‹ Voyage à ConstantinopleChapitre 28 sur 33 · POMPEIA, LE VÉSUVE · texte numérisé non relu

POMPEIA, LE VÉSUVE

contenter. Quant à celai qu'il sVtait engagé à prendre pour lui, nous allions, m'assura-t-il, le trouyer au premier yiUage.

Bientôt je m'aperçois qu'un individu que je n'avais pas demandé nous suivait. Sur mon observation, il me dit que c'est un habitant du pays qui profite de l'occasion pour visiter la montegne, et qu'il ne m'en coûtera pas davantage. Nous voilà donc cheminant , moi à cheval et mes deux aeolytes à pied. Mon guide , grand bavard comme tous ceux de son état, me parle des illustres personnages qu'il a conduits au Vésuve et des présens considérables qu'ils loi avaient faits pour lui témoigner leur satisfaction. Ce préambule m'annonçait qu'il comptait peu sur ma générosité, et qu'il espérait l'exciter en me piquant d'honneur.

Le second cheval n'arrivait pas, et rien n'annonçait qu'il dut arriver. Nous traversons un bourg nommé Boscodelle-tre-Case, où je remarque un beau campo santo, une grande villa, et une abondance de vignes, de figuiers, de mûriers croissant dans la cendre et entre des monceaux de lave. Là, mon conducteur me quitta pour entrer dans une ferme. Je croyais qu'il y allait chercher le cheval; il en sortit un moment après, portant un paquet, sans rien me dire de la monture. Je vis que j'étais également joué sur ce point: ici encore il fallait en prendre mon parti.

Nous marchons assez paisiblement, mais la pente commence à devenir plus rapide. Le cheval s'en aperçoit le premier, il refuse d'avancer. On l'encourage ; il se décide à faire un mouvement, mais dix pas plus loin il s'arrête. Nous allons ainsi pendant une heure qui me paraît mortelle. Cette alternative de marche et de temps d'arrêt, sous une chaleur accablante et pour faire à peine un quart de lieue par demi-heure, éteit un vrai supplice. Mon guide le sentait bien, et je crois qu'il commençait à regretter d'avoir fait l'économie d'un cheval; mais tout

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puis il s'arrêtait de noureau et la bvliille recommençait L'agacement que j'en éprouvais me mguait dix fois plus que si j'avais été sur mes jambes ; aussi , en dépit des supplications du propriétaire qui jurait que j'allais ainsi déshonorer son cheval , je sautai à terre , si l'on peut nommer terre un mélange de scories et de pierre-ponee où je m'enfonçai jusqu'aux genoux.

D'effort en effort, nous iinîmes par attraper une arête de lave qui, s'élevant sur le flanc de la montagne, s'y dessinait comme l'épine dorsale d'un esturgeon: c'était une sorte d'échelle, peu commode sans doute, mais praticable, car mon cheval s'y engagea de lui-même, et, comme je voyais qu'il n'y bronchait pas, je remontai dessus. La position n'était pourtant pas très-sûre : si j'étais tombé, j'aurais pu porter les stigmates de ces pointes qui, tranchantes et piquantes, ressemblaient à une garniture d^oubliettes. Saint Janvier, à qui notre homme, aidé de son compagnon, psalmodiait une supplique mi-dévote, miburlesque, per il signore, per il cavcdlo, nous fut propice, et nous arrivâmes sans accident jusqu'au pied du pain de sucre.

Là, il fallait renoncer au cheval. Je le remis aux mains du second guide qui venait entin de se déclarer tel. Et de deux guides 1 Nous ne tarderons pas à voir apparaître le troisième.

Chemin faisant, mon polichinelle m'avait parlé de corde et d'un aide pour me hisser sur le pain de sucre. Or, j'y étais monté autrefois sans tout cet attirail ; fier de ce souvenir, je lui avais déclaré que je ferais de même aujourd'hui. Ce ne fut donc pas sans surprise que, derrière un monticule, je vis surgir devant moi cette corde avec son homme au bout. Tout fatigué que j'étais, je voulus avoir mon mot bon, et je dis que je ne prendrais ni homme, ni corde, et que je monterais seul. Mais voila que je me mets à faire

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