus tort.

Encouragé par cet exemple, mon cocher déclare à son tour qu'il ne fera plus un pas si je ne lui donne un tiers en sus du prix convenu. Ici, la patience m'échappe : je loi arrache le fouet des mains, je fais partir le cheval et je lui

NAPLES, POUZZOLES. iSl

dis que je lui casserais le manche sur le dos s*il faisait le moindre geste pour Tarréter. Il eut peur, car le Napolitain a toujours peur quand on lui montre les dents.

Nous fîmes rapidement une demi-lioue ; mais la route , fort belle jusqu'alors, était devenue moins facile. J>nyoyai le cocher à Pouzzoles et je pris un chemin qui conduisait, me dit mon cicérone, directement à la Solfatara.

Me voilà donc suivant cet homme qui avait bien la figure d'un coquin. La nuit approchait. Je lui avais assez imprudemment laissé voir, en changeant un écu contre de la petite monnaie, une douzaine de pièces d'or que j'avais dans ma bourse. J'étais sans armes et je me demandais si j'avais agi bien prudemment en m'aventurant avec lui dans ce lieu solitaire.

Cependant nous marchions toujours. Pour me distraire, il me raconte ses amours : il avait, me disait-il, séduit une jeune fille de seize ans , belle comme un ange. Ses parents n'étaient pas riches , mais ils pouvaient VêXre un jour, et il s'était décidé à l'épouser.

Ainsi devisant, nous suivions un sentier de chèvre bordé de précipices : une poussée, un seul coup de coude pouvait m'envoyer au fond. Qui alors aurait pu dire qu'on m'y avait précipité? On aurait trouvé ma bourse vide, mais pul, hors lui, n'aurait su qu'elle avait été pleine.

La vue de ces montagnes désolées, qu'éclairait un reste de jour, m'attachait à tel point que par instant, oubliant mon guide et sa figure, je m'arrêtais à les considérer. Elles m'avaient tant frappé lors de mon premier voyage, que je croyais les reconnaître ; mais je me rappelais aussi que j'y ^tais parvenu par un chemin, sinon très-uni, du moins praticable, puisque des dames étaient de la partie. De celui-ci elles ne se seraient certainement pas tirées avec robe cl chaussures. Bientôt même le sentier disparut entièrement, et nous marchions à l'aventure.

432 GHAPIIU KJUY.

Cependant, nous approchions du sommet. Aucun n^était arrivé et je commençais a oublier mes soupçons , lorsque d'étranges questions les firent renaître. Je compris alors pourquoi il m'avait parlé de ses affiiires : G^était certainement avec Fintention de savoir les miennes. En effet, après un préambule qui ne manquait pas d^adresse, il me demande si j'ai des connaissances à Napks, si ce sont des Français ou des Napolitains, si Ton m^attend ce soir à mon hôtel, si j'y ai dit que j'allais à Pouzzoles et si* devant revenir la nuit, j'avais eu soin de me précautioBiier contre les bandits, etc.?

Cette espèce d'interrogatoire dans un semblable lieu et à pareille heure, car la nuit était venue, me parut asset singulier. La voix de l'interrogateur Tétait plus encore: elle était saccadée et annonçait une violente agitation. Je ne distinguais pas bien sa figure; cependant, dans la demiobscurité, je le voyais regarder de côté et d'autre comme s'il eût voulu savoir si nous étions bien seuls, ou trouver un lieu favorable à quelque chose qu'il méditait. Qn^était-ce? Je n'ai aucune certitude sur ce point, mais j'avoue qu'à tort ou à raison je me croyais en très-mauvaise compagnie, et qu'à tout instant je m'attendais à être attaqué.

Quand le terrain s'élargissait, au lieu de continuer à marcher devant, ainsi que le font les guides, il s'écartait à droite ou à gauche comme pour voir où nous étions, puis il restait derrière. Alors, je m'arrêtais et je lui donnais l'ordre de reprendre sa place.

11 s'apercevait bien que je me méGais de lui, et, de son côté , il se tenait en garde. Une fois , sous prétexte de m'aidcr, il m'offrit son bras; mais, ignorant s'il avait quelqu'arme cachée, je le refusai. En ce moment j'aurais donné beaucoup pour en avoir une : on brave la mort dans un combat; mais sans défense, en face d'un guetapcns, on a beaucoup moins de philosophie.

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Cependant la descente devenait de plus en plus mauvaise. Nous étions au centre de la Solfatara, dans Tancien cratère. Les pierres roulaient sous mes pieds : dix fois je manquai de tomber. Que serait-il arrivé alors? M'aurait-il secouru ou m*aurait-il achevé?

