‹ Voyage à ConstantinopleChapitre 26 sur 33 · NAPLES · texte numérisé non relu

NAPLES

na concierge avec une demi-douzaine de démonstrateurs dont un s^empare de vous , et, quoi que tous disiez ou €Ksiez, TOUS suit et tous explique à sa manière ce que TOUS saTez mieux que lui, et souTent ce quMI ne sait pas du tout. C'est ainsi que celui de la galerie égyptienne me soutenait que tous ces objets et les momies même, aTaient été trouTés à PompeTa qui, selon lui, était une colonie d'Egypte.

Il est à croire que le gouTernement ne donne rien à ces employés y et que chacun d'eux s'arrange comme il Fentend. Ils n'existent donc qu'aux dépens du public ; ce ne serait que demi-mal si, pour son argent, ils ne lui donnaient pas des notions fausses ou incomplètes.

Ces cicérones font en même temps l'office de gardien responsable ; aussi, tous suiTant pas à pas, ont-ils un œil gur Tos mains et un autre sur tos poches, ce qui ennuie fort ceux qui n'ont pas Thabitude de Toler, et probablement aussi ceux qui l'ont. Dans tous les cas, payer cette surTcillance semble toujours fort dur.

Dans la galerie des mosaïques, on peut citer les quatre colonnes proTenant de PompeTa, dont on ne connaît pas d'analogue, me disaient les guides. On en a trouTé depuis, car j'en ai tu, mais je ne peux me rappeler où: tel est FincouTénient de Toir beaucoup quand on n'a pas de mémoire.

Il est peu de musées plus riches en statues que celui de Naples. On y remarque le Taureau Farnèse, \e plus grand et, après le Laocoon, le plus beau des groupes antiques connus ; et VHercule Farnèse, autre chef-d'œuTre.

La collection des bustes des empereurs et des personnages célèbres est immense. Ces figures d'hommes, dont on a dit tant de choses, quelquefois Traies, plus souTcnt fausses ou douteuses, éTcillent toujours en moi d'étranges réflexions : tel dont l'histoire fait un héros n'était peut-être qu'un lâche; et tel autre dont on exècre la mémoire est in-

nocent des crimes qu'on lui impute. A cette époque, quand la presse n'existait pas et que la liberté n'était qu'un mot, Famour ou la haine d'un parti, la plume d'un scribe ou la voix d'un rhéteur faisaient la renommée , c'est-à-4ire lagloire ou l'opprobre. Oui, il est plus d'un personnage qui n'a été jugé, et ne l'est encore aujourd'hui, que sur un discours, une satire, une épigramme, un mot, comme d'autres l'ont été sur un éloge payé ou arraché par h peur. Ah ! si ces bustes pouvaient parler, combien ils démasqueraient d'Impostures et révéleraient de mensonges! Hélas ! ce que nous appelons l'histoire n'est souvent qu'on problème à résoudre , et le roman n'est pas , comme on Ta dit, une invention moderne.

Après ces images des grands hommes, vrais ou faux, on ne voit pas non plus sans intérêt ces petits meubles usuels, ces ustensiles du service intime: ils diffèrent peu à&i nôtres. On éprouve une certaine émotion en songeant que ce sont peut-être ces mêmes instruments de ménage ou de toilette qui ont servi à ces personnages, à ces matrones, à ces courtisanes dont nous voyons les masques et les statues.

On rencontre des objets presque identiques dans la galerie égyptienne, ce qui prouve que les hommes de tous les temps ont eu les mêmes désirs, les mêmes besoins, les mêmes habitudes, jusqu'aux mêmes fantaisies; cette multitude d'inutilités et de jouets qui remplissent nos boutiques, on les retrouve dans les cendres de Pompeîa et les caves de Thèbes.

La galerie étrusque possède deux tombeaux d'enfants, l'un de trois pieds de longueur, l'autre de deux. Le squelette du premier enfant a deux pieds de long, le second quatorze pouces. Il y a dans chaque tombeau six à hait petits vases étrusques de deux à trois pouces de hauteur, ayant la forme et la couleur des grands vases avec des dessins analogues.

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Dans la galerie égyptienne on voit deux momies, Tune d^homme, Tautre de femme, entièrement dëpouillëes de leurs bandelettes et d'une conservation vraiment miraculeuse. Après trois mille ans, on distingue non-seulement les traits du visage, mais les nuances de la physionomie : on pourrait presque dire quelles ont été les passions, le caractère et jusqu'aux pensées de ce couple fossile.