Plusieurs fois je me plaignis de ce qu'il m'avait fait passer par cette voie insolite, qui ne pouvait être celle des promeneurs. Il en convenait et prétendait qu'il s'était trompé; mais, loin d'en chercher une moins mauvaise, il me ramenait toujours aux endroits obscurs, et semblait prendre à tâche de me conduire de casse-cou en casse-cou.

J'en avais assez. Je cessai de le suivre et je me dirigeai à Bïa guise. Alors il se mit à crier que j'allais tomber dans le précipice et que je devais revenir à lui; mais, à mesure ^e je m'en écartais, je voyais que la pente était moins embarrassée, moins rapide. Je continue donc, et bientôt je me trouve sur la boune route. Or, il était impossible qu'il ne la connût pas, et, du point où il était, il devait même l'apercevoir, car la lune commençait à se montrer. Si, dans ce moment, cet homme avait été sous ma main, je crois que je l'aurais frappé : je me contins. Je lui dis seulement qu'il ne valait pas mieux que ses confrères de Pausilippc, et qu'il était comme eux un âne et un menteur, puisqu'il ne connaissait pas même le chemin.

11 chercha à s'excuser en disant que c'était précisémei^t vers ce chemin qu'il me conduisait, et que nous allions y arriver quand il m'avait appelé. C'était un grossier mensonge, puisqu'il allait en sens contraire et que depuis une demi-heure il me faisait, ainsi que je le reconnus bientôt, tourner autour de la ville.

Nous voilà enlin marchant vers Pouzzoles, cette fois moi devant. La route était facile. Eh bien ! croirait-on que ce misérable eût encore l'impudence de vouloir m'en faire sortir. — A une centaine de pas d'ici, me dit-il, est une

personne qui vend du vin excellent; j*y ai conduit il y a quelque temps un voyageur qui a youlu en rapporter six bouteilles.

— Je lui réponds que ce n'était pas Tinstant d'aller boire, et qu'il fallait gagner au plus vite Pouzzoles, où m'attendait la Toiture. Mais il s'efforçait toujours de m'éloigner de la grand'route, soit sous le motif de se rafraîchir, soit sons celui de prendre une voie plus courte.

Cependant il me semblait qu'il tenait quelque chose qn'U cachait quand je me retournais. Cette manœuvre mMntriguait. Je ralentis le pas et, quand il fut près de moi, je me retournai brusquement et je fus à lui. À mon premier mouvement, il avait laissé tomber ce qu'il portait, et quand je le joignis il n'avait rien à la main; mais, m'étant baissé, je ramassai un gourdin, une vraie massue qu'il avait à ses pieds. Je lui demandai ce que c'était? Il parut interdit, même effrayé; il croyait peut-être que j'allais la lui décharger sur la tête. Je doute qu'il se fut défendu. J^ai dit que le Napolitain de race lazarone est essentiellement poltron; J'en avais déjà eu des preuves : c'en était une de plus.

Voyant que je ne le frappais pas, il se remit peu à peu. Il prétendit qu'il avait trouvé ce bâton, et qu'il ne l'avait ramassé que pour me l'offrir et m'aîder à marcher quand le chemin serait mauvais. Je n'en croyais pas un mot, mais cç n'était pas le lieu de lui faire son procès; il fallait arriver. Je lui dis de passer devant et d'aller bon pas. II ne se fit pas prier, le gourdin que j'avais conservé le préoccupait, et nous fûmes bientôt au pied de la montagne.

Je croyais que nous allions entrer dans Pouzzoles, car la route y conduisait, mais notre homme avait encore trouvé moyen d'en sortir, et nous arrivons à une porte ou poterne près de laquelle était une maison isolée où l'on ne voyait ni lumière ni aucune trace d'habitant. Ici, il parut se rassurer : il semblait être en pays de connaissance, il se

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mit à siffler, puis à crier qu^on vînt nous ouvrir la porte. Personne ne répondait. Qui donc aurait pu séjourner ici? Ce lieu ressemblait à un coupe-gorge.

Il fallait en sortir, je cherche un passage. Je ne trouve qu'un fourré, et d'autre issue que la porte contre laquelle nous étions acculés. 11 n'y avait plus qu'à revenir sur nos pas. Je le lui dis ; mais , appelant toujours cet invisible portier, il s'entêtait à rester. Âttendait-il quelqu'autre bandit moins lâche que lui? C'est ce que je n'ai pu savoir.

Cependant, avant de rétrograder, je veux examiner cette porte qu'il prétendait fermée. Je la pousse ; elle s'ouvre : il n'y avait pas de serrure. Je regarde où elle conduit et je vois un chemin de traverse qui devait nous rapprocher de la grand'route. J'allais y entrer, quand tout-à-coup il me crie que nous ne pouvions pas passer avant que le concierge ne fût venu, parce qu'on avait à lui payer un droit. Je lui réponds que le devoir d'un portier étant de garder sa porte, on ne lui devait rien quand il n'était pas là. Je passe donc et il se décide à me suivre.

Nous arrivons enfin sur la voie fréquentée, les passants commençaient à se faire voir. 11 reprend son air humble; mais il était inquiet et agité ; il semblait regretter quelque chose. Etait-ce ma bourse? Je suis tenté de le croire. Depuis Âgnano, nous n'avions pas rencontré un seul être humain et nous ne pouvions guère en rencontrer. Pourquoi m'avait-il conduit par cette voie non tracée, au milieu des précipices, et qui doublait la loujgueur du parcours? Dans quel but m'imposait-il une telle fatigue en se l'imposant à lui-même? Pourquoi ces questions et cette insistance à m'empêcher de rentrer en ville quand le chemin nous y conduisait? Que voulait-il faire de cet assommoir qu'il cachait et qu'il avait trouvé juste à point quand il perdait l'espoir de me voir tomber dans une fondrière? Tout dans sa conduite était louche. Néanmoins ce ne fut que plus

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Tfoil fatiroe que j'étau t< vntàcré rheure tardmu je Tonhis irroir Pouzzcilps eî snn tnriTilf à<*im-«nbiiiersié loi nnssi, iw nrpppîaîî hiiii âf»5 snnreirirsL

X'nnplnyai mit heurt â cciXi- ]irninfnadr.. puis;, roorn cal^riolrt» if rrt(»nniHi « tapies., ob j'arrii-ai a mmaît

Voyage k Proeida et ë Iiehia.

Le 21 juin, au matin, je sors dans Pintention d'aller à Capr^ par le bateau à vapeur qui fait ce trajet deux fois par semaine. Arrivé au port, j'étais à Fabri des guides et des cicérones, car, de même que les moustiques, Tair de la mer les chasse ; mais je tombe entre les mains des batdiers, non moins tenaces et plus gesticulateurs. L'un me saisit par le bras, l'autre par les épaules, un troisième nue tient au collet: pas un ne veut céder, et je vois le moment où je vais être mis en guenilles. Je perds patience et me débarrasse, à la force du poignet, de ces tiraille- ^ mais je ne me sauvais d'un groupe que pour tomber iim antre. Enfin, Tun de ces mariniers, devant le bateau (JugMel Je passais, étend derrière moi son aviron qu'il plante le mur» tandis que son compagnon fait faire le même rement k Famarre ; de façon que pour sortir de cette êûiaUt barricade , je n'ai plus qu'à entrer dans l'embar- 4m on sauter par-dessus la corde ; c'est ce que je fais.

Six bateaux à vapeur étaient en vue : ne sachant lequel partait pour Caprëe , je le demandai à ceux qui mVntouraient. Chacun m'en montra un différent, et ceux qui étaient trop éloignés pour me transporter, criaient qu'aucun de ces navires n'allait à Caprëe.

J'étais ainsi arrivé à l'extrémité du quai et conséquemment au dernier des canots : force était de le prendre si je voulais partir. Cependant je n'avais rien décidé encore quand , saisi par les deux bateliers , je me trouvai dans leur barque. Le mieux était d'y rester.

Je leur demandai ce qu'ils voulaient pour me conduire à bord d'un vapeur qu'ils me montraient au loin et qu'ils prétendaient être celui de Caprée ? Six carlins, me direntils. Je leur en offre deux qu'ils acceptent immédiatement

L'accord fait , ils donnent un coup d'aviron, un seul, et nous voici côte à côte du premier bateau qui n'était éloigné de nous que de la longueur du canot. Ils me disent que c'était celui qui partait. Je ne voulais pas le croire, mais le capitaine vint me l'assurer. En entendant rire les passagers témoins de la scène et qui me voyaient donner vingt-quatre sous quand je n'en devais que deux, Je reprochai aux deux matelots leur fourberie. Savez-vous ce qu'ils firent? Après avoir pris les deux carlins, ils me demandèrent la bucma mano. Voilà, certes, des gens qui ne sont pas timides.