Parmi les bronzes grecs ou romains est une admirable tête de cheval. Vers 1560, le corps, ainsi que nous rapprend une inscription, a été fondu par Tordre de Tarchevêque Caraffa pour en faire les cloches de la cathédrale : c'est pousser un peu loin Tamour du bruit. Or, je le demande: détruire un chef-d'œuvre, n'est-ce pas une sorte d'impiété? N'est-ce pas un tort fait, non-seulement à l'artiste, mais à l'art et à l'humanité tout entière? Si Dieu a donné le génie à l'homme, veut-il qu'une brute aille, de gaîté de cœur, briser l'œuvre du génie? Je ne prétends pas envoyer en enfer l'archevêque Caraifa avec le païen Erostrate, mais, si j'étais juré dans son affaire, je le condamnerais sans scrupule à sept années de purgatoire, avec interdiction, pendant un temps égal, de ses droits civils.

Au nombre des petits bronzes sont aussi beaucoup d'objets précieux qui, heureusement, ne présentaient pas assez de poids pour tenter les fondeurs de cloches. Malgré la beauté de cette collection, je préfère celle de Florence qui, aux bronzes antiques, a pu joindre ses bronzes florentins, lesquels, selon moi, valent bien les premiers.

Une galerie sans analogue et dont Naples doit être fière» est celle de ses peintures murales ou fresques provenant d'HercuIanum et de Pompeïa et sauvées avec une peine infinie. 11 y en a qu'on a retirées presqu'intactes. On s'étonne que les anciens, si forts en sculpture et en architecture, arts dans lesquels nous les avons peut-être égalés, mais non surpassés, soient restés si arriérés en peinture.

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Il y a donc là beaucoup plus de morceaux curieux que Téritablement beaux. Cependant ilen existe quelcpies-uw qui, par la pureté du dessin, ne seraient pas indignes de nos grands maîtres , et où j'ai reconnu , à mon grand étonnement, que les règles de la perspective avaient M observées. Elles n'étaient donc pas ignorées de tous ki peintres antiques.

Dans la galerie des tableaux de T^le italienne, fai remarqué une copie, en petit, de la grande fresque de la chapelle Sixtine de Michel- Ange, copie faite du vivant d« Fauteur par son élève, Marcello Yenusti, qui y a mis son portrait et celui de son maître. Là , on voit encore tout ee que Tcncens , le temps et le marteau des tapissiers ont détruit dans Foriginal. Rien de plus bouffon que le combat des anges et des démons se disputant les âmes des trépassés ! Chaque auge veut le sien , le diable le veut aussL L'un le tire par les pieds, l'autre par la tête ; celui-ci par les cheveux, l'autre par. la barbe. On peut juger des grimaces de l'objet de la lutte. Il en est un qu'un démon t saisi par ce qu'on ne nomme pas. Tel lie sa capture avec des cordes, tel avec des serpents : c'est un pillage d'âmes, une curée de trépassés. Le peintre a ÙA bien rire et bien faire rire ses élèves quand il a composé ces scènes drolatiques.

C'était la mode du temps, et dans les tableaux des vieux maîtres, même lorsqu'ils traitaient des sujets les plus graves, il y avait un petit mot pour rire. Quelquefois le sujet tout entier , bien que de sainteté , conduisait à ce dénouement. J'ai chez moi un tableau fort bon de l'école espagnole, représentant un Saint-Jérôme de grandeur naturelle. Le saint, assis, écoute la trompette du jugement dernier. 11 a les yeux levés vers l'endroit du ciel d'oà vient ce son, et pour l'entendre mieux, il met ses lunettes.

Dans une Assomption de la Vierge de cette même galerie de Naples, on voit des chérubins qui ne sont autres que

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des hirondelles à têtes d>nfiants ; puis des anges habillés en moines et en capucins, arec des ailes qui sortent de lear robe. Mais tel a été le talent du peintre, que ces anges encapnchonnés ne sont pas ridicules et que les chérubins hirondelles sont charmants.

Dans le cabinet des gemmes est le célèbre onyx, Fun des pins grands qu^on connaisse, et qui représente une Apothéose,

En parlant des meubles du ménage antique, j'ai oublié k batterie de cuisine. L'un des côtés de la galerie en est entièrement rempli. Ces ustensiles , tous en cuivre , ressemblent beaucoup aux nôtres, mais ils sont plus grands, plus solides, plus variés, plus soignés ; ils prouvent que les Romains étaient très-forts dans Fart culinaire et y attachaient autant d'importance que nous. Si le passé se révélait, il serait curieux de dire sur quelle table ont été servis les mets assaisonnés et cuits dans ces casseroles. Est-ce chez Lucullus, Yitellius ou Néron? Ou bien chez Auguste, Cicéron, Horace, Antoine ou Sylla? Quoi qu'il en soit, là dedans ont bouilli des sauces historiques.