Ce n'était pas le seul tour qu'ils m'avaient joué : quand je fus installé à bord et que déjà on démarrait, j'apprends que le navire ne va pas à Caprée, mais à Procida et à Ischia. Je me récriai. On m'affirma qu'aucun vapeur n'allait ce jour à Caprée. Comme mon intention était de voir également Procida et Ischia, je me résignai facilement.

Bientôt une autre préoccupation vint m'assaillir : j'entendis parler de passeports : je n'avais pas le mien. Je confiai au capitaine mou embarras. Il était bon diable : je

PROCIDA, ISGHIÂ. 439

loi remis une carte de visite et mon adresse à Nàples. II m^en crut sur parole et se chargea de répondre pour moi.

Nous avions quitté le quai, mais la boîte aux lettres que nous devions porter aux îles n'étant pas arrivée, il fallut nous arrêter. Pendant ce temps Je m'amusai à regarder des plongeurs qui, la tête en bas et les jambes en Pair, absolument comme les canards qui fouillent une mare, disparaissaient pour aller, au fond de Peau, chercher des huîtres et d'autres coquillages qu'ils venaient déposer dans un vase de bois surnageant près d'eux. Je ne sais comment ces hommes résistent à un tel métier: ils plongent ainsi pendant des heures, restent sous l'eau une ou deux mi*nutes, et à l'air deux ou trois entre chaque plongeon.' Us ne descendent pas à une grande profondeur : d'après le temps qu'ils mettaient à remonter, j'ai jugé qu'ils atteignaient le fond à trois ou quatre mètres. Us étaient une trentaine, se touchant presque, et je ne m'expliquais pas comment, en montant et en descendant, ils ne s'embarrassaient pas. L'eau salée et le soleil les ont rendus d'une couleur qui, chez les jeunes, se rapproche du pain d'épice» et chez les vieux, du chocolat; de sorte qu'aux yeux de bien des gens, leur qualité de blanc serait contestable. Leur costume n'est qu'un tout petit caleçon. Ils sont tous fort maigres , mais leurs membres musculeux annoncent la force.

Les dépêches arrivent enfin, et nous marchons. Je trouve à bord, entr'autres passagers, deux Milanais de vingt-cinq à trente ans : ce sont deux frères. Le plus jeune est chanoine, d'une figure charmante et de la mise la plus soignée. Une courte redingote noire du plus beau drap, culottes et bas de soie, linge éblouissant de blancheur, chapeau coquettement retapé et légèrement sur l'oreille, tout ceci, fort bien porté, rappelait ces abbés coquets, l'ornement des salons sous la Régence , et dont j'avais cru retrouver le

4i» CHAPITRE XXT.

type i G^.nes, à Turin, à Bologne, à Rome; mais U ne Talnt pas ce spécimen milanais, dont le yisage blanc, rose et presquHmberbe aurait fait envie à plus d^une joHe femme.

Un troisième passager, également ecclësiastiqiie et ar^ prêtre, était un Napolitain d^enyiron quarante ans, aux yeux et à la chevelure noirs, aux sourcils épais. Au total, il avait la mine la plus ouverte, la plus gaie et la radUenre qu^on pût rencontrer, et jamais figure, comme je réi»t»avai plus tard, ne fut moins trompeuse.

Le jeune chanoine ne m'était pas tout-à-fait inconno : une heure avant, je Pavais vu prendre une tasse de calé, avec son frère, à la table où j'en prenais moi-même. Là, voulant obtenir quelques renseignements, j'avais parié as maître du café de mon projet d'aller à Caprée, et c'étaient mes paroles qui les avaient décidés à s'embarquer; mail ne trouvant pas de bateau pour Caprée, ils avaient, comme moi, pris celui d'Ischia.

Ainsi réunis par le hasard, nous le fûmes bientôt par goût. C'étaient gens de bonne compagnie, de même que l'archiprêtre, qui était en outre un archéologue distingué.

Celui-ci, après quelques instants de conversation, me présenta sa carte en me priant de lui donner la mienne. 11 se nommait Yincenzo-Cuomo Raucci. Il allait à Ischia pour voir un ami malade et devait, le surlendemain, retourner à Naples. Nos Milanais me dirent aussi leur nom. Je ne récrivis pas sur-le-champ et je l'ai oublié.