J'aurais pu visiter le cabinet réservé ; mais j'ai peu de goût pour ces débauches de l'art, il me semble qu'elles l'avilissent. Les anciens, je le sais, n'y attachaient pas le même opprobre que nous ; pourtant il me paraît difficile que les grands artistes, qui prostituaient ainsi leur talent, passent jouir de la même estime que ceux qui les consacraient à des sujets plus chastes.

Pendant ma visite au musée, le temps s'était éclairci. Je vais au théâtre Saint-€harles, où j'avais obtenu d'entrer, bien qu'il fût fermé au public. On le restaurait. Rempli d'échafaudages, il était difficile d'en saisir l'ensemble, cependant j'ai cru voir qu'il valait bien l'ancien.

le monte en voiture pour aller à la villa Reale , qui frit suite à Chiaia et qui est le rendez-vous du monde

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élégant : c^est là que, Ife soir, on va prendre des glaces, an milieu des bosquets, des fontaines et des statues. Ce qui rend cette promenade Fune des plus belles du monde, c^est la Yue de la rade et la mer, dont le flot vient mourir ^ à quelques pas des beaux arbres qui l'ombragent.

Ce lieu, par son entourage, offre de singuliers contrastes. D'un côté, on voit Taristocratie napolitaine dans de somptueux équipages , passant et repassant dans Chiaia; de Tautre, des femmes du peuple dans leur costume pittoresque, étalant leur linge sur la grève, tandis que des gamins petits et grands, chez qui le luxe d'une chemise est inconnu, barbotent dans la vague à vingt-cinq pas des promeneurs et viennent ensuite se sécher sur le sable.

On rencontre aussi, à la villa Reale, surtout le matin, des beautés assises à l'extrémité d'un banc et qui ne s'éloignent pas quand vous venez y prendre place, quelquefois même se rapprochent ou viennent s'y asseoir quand déjà vous y êtes. Est-ce vous qu'elles cherchent, ou quelqu'antre qu'elles attendent? C'est ce que je ne puis vous dire, n'ayant pas approfondi la question.

J'ai remarqué à Naples, comme à Palerme et même à Messine, que s'il y fait très-chaud le jour, les soirées n'y sont pas aussi étouffantes que je les ai vues quelquefois à Paris et à Londres. Au bord de la mer on trouve toujours de l'air, souvent de la fraîcheur, et si l'on veut prendre un canot et s'éloigner un peu de la rive, on jouit d'nnc température délicieuse.

Quant au soleil, il y est, à certaines heures, intolérable: lorsqu'à chaque pas, à Naples, je voyais des enfants nus, la tête rasée et découverte, dormant sur la pierre sous ce soleil dévorant, je ne concevais pas comment ils pouvaient y résister sans mourir. Les chiens, plus délicats qu'eux, n'y dormaient pas. Ils ont même, me disait un habitant, un instinct parfait à cet égard : ils savent très-bien à quelle

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heure le soleil atteindra la place où ils sont; et quand ils veulent faire un long somme, ils s'arrangent de manière à n^étre pas dérangés par ses rayons.

Le soir, je fus au théâtre del Fundo. On y jouait une pièce tirée d'un yaudeville français, dont le compositeur italien a fait un opéra presque sérieux. L'orchestre était bon, mais la musique faible et les chanteurs médiocres.

Le ballet était meilleur. Les danseuses sont en caleçon large, ainsi le veut la morale à Naples. Seulement les premiers sujets, au lieu d'avoir ce caleçon jusqu'à la cheville, Pont jusqu'au genou. Je n'ai jamais rien vu de plus ridicule que cet accoutrement qui , exigé pour la décence , m'a paru en tout point fort indécent : toutes ces nymphes ont l'air de danser en chemise.

Un autre usagé non moins bizarre est de placer un factionnaire sur la scène et de le faire, toutes les demi-heure, relever dans la forme ordinaire, ce qui ne laisse pas de faire un incident étrange quand la scène se passe sur roiympe ou sous les murs de Troie. Ce factionnaire ne se met là que lorsque le roi ou un prince de sa famille est au spectacle.

La salle est belle. Un grand nombre de femmes somptueusement mises remplissaient les loges, mais elles étaient plus riches de diamants que d'attraits. Décidément les beautés sont rares, à Naples, dans la classe aristocratique.