Nous passons devant Chiaia, Pausilippe, Pouzzoles, Raies, Misène, Nicida et son fort, tous points dont M. Cuomo nous donne l'historique avec une grâce et une érudition qui nous charment. Il connaît l'histoire moderne non moins bien que l'histoire ancienne, et ses narrations ne manquent pas de malice. 11 appelle, entr'autres, Nicida l'île de la liberté, parce qu'il y a un dépôt de prisonniers.

Nous avions jusqu'à ce moment été favorisés d'un bean

PROaDÀ, ISCHIÀ. iil

soleil et d'une mer douce ; le plus âgé des deux Milanais seul la trouvait agitée. Il demandait à chaque instant s'il n'y avait nul danger, en témoignant le regret d'avoir laissé son frère s'embarquer.

Le vent s'éleva, et bientôt la mer devint houleuse. L'efiFet ne tarda pas à se faire sentir, d'abord sur les femmes et les enfants, puis sur les hommes. Enfin, sauf l'abbé Cuomo, le Milanais laïque et moi, tout le monde eut des nausées, sans même en excepter les passagers de Procida et d'ischia qui, pourtant, devaient être accoutumés à cette navigation.

Le jeune chanoine était un des plus indisposés. En le voyant ainsi son frère qui, auparavant, se mourait de peur, en fut subitement guéri ; et il mettait tant d'ardeur à le soigner, que pendant tout le reste de la traversée il n'eut pas le loisir d'être malade à son tour. Ce n'est pas la seule fois où j'ai vu une grande émotion arrêter le mal de mer.

Le gros curé Cuomo, riant et contant toujours, paraissait assez peu s'inquiéter du temps qui, sans être précisément mauvais, n'était pourtant pas un temps de promenade. Je tenais beaucoup à n'être pas malade, parce que je devais faire un voyage bien plus long, et que celui-ci n'était qu'un essai. Je ne le suis pas dans l'Océan ; mais, n'ayant pas navigué depuis longtemps, je n'étais pas bien certain de ne point l'être dans la Méditerranée.

La première condition pour entreprendre de longues pérégrinations, est de n'être pas sensible à la mer. Figurezvous un homme pris de nausées à qui on vient dire : voilà I^laples, voilà Caprée, voici la Grèce, voilà Delos, Paros, Troie, Cythère; étendu sur le dos, il vous repond: ah! et cette seule parole redouble ses souffrances.

Insistez-vous pour qu'il jette au moins un regard sur cette terre, objet de son long voyage, afin que, sans mentir, il puisse dire : je l'ai aperçue; faisant un effort désespéré, il ^relève la tête, regarde par le trou de la cabine, découvre

un coin de rocher grand comme son chapeau et retombe pâmé en murmurant : — C'est là Cythcre, cVst là Delos. Ah! j*aurais mieux fait de rester chez moi, car je n*y vois rien d'agréable !

— Encore celui-ci est-il le plus courageux. Bien d^aotres n'en feraient pas tant; et la réponse ordinaire du malheureux ainsi éprouve, est: — Laissez-moi tranquille. Que m'importent Delos, Paros, Troie, Cythère et ses nymphes, l'Olympe et ses dieux. J'ai mal au cœur, j'ai yonni jusqu'au sang. Ah mon Dieu ! quand serai-je à terre ! Maudit soit le jour où j'ai songé à la quitter!

— Voilà ce«que soufiTre le touriste à l'estomac débile on que la peur tourmente, et sur dix il y en a neuf. Graee à Dieu, j'ai évité ce malheur, et, dans les longs jours et les plus longues nuits que j'ai passés à bord, je n^ai pas éprouvé la moindre indisposition.

Malgré le vent qui sifQait et les lames qui nous arrosaient, je ne pouvais me lasser de considérer cette magnifique baie de Naples que couronne si bien le Vésuve. Dans ce moment, il lançait un tourbillon de fumée : c'était son panache. Je le reconnaissais alors ; car, dans certaine position, il est assez facile de le confondre avec un des monts voisins.

Cependant, Procida commençait à se dessiner plus nettement: nous voyions ses maisons, ses jardins. Lèvent, qui nous était contraire, retardait notre marche ; mais il faiblit, et nous ne tardâmes pas à arriver. De nombreux canots nous entourent, et comme nous avions peu de temps à y demeurer, nous nous empressons de débarquer.

Procida, qui n'est qu'un monceau de lave de deux lieues et demie de tour, est, dit notre chanoine, le point de l'Europe qui contient le plus d'habitants par lieue carrée. La population qui, en 1840, était de quatorze mille âmes, est aujourd'hui de près de seize mille. Ces insulaires, de même

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