Avant de retourner chez moi, je fus respirer sur le port d'où je voyais le Vésuve. 11 s'en échappait une fumée brillante qui le faisait paraître en feu.

Bientôt j'entendis une musique militaire et je vis défiler un régiment, ce qui, à cette heure, m'étonna et me fit un moment croire à une révolution. Nul n'y songeait : si le régiment était en marche à minuit, c'était pour éviter la chaleur.

Malgré l'heure avancée, la rue de Tolède était remplie

de voitures et de piétons. On y construit des trottoirs en asphalte, ce qui y rend la circulation difficile, même dangereuse; ces soldats avaient grande peine à garder leurs rangs. Je n'en eus pas moins à m'en tirer. Je finis pourtant par regagner mon hôtel , mais non sans avoir eu encore affaire aux tireurs de hourse. Cette fois , je fus moins heureux : je sentis la main remuer dans ma poche et je crus l'y enfermer : elle avait été plus leste que moi; et ma poche explorée, je n'y trouvai ni main ni mouchoir. Naples, sans doute, a ses inconvénients ; cependant, de même que Gênes et Bologne, c'est une des villes d'Italie dont j'aimerais le séjour. La joie y semble en permanence. Le peuple est criard, mendiant, grapillard, mais il n'est pas méchant, et, par son entrain, il vous fait oublier ses dé* fauts. Pïonobstant son excessive pauvreté, suite de son excessive paresse, il a l'air heureux : c'est qu'il est pauvre sans être misérable. Qu'est-ce qui fait la misère? La disproportion de l'avoir avec les besoins. Or, celui qui a peu de besoins et qui trouve le moyen de les satisfaire, n'est pas misérable. Ge qui constitue la misère est donc le manque du superflu , bien plutôt que l'absence da nécessaire. Ce qui rend cette misère mortelle, c'est qu'on sacriGe ce nécessaire pour obtenir l'autre : tel se prive dé pain et en prive sa famille pour avoir du tabac et de l'eau-de-vie. Ainsi ne fait pas le lazarone : il ne fume pas et boit de l'eau ; puis il chante ou danse en écoutant polichinelle. Voilà pourquoi Naples me plaît. Le pays le phis riant pour moi n'est pas celui où les monuments brillevt le plus, mais celui où le peuple est le plus gai.

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Priment k P««p«ia. — iiMiiira d« YéniTe.

Le 23 juin, de grand matin, je prends la voie ferrée de €a8tellamare. Elle me conduit à Pompeia, devenue station de troisième classe. Voilà ce que les deux Pline n'avaient pas prévu , et malgré Pintérét que leur présentait le volcan, ils Teussent certainement quitté pour voir passer notre convoi.

J^ai toujours été étonné que les Grecs et les Romains gui, dans les beaux-arts et les lettres, nous servent encore de modèles , soient , nonobstant leur génie et leur expérience, restés si arriérés dans les sciences. Que savaient-ils en histoire naturelle, en géologie, en physique? Moins que le dernier de nos écoliers. Quant à la chimie, nous n^avons rien à leur reprocher, car il y a un siècle que nous n'en savions pas plus qu'eux ; et c'est à cette chimie,. à cette physique que nous devons ces découvertes qai vont changer la face du monde.

Près du débarcadère, je trouve une auberge de bonne I 21

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apparence: c^est le premier jalon d'une ville nouvelle : toutes ont commencé par une hutte , une ferme ou im cabaret. J'y déjeûne, et je prends un guide avec lequel je fais mon entrée dans la ville ancienne.

Quoique ces lieux me fussent connus , j'éprouve une singulière émotion en les revoyant. Ici tout est surprise : la catastrophe elle-même et le long oubli qui la couvre. C'est d'ailleurs à cet oubli et à la nature des matières qui l'ensevelirent que Pompeïa doit sa conservation : fait unique dans les annales du monde et qui, probablement, ne se reproduira plus.

En considérant ces rues , ces places , ces temples , ces théâtres, ces maisons, ces boutiques, ces chambres avec leurs décorations, leurs peintures, leurs bains, on s'attend à tout instant à voir le maître du logis venant vous demander ce que vous lui voulez et ce que vous faites chez lui. Ce qui étonne le plus ici, ce n'est pas la ville même, mais l'absence de ses habitants.

Il y avait cependant un quartier fort bruyant. On y rencontrait des hommes, des femmes, des enfants, et beaucoup d'ânes contrariés de ne pas apercevoir l'apparence d'une touffe d'herbe. C'est la que l'on continue les fouilles. On déblayait l'entrée d'une maison d'où surgissait le pied d'une grande statue que cet indice annonçait être une femme. On n'en voulait pas voir davantage : on en réservait la découverte à une altesse en voyage qu'on attendait d'instant en instant.

On peut, d'ailleurs, moyennant une somme stipulée d'avance, faire déblayer pour son compte une portion déterminée de cendres, à la seule condition que les objets déterrés resteront au gouvernement qui ne vous accorde que la grâce de payer les frais. C'est un honneur qu'oD voulut bien proposer à moi, touriste inconnu, mais qa^ j'ai dû refuser comme indigne.

POMPEIÂ, LE VÉSUVE. 471

Une chose qui m'avait déjà frappé à Pompeia , c'est Fabsence de ce qui tient une si grande place dans nos habitations modernes : les écuries et les remises. Il est à croire que Fespèce chevaline était reléguée à la campagne, et qu'à la ville les esclaves servaient de bétes de somme et même de trait, car, au besoin, on les attelait. 11 est des bas-reliefs où Ton voit nos pères gaulois, qui avaient les reins forts comme on sait, remplir, sous le fouet d'un cocher, des fonctions analogues à celles de nos chevaux de fiacre. C'était surtout dans les triomphes que cette sorte d'attelage était usitée. Sans doute ce n'était pas un moyen d'aller vite, mais marchant au milieu des acclamations et à la fumée de l'encens, les triomphateurs n'étaient jamais pressés.

Quoi qu'il en soit, cela explique l'absence d'écuries. La course faite et les harnais ôtés, le rapprochement devait s'arrêter là : on ne pouvait attacher le bipède an râtelier et l'y nourrir de foin. Il avait donc, comme les autres esclaves, son souper de fèves et son lit de planches.

Ces chars de parade et même les voitures ordinaires, charrettes et charriots, étaient, dans les temps antiques, d'un usage bien moins répandu qu'il ne l'est aujourd'hui. Ce qui le prouverait, c'est que la plupart des rues sont trop étroites pour que deux chars puissent s'y croiser : il n'y a qu'une seule voie. Il devait alors y avoir des rues pour ceux qui arrivaient et d'autres pour ceux qui partaient, ou bien des heures déterminées pour aller et pour Tenir: on en était quitte pour attendre. Il y a loin de là au mouvement perpétuel de nos cabriolets et de nos omnibus, comme il y a loin des chars portant sur l'essieu et ouverts à tout vent à nos berlines suspendues et à nos dormeuses à ressort. Aussi, je conçois qu'avant leur invention on préférât aller à pied, en litière ou à dos d'homme, quitte à arriver un peu tard.

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A ce sujet, je ferai la remarque que, grâce à la rapidité des moyens de locomotion et surtout à remploi de la Tapeur pour la navigation, un homme peut, dans le cours d'une vie même bornée , voir et faire dix Ibis plus de choses que n'aurait fait un Grec ou un Romain, et que les voyages qui demandaient des ann^s et exposaient à mille dangers, n'exigent plus aujourd'hui que quelques semaines, sans grands frais ni grands périls.

Les anciens habitants de Pompeïa , qui n'étaient pis. assez riches pour bâtir en marbre, faisaient garnir leurs murs de stuc si bien étendu et si solide qu'il dure encore. Ceci donnait beaucoup d'élégance à leurs maisons. Ce stuc, comme celui des palais de Gênes, renferme les matières les plus riches par l'éclat de leur couleur et de leur poli : on y reconnaît le vert, le jaune, le rouge antiques. J'ai vu des échantillons de ce dernier, dont la teinte approchait du vermillon le plus vif. Si l'on retrouvait la carrière d'où provenait ce marbre vraiment merveilleux, on en tirerait le plus grand parti pour les arts d'ornementation.

Ces maisons sont en général petites, et les Romains, maîtres du monde , n'étaient pas , si l'on en juge par Pompeïa, plus grandement logés que nos bourgeois. On comprend difticilement où ils pouvaient mettre leurs nombreux domestiques : c'était probablement à la campagne; ils les y établissaient dans des cases, comme le font les planteurs de leurs nègres.

Malgré le grand nombre de fresques ou de peintures murales enlevées pour le musée de Naples, il en reste beaucoup encore, la plupart fort médiocres ou tellement endommagées qu'on les a dédaignées , ce qui permet de juger de leur effet sur place. Mais on a bien fait de mettre à l'abri les plus précieuses, car Pompeia, que ne garantit plus son enveloppe de cendre, a plus souffert depuis

